Quizz IX, classement et réponses

Vraiment bravo à tous ! Quelle connaissance de la Recherche et quelle endurance !

Trois semaines de réflexion et, au final, c’est (une fois de plus) extrêmement serré.

Le classement a été ardu à définir car, me piégeant tout seul, j’ai dû décerner des 4/5e et des 2/3e de points en plus des demis points. Toutes les contestations doivent être présentées dans les dix-huit prochains mois à un commissaire assermenté — moi — qui les examinera dans un délai de deux ans et statuera dans l’année suivante.

 

alain babey : 2,5/ 21 (mais il nous a vite laissé en chemin)

youille : 5,4 (avec sa célèbre méthode aléatoire)

Marcelita Swann : 13,8

Gisele Maini : 19,3

SCHWAB Claude : 19,5

Clopine : 19,8

Thierry : 20,4

Phidias : 20,8

 

Je sollicite un mot du vainqueur et les avis de tous sur le quizz et espérant que vous avez pris autant de plaisir à le résoudre que j’en ai eu à le concevoir (avec, en plus, une dose de filouterie que vous avez su déjouer).

 

Je vous aime.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

Quizz 9

 

1

Quels traits de caractère la duchesse de Guermantes trouve-t-elle à la sœur de Legrandin ?

1) Une humilité de descente de lit, 2) l’humour d’une tringle à rideau, 3) des ressources de bibliothèque tournante

1) et 3)

*[Oriane sur Mme de Cambremer :] Mais bien entendu, voyons, c’est un monstre, dit Mme de Guermantes à un regard interrogatif de sa tante. C’est une personne impossible : elle dit « plumitif », enfin des choses comme ça. — Qu’est-ce que ça veut dire « plumitif » ? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce ? — Mais je n’en sais rien ! s’écria la duchesse avec une indignation feinte. Je ne veux pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là. Et voyant que sa tante ne savait vraiment pas ce que voulait dire plumitif, pour avoir la satisfaction de montrer qu’elle était savante autant que puriste et pour se moquer de sa tante après s’être moquée de Mme de Cambremer : « Mais si, dit-elle avec un demi-rire, que les restes de la mauvaise humeur jouée réprimaient, tout le monde sait ça, un plumitif c’est un écrivain, c’est quelqu’un qui tient une plume. Mais c’est une horreur de mot. C’est à vous faire tomber vos dents de sagesse. Jamais on ne me ferait dire ça… Comment, c’est le frère ! je n’ai pas encore réalisé. Mais au fond ce n’est pas incompréhensible. Elle a la même humilité de descente de lit et les mêmes ressources de bibliothèque tournante. Elle est aussi flagorneuse que lui et aussi embêtante. Je commence à me faire assez bien à l’idée de cette parenté. » III

 

2

Que fait Charlus après avoir longtemps marché ou couru ?

1) Il se fouette avec des orties, 2) il prend des bains chauds, 3) l prend des bains froids

3) Il prend des bains froids

*Je compris que ce qu’il reprochait surtout aux jeunes gens d’aujourd’hui, c’était d’être trop efféminés. « Ce sont de vraies femmes », disait-il avec mépris. Mais quelle vie n’eût pas semblé efféminée auprès de celle qu’il voulait que menât un homme et qu’il ne trouvait jamais assez énergique et virile ? (lui-même dans ses voyages à pied, après des heures de course, se jetait brûlant dans des rivières glacées.) II

 

3

Qui a des aspects bovins ?

1) La marquise de Cambremer, 2) l’infante Dorothée, 3) la reine de Suède

1) et 2)

Certes équivalent de la panse des vaches, le gésier n’appartient qu’aux oiseaux et aux crocodiliens !

*— Mais voyons, Basin, vous savez bien de qui ma tante veut parler, s’écria la duchesse avec indignation, c’est le frère de cette énorme herbivore que vous avez eu l’étrange idée d’envoyer venir me voir l’autre jour. Elle est restée une heure, j’ai pensé que je deviendrais folle. Mais j’ai commencé par croire que c’était elle qui l’était en voyant entrer chez moi une personne que je ne connaissais pas et qui avait l’air d’une vache.

— Écoutez, Oriane, elle m’avait demandé votre jour ; je ne pouvais pourtant pas lui faire une grossièreté, et puis, voyons, vous exagérez, elle n’a pas l’air d’une vache, ajouta-t-il d’un air plaintif, mais non sans jeter à la dérobée un regard souriant sur l’assistance.

