Vaporiser du Proust pour une pub

Vaporiser du Proust pour une pub

 

Imaginez : vous êtes chargé(e) de trouver des mots de Proust pour valoriser le rayon des cosmétiques d’un magasin.

Prenons, au hasard, à Paris, le « BHV/Marais », autrefois appelé Bazar de l’Hôtel de Ville dont le sous-sol réservé au bricolage était célèbre (nombre d’étudiants — dont moi — y ont été vendeurs pour gagner quelques sous).

 

Vous prenez le premier stagiaire qui passe et lui demandez de trouver dans la Recherche un bout de phrase qui pousse à la consommation. Il consulte le fou de Proust qui lui envoie les soixante-dix-huit occurrences de « parfum » dans l’œuvre et vous propose une sélection.

 

D’abord, pour rire, dans Du côté de chez Swann, cet extrait : «  changer mon pot de chambre en un vase de parfum. » Vous ne trouvez pas ça drôle et êtes sensible à ce que le romancier écrit sur la petite phrase de Vinteuil : « elle passait, légère, apaisante et murmurée comme un parfum ». Vous négligez cette remarque de Françoise sur Albertine dans Sodome et Gomorrhe : « Si elle n’est pas restée une heure d’horloge à se pommader, elle n’est pas restée cinq minutes. Ça va être une vraie parfumerie ici. » Finalement, vous choisissez, dans Le Temps retrouvé : « Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. »

 

Ça, c’est ce qui pourrait arriver. Au BHV, non. On y sait que Philippe Sollers et Raymond Alcovère ont quelque part cité cette sentence : « Il ne faut jamais avoir peur d’aller trop loin car la vérité est au-delà. » Mieux, aucun dirigeant du grand magasin n’ignore que ces mots sont extraits d’une lettre à Ernst Robert Curtius (1886-1956), ce philologue allemand qui, le premier, a fait traduire À la recherche du temps perdu dans la langue du prince von Faffenheim-Munsterburg-Weinigen.

 

Le rapport avec le rayon des cosmétiques ? Aucun !

 

En tous cas, ça n’a pas échappé à mon confrère, le très piquant Jérôme Godefroy (ne ratez pas ses flèches sur Twitter) qui m’a envoyé cette photo :

(Photo Jérôme Godefroy)

 

Mystères de la pub !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. J’hésitais, j’hésitais, mais puisque il est fait allusion ici aux effets olfactifs consécutifs aux mictions qui suivent l’ingestion des asperges, « plumés par Françoise »… allez!Je cite Swann parlant de l’ambiance chez les Verdurin en disant: »Ce n’est pas de la colère, pourtant que j’éprouve en voyant l’envie qu’elle a (Odette) d’aller picorer cette musique stercoraire. C’est du chagrin… » (page 289 du tome I de l’édition 1954, « Un amour de Swann »)

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