Il savait que la verve de sa femme avait besoin d’être stimulée par la contradiction, la contradiction du bon sens qui proteste que, par exemple, on ne peut pas prendre une femme pour une vache (c’est ainsi que Mme de Guermantes, enchérissant sur une première image, était souvent arrivée à produire ses plus jolis mots). Et le duc se présentait naïvement pour l’aider, sans en avoir l’air, à réussir son tour, comme, dans un wagon, le compère inavoué d’un joueur de bonneteau.

— Je reconnais qu’elle n’a pas l’air d’une vache, car elle a l’air de plusieurs, s’écria Mme de Guermantes. Je vous jure que j’étais bien embarrassée voyant ce troupeau de vaches qui entrait en chapeau dans mon salon et qui me demandait comment j’allais. D’un côté j’avais envie de lui répondre : « Mais, troupeau de vaches, tu confonds, tu ne peux pas être en relations avec moi puisque tu es un troupeau de vaches et d’autre part, ayant cherché dans ma mémoire, j’ai fini par croire que votre Cambremer était l’infante Dorothée qui avait dit qu’elle viendrait une fois et qui est assez bovine aussi, de sorte que j’ai failli dire Votre Altesse royale et parler à la troisième personne à un troupeau de vaches. Elle a aussi le genre de gésier de la reine de Suède. III

 

4

Que chantait sa nourrice au Héros pour le bercer ?

1) Au clair de la Lune, 2) Gloire à la Marquise de Guermantes, 3) Geneviève et Golo

2) Gloire à la Marquise de Guermantes

*Sans doute quelque forme se découpait à mes yeux en ce nom de Guermantes, quand ma nourrice — qui sans doute ignorait, autant que moi-même aujourd’hui, en l’honneur de qui elle avait été composée — me berçait de cette vieille chanson : Gloire à la Marquise de Guermantes ou quand, quelques années plus tard, le vieux maréchal de Guermantes remplissant ma bonne d’orgueil, s’arrêtait aux Champs-Élysées en disant : « Le bel enfant ! » et sortait d’une bonbonnière de poche une pastille de chocolat, cela je ne le sais pas. II

 

5

Qui est affable ?

1) M. d’Argencourt 2) Le chien de M. Galopin, 3) le duc de Guermantes, 4) le mécanicien d’Albertine, 5) Saint-Loup

Tous !

*— Ah ! ce sera le nouveau chien que M. Galopin a rapporté de Lisieux.

— Ah ! à moins de ça.

— Il paraît que c’est une bête bien affable, ajoutait Françoise qui tenait le renseignement de Théodore, spirituelle comme une personne, toujours de bonne humeur, toujours aimable, toujours quelque chose de gracieux. I

* Promenant sur le grand nombre de personnes qui entouraient la table à thé les regards affables, malicieux et un peu éblouis par les rayons du soleil couchant, de ses petites prunelles rondes et exactement logées dans l’œil comme les « mouches » que savait viser et atteindre si parfaitement l’excellent tireur qu’il était, le duc [de Guermantes] s’avançait avec une lenteur émerveillée et prudente comme si, intimidé par une si brillante assemblée, il eût craint de marcher sur les robes et de déranger les conversations. III

*Je trouvai que le mécanicien avait été bien maladroit, mais ma confiance en lui fut désormais complète. Car s’il eût été le moins du monde de mèche avec Albertine, il ne m’eût jamais avoué qu’il l’avait laissée libre de onze heures du matin à six heures du soir. Il n’y aurait eu qu’une autre explication, mais absurde, de cet aveu du chauffeur. C’est qu’une brouille entre lui et Albertine lui eût donné le désir, en me faisant une petite révélation, de montrer à mon amie qu’il était homme à parler et que si, après le premier avertissement tout bénin, elle ne marchait pas droit selon ce qu’il voulait, il mangerait carrément le morceau. Mais cette explication était absurde ; il fallait d’abord supposer une brouille inexistante entre Albertine et lui, et ensuite donner une nature de maître-chanteur à ce beau mécanicien qui s’était toujours montré si affable et si bon garçon. V

*Saint-Loup était loin d’avoir l’originalité quelquefois profonde de son oncle. Mais il était aussi affable et charmant de caractère que l’autre était soupçonneux et jaloux. VII

*M. d’Argencourt, dans son incarnation de moribond-bouffe d’un Regnard exagéré par Labiche était d’un accès aussi facile, aussi affable, que M. de Charlus roi Lear qui se découvrait avec application devant le plus médiocre salueur. VII

 

6

Quel est le point commun entre Got, l’acteur, et Négrier, le général ?

1) Ce sont des invertis, 2) ils sont reçus chez la duchesse de Guermantes, 3) le Héros les met à la première place dans leur domaine

3) Le Héros les met à la première place dans leur domaine

*Plus tard, quand je fus au collège, chaque fois que pendant les classes, je correspondais, aussitôt que le professeur avait la tête tournée, avec un nouvel ami, ma première question était toujours pour lui demander s’il était déjà allé au théâtre et s’il trouvait que le plus grand acteur était bien Got, le second Delaunay, etc. I

*[Les amis de Saint-Loup à Doncières] je continuais à leur demander avidement de classer les différents officiers dont je savais les noms, selon l’admiration plus ou moins grande qu’ils leur semblaient mériter, comme jadis, au collège, je faisais faire à mes camarades pour les acteurs du Théâtre-Français. Si à la place d’un des généraux que j’entendais toujours citer en tête de tous les autres, un Galliffet ou un Négrier, quelque ami de Saint-Loup disait : « Mais Négrier est un officier général des plus médiocres » et jetait le nom nouveau, intact et savoureux de Pau ou de Geslin de Bourgogne, j’éprouvais la même surprise heureuse que jadis quand les noms épuisés de Thiron ou de Febvre se trouvaient refoulés par l’épanouissement soudain du nom inusité d’Amaury. « Même supérieur à Négrier ? Mais en quoi ? donnez-moi un exemple. » III

 

7

Qui utilise l’expression s’en soucier ou s’en ficher « comme un poisson d’une pomme » ?

1) Charlus, 2) Swann, 3) Mme Verdurin

1) et 2) Charlus et Swann, tous deux à propos de musique.

*Alors Swann la détestait. « Mais aussi, je suis trop bête, se disait-il, je paie avec mon argent le plaisir des autres. Elle fera tout de même bien de faire attention et de ne pas trop tirer sur la corde, car je pourrais bien ne plus rien donner du tout. En tous cas, renonçons provisoirement aux gentillesses supplémentaires! Penser que pas plus tard qu’hier, comme elle disait avoir envie d’assister à la saison de Bayreuth, j’ai eu la bêtise de lui proposer de louer un des jolis châteaux du roi de Bavière pour nous deux dans les environs. Et d’ailleurs elle n’a pas paru plus ravie que cela, elle n’a encore dit ni oui ni non ; espérons qu’elle refusera, grand Dieu! Entendre du Wagner pendant quinze jours avec elle qui s’en soucie comme un poisson d’une pomme, ce serait gai ! » I

 

*[Chez le baron de Charlus] Et en effet on distinguait les premiers accords de la troisième partie de la Symphonie pastorale, « la joie après l’orage », exécutés non loin de nous, au premier étage sans doute, par des musiciens. Je demandai naïvement par quel hasard on jouait cela et qui étaient les musiciens. « Eh bien ! on ne sait pas. On ne sait jamais. Ce sont des musiques invisibles. C’est joli, n’est-ce pas, me dit-il d’un ton légèrement impertinent et qui pourtant rappelait un peu l’influence et l’accent de Swann. Mais vous vous en fichez comme un poisson d’une pomme. Vous voulez rentrer, quitte à manquer de respect à Beethoven et à moi. Vous portez contre vous-même jugement et condamnation », ajouta-t-il d’un air affectueux et triste, quand le moment fut venu que je m’en allasse. III

 

8

Quelle église a-t-elle deux clochers ?

1) Carquethuit, 2) Martinville, 3) Saint-André-des-Champs

2) et 3) — Carquethuit est cité pour son port.

*À gauche était un village qui s’appelait Champieu (Campus Pagani, selon le curé). Sur la droite, on apercevait par delà les blés, les deux clochers ciselés et rustiques de Saint-André-des-Champs, eux-mêmes effilés, écailleux, imbriqués d’alvéoles, guillochés, jaunissants et grumeleux, comme deux épis. I

* Au tournant d’un chemin j’éprouvai tout à coup ce plaisir spécial qui ne ressemblait à aucun autre, à apercevoir les deux clochers de Martinville, sur lesquels donnait le soleil couchant et que le mouvement de notre voiture et les lacets du chemin avaient l’air de faire changer de place, I

*« Seuls, s’élevant du niveau de la plaine et comme perdus en rase campagne, montaient vers le ciel les deux clochers de Martinville. I

 

9

Qui envoie son dernier roman au Héros ?

1) Bergotte, 2) G… 3) Legrandin

3) Legrandin

*[Legrandin :] Pour vous prouver que je fais cas de vous, je vais vous envoyer mon dernier roman. Mais vous n’aimerez pas cela ; ce n’est pas assez déliquescent, assez fin de siècle pour vous, c’est trop franc, trop honnête ; vous, il vous faut du Bergotte, vous l’avez avoué, du faisandé pour les palais blasés de jouisseurs raffinés. On doit me considérer dans votre groupe comme un vieux troupier ; j’ai le tort de mettre du cœur dans ce que j’écris, cela ne se porte plus ; et puis la vie du peuple ce n’est pas assez distingué pour intéresser vos snobinettes. II

Le Héros lit du Bergotte sans que l’auteur ne lui offre un exemplaire. Une fois, un volume lui est prêté, mais par Charlus : « Ce n’était pas un exemplaire broché, acheté au hasard, comme le volume de Bergotte qu’il m’avait prêté la première année. » IV

G… est un « excellent écrivain » reçu chez la marquise de Villeparisis et la duchesse de Guermantes. III

 

10

Quel type de récipient pour la bière est-il absent ?

1) Bock, 2) canette, 3) chope

3) Chope

*Il oublia d’ailleurs bientôt le dîneur tardif et gênant que j’étais, captivé qu’il était par l’arrivée de chaque nouveau venu, qui, avant de demander son bock, son aile de poulet froid ou son grog (l’heure du dîner était depuis longtemps passée), devait, comme dans les vieux romans, payer son écot en disant son aventure au moment où il pénétrait dans cet asile de chaleur et de sécurité, où le contraste avec ce à quoi on avait échappé faisait régner la gaieté et la camaraderie qui plaisantent de concert devant le feu d’un bivouac. III

*Et à cette seule pensée, M. de Charlus, ne se tenant pas de joie, se mit à faire des contre-de-quarte qui, rappelant Molière, nous firent rapprocher prudemment de nous nos bocks, et craindre que les premiers croisements de fer blessassent les adversaires, le médecin et les témoins. IV

*et je reconnus que ce qui me paraissait si agréable était la même rangée d’arbres que j’avais trouvée ennuyeuse à observer et à décrire, et devant laquelle, débouchant la canette de bière que j’avais dans le wagon, je venais de croire un instant, dans une sorte d’étourdissement, que je me trouvais, tant le bruit identique de la cuiller contre l’assiette m’avait donné, avant que j’eusse eu le temps de me ressaisir, l’illusion du bruit du marteau d’un employé qui avait arrangé quelque chose à une roue de train pendant que nous étions arrêtés devant ce petit bois. VII

La seule « chope » de la Recherche est dans Le Temps retrouvé avec… Schopenhauer !

 

11

Qu’est-ce que M. de Cambremer trouve « très beau » ?

1) D’avoir des étouffements, 2) d’engraisser, 3) de maigrir

2) d’engraisser

*Du sermon que m’avait adressé Brichot, M. de Cambremer avait conclu que j’étais dreyfusard. Comme il était aussi antidreyfusard que possible, par courtoisie pour un ennemi il se mit à me faire l’éloge d’un colonel juif, qui avait toujours été très juste pour un cousin des Chevregny et lui avait fait donner l’avancement qu’il méritait. « Et mon cousin était dans des idées absolument opposées », dit M. de Cambremer, glissant sur ce qu’étaient ces idées, mais que je sentis aussi anciennes et mal formées que son visage, des idées que quelques familles de certaines petites villes devaient avoir depuis bien longtemps. « Eh bien! vous savez, je trouve ça très beau ! » conclut M. de Cambremer. Il est vrai qu’il n’employait guère le mot « beau » dans le sens esthétique où il eût désigné, pour sa mère ou sa femme, des œuvres différentes, mais des œuvres d’art. M. de Cambremer se servait plutôt de ce qualificatif en félicitant, par exemple, une personne délicate qui avait un peu engraissé. « Comment, vous avez repris trois kilos en deux mois ? Savez-vous que c’est très beau ! » IV

 

12

Qui sont les écrivains préférés de la duchesse de Guermantes ?

1) Mérimée, Meilhac et Halévy, 2) Stendhal, Mérimée et Balzac, 3) Virgile, Mérimée et Renan

1) Mérimée, Meilhac et Halévy

*À tant de raisons de déployer son originalité locale, les écrivains préférés de Mme de Guermantes : Mérimée, Meilhac et Halévy, étaient venus ajouter, avec le respect du naturel, un désir de prosaïsme par où elle atteignait à la poésie et un esprit purement de société qui ressuscitait devant moi des paysages. III

Mme de Villeparisis cite les auteurs de la réponse 2) :

*— C’est comme les romans de Stendhal pour qui vous aviez l’air d’avoir de l’admiration. Vous l’auriez beaucoup étonné en lui parlant sur ce ton. Mon père qui le voyait chez M. Mérimée — un homme de talent, au moins celui-là — m’a souvent dit que Beyle (c’était son nom) était d’une vulgarité affreuse, mais spirituel dans un dîner, et ne s’en faisant pas accroire pour ses livres. Du reste, vous avez pu voir vous-même par quel haussement d’épaules il a répondu aux éloges outrés de M. de Balzac. En cela, du moins, il était homme de bonne compagnie. II

Brichot cite les auteurs de la réponse 3) :

*Brichot, qui avait souvent expliqué la deuxième églogue de Virgile sans trop savoir si cette fiction avait quelque fond de réalité, trouvait sut le tard, à causer avec M. de Charlus, un peu du plaisir qu’il savait que ses maîtres M. Mérimée et M. Renan, son collègue M. Maspero avaient éprouvé, voyageant en Espagne, en Palestine, en Égypte, à reconnaître dans les paysages et les populations actuelles de l’Espagne, de la Palestine et de l’Égypte, le cadre et les invariables acteurs des scènes antiques qu’eux-mêmes dans les livres avaient étudiés. V

 

13

Qu’est-ce que Brichot trouve « admirables » ?

1) Des parties de whist 2) des pommes de terre frites, 3) ses propres articles dans la presse

2) Des pommes de terre frites

*je demandai à Brichot s’il savait ce que signifiait Balbec. « Balbec est probablement une corruption de Dalbec, me dit-il. Il faudrait pouvoir consulter les chartes des rois d’Angleterre, suzerains de la Normandie, car Balbec dépendait de la baronnie de Douvres, à cause de quoi on disait souvent Balbec d’Outre-Mer, Balbec-en-Terre. Mais la baronnie de Douvres elle-même relevait de l’évêché de Bayeux, et malgré des droits qu’eurent momentanément les Templiers sur l’abbaye, à partir de Louis d’Harcourt, patriarche de Jérusalem et évêque de Bayeux, ce furent les évêques de ce diocèse qui furent collateurs aux biens de Balbec. C’est ce que m’a expliqué le doyen de Doville, homme chauve, éloquent, chimérique et gourmet, qui vit dans l’obédience de Brillat-Savarin, et m’a exposé avec des termes un tantinet sibyllins d’incertaines pédagogies, tout en me faisant manger d’admirables pommes de terre frites. » Tandis que Brichot souriait, pour montrer ce qu’il y avait de spirituel à unir des choses aussi disparates et à employer pour des choses communes un langage ironiquement élevé, Saniette cherchait à placer quelque trait d’esprit qui pût le relever de son effondrement de tout à l’heure. IV

 

14

Comment le duc de Guermantes accueille-t-il le Héros lors d’une réception chez lui ?

1) Bonsoir mon bon, 2) Bonsoir, mon cher ami, 3) Bonsoir, mon petit voisin

3) Bonsoir, mon petit voisin,

*Un sourire permanent de bon roi d’Yvetot légèrement pompette, une main à demi dépliée flottant, comme l’aileron d’un requin, à côté de sa poitrine, et qu’il laissait presser indistinctement par ses vieux amis et par les inconnus qu’on lui présentait, lui permettaient, sans avoir à faire un seul geste ni à interrompre sa tournée débonnaire, fainéante et royale, de satisfaire à l’empressement de tous, en murmurant seulement : « Bonsoir, mon bon », «bonsoir mon cher ami», « charmé Monsieur Bloch », « bonsoir Argencourt », et près de moi, qui fus le plus favorisé quand il eut entendu mon nom : « Bonsoir, mon petit voisin, comment va votre père ? Quel brave homme ! » Il ne fit de grandes démonstrations que pour Mme de Villeparisis, qui lui dit bonjour d’un signe de tête en sortant une main de son petit tablier. III

 

15

Qu’exigent des militaires nobles amis de Saint-Loup de leurs collègues bourgeois républicains ?

1) l’assistance à la messe, 2) des mains propres, 3) un uniforme réglementaire

1) et 2)

*[Au restaurant de Saint-Loup à Doncières] J’y trouvai quelques-uns de ses amis qui dînaient toujours avec lui, nobles, sauf un ou deux roturiers, mais en qui les nobles avaient dès le collège flairé des amis et avec qui ils s’étaient liés volontiers, prouvant ainsi qu’ils n’étaient pas, en principe, hostiles aux bourgeois, fussent-ils républicains, pourvu qu’ils eussent les mains propres et allassent à la messe. III

 

16

Comment le jeune valet de pied de la maison appelle-t-il Françoise ?

1) l’Altesse, 2) la cuisinière 3) la gouvernante

3) la gouvernante

*— Ça doit être vraiment beau, Madame, s’écriait le jeune valet de pied avec enthousiasme, comme si ce dernier trait avait été aussi particulier à Combray que la vie en gondole à Venise.

D’ailleurs, plus récent dans la maison que le valet de chambre, il parlait à Françoise des sujets qui pouvaient intéresser non lui-même, mais elle. Et Françoise, qui faisait la grimace quand on la traitait de cuisinière, avait pour le valet de pied qui disait, en parlant d’elle, « la gouvernante », la bienveillance spéciale qu’éprouvent certains princes de second ordre envers les jeunes gens bien intentionnés qui leur donnent de l’Altesse. II

 

17

Pourquoi le baron de Charlus cesse-t-il brusquement de sourire chez Mme Verdurin devant elle ?

1) Parce qu’une remarque d’elle le fâche, 2) pour cacher une dent en or, 3) pour stopper un jet de salive

2) Pour cacher une dent en or

*« Est-ce que vous y avez rencontré le duc de Guermantes ?—Ah ! je ne me rappelle pas. — Ah ! dit Mme Verdurin, vous ne connaissez pas le duc de Guermantes ? — Mais comment est-ce que je ne le connaîtrais pas », répondit M. de Charlus, dont un sourire fit onduler la bouche. Ce sourire était ironique ; mais comme le baron craignait de laisser voir une dent en or, il le brisa sous un reflux de ses lèvres, de sorte que la sinuosité qui en résulta fut celle d’un sourire de bienveillance : « Pourquoi dites-vous : Comment est-ce que je ne le connaîtrais pas ? — Mais puisque c’est mon frère », dit négligemment M. de Charlus en laissant Mme Verdurin plongée dans la stupéfaction et l’incertitude de savoir si son invité se moquait d’elle, était un enfant naturel, ou le fils d’un autre lit. IV

 

18

La duchesse de Guermantes feint de s’indigner de l’emploi de « plumitif » par Mme de Cambremer. Quelle remarque cette « horreur de mot » lui inspire-t-elle ?

1) C’est à vous faire dresser vos cheveux sur la tête, 2) C’est à vous faire envie d’être sourde, 3) C’est à vous faire tomber vos dents de sagesse

3) C’est à vous faire tomber vos dents de sagesse

*[Oriane sur Mme de Cambremer :] Mais bien entendu, voyons, c’est un monstre, dit Mme de Guermantes à un regard interrogatif de sa tante. C’est une personne impossible : elle dit « plumitif », enfin des choses comme ça. — Qu’est-ce que ça veut dire « plumitif » ? demanda Mme de Villeparisis à sa nièce ? — Mais je n’en sais rien ! s’écria la duchesse avec une indignation feinte. Je ne veux pas le savoir. Je ne parle pas ce français-là. Et voyant que sa tante ne savait vraiment pas ce que voulait dire plumitif, pour avoir la satisfaction de montrer qu’elle était savante autant que puriste et pour se moquer de sa tante après s’être moquée de Mme de Cambremer : « Mais si, dit-elle avec un demi-rire, que les restes de la mauvaise humeur jouée réprimaient, tout le monde sait ça, un plumitif c’est un écrivain, c’est quelqu’un qui tient une plume. Mais c’est une horreur de mot. C’est à vous faire tomber vos dents de sagesse. Jamais on ne me ferait dire ça… III

 

19

Qui sait bien découper la viande ?

1) Aimé, 2) Charlus 3) le directeur du Grand-Hôtel

2) et 3), Aimé n’est que comparé à un client de restaurant voyant un faisan découpé devant lui.

*Les jours qui suivaient ceux où j’avais reçu, je n’attendais naturellement pas de visites, et l’automobile revenait nous chercher, Albertine et moi. Et quand nous rentrions, Aimé, sur le premier degré de l’hôtel, ne pouvait s’empêcher, avec des yeux passionnés, curieux et gourmands, de regarder quel pourboire je donnais au chauffeur. J’avais beau enfermer ma pièce ou mon billet dans ma main close, les regards d’Aimé écartaient mes doigts. Il détournait la tête au bout d’une seconde, car il était discret, bien élevé et même se contentait lui-même de bénéfices relativement petits. Mais l’argent qu’un autre recevait excitait en lui une curiosité incompressible et lui faisait venir l’eau à la bouche. Pendant ces courts instants, il avait l’air attentif et fiévreux d’un enfant qui lit un roman de Jules Verne, ou d’un dîneur assis non loin de vous, dans un restaurant, et qui, voyant qu’on vous découpe un faisan que lui-même ne peut pas ou ne veut pas s’offrir, délaisse un instant ses pensées sérieuses pour attacher sur la volaille un regard que font sourire l’amour et l’envie. IV

*Quant au directeur [du Grand-Hôtel], voyant les vêtements simples, toujours les mêmes, et assez usés de mon invité (et pourtant personne n’eût si bien pratiqué l’art de s’habiller fastueusement, comme un élégant de Balzac, s’il en avait eu les moyens), il se contentait, à cause de moi, d’inspecter de loin si tout allait bien, et d’un regard, de faire mettre une cale sous un pied de la table qui n’était pas d’aplomb. Ce n’est pas qu’il n’eût su, bien qu’il cachât ses débuts comme plongeur, mettre la main à la pâte comme un autre. Il fallut pourtant une circonstance exceptionnelle pour qu’un jour il découpât lui-même les dindonneaux. J’étais sorti, mais j’ai su qu’il l’avait fait avec une majesté sacerdotale, entouré, à distance respectueuse du dressoir, d’un cercle de garçons qui cherchaient, par là, moins à apprendre qu’à se faire bien voir et avaient un air béat d’admiration. Vus d’ailleurs par le directeur (plongeant d’un geste lent dans le flanc des victimes et n’en détachant pas plus ses yeux pénétrés de sa haute fonction que s’il avait dû y lire quelque augure) ils ne le furent nullement. Le sacrificateur ne s’aperçut même pas de mon absence. Quand il l’apprit, elle le désola. « Comment, vous ne m’avez pas vu découper moi-même les dindonneaux ? » Je lui répondis que, n’ayant pu voir jusqu’ici Rome, Venise, Sienne, le Prado, le musée de Dresde, les Indes, Sarah dans Phèdre, je connaissais la résignation et que j’ajouterais son découpage des dindonneaux à ma liste. La comparaison avec l’art dramatique (Sarah dans Phèdre) fut la seule qu’il parut comprendre, car il savait par moi que, les jours de grandes représentations, Coquelin aîné avait accepté des rôles de débutant, celui même d’un personnage qui ne dit qu’un mot ou ne dit rien. « C’est égal, je suis désolé pour vous. Quand est-ce que je découperai de nouveau ? Il faudrait un événement, il faudrait une guerre. » (Il fallut en effet l’armistice.) Depuis ce jour-là le calendrier fut changé, on compta ainsi : « C’est le lendemain du jour où j’ai découpé moi-même les dindonneaux. » « C’est juste huit jours après que le directeur a découpé lui-même les dindonneaux. » Ainsi cette prosectomie donna-t-elle, comme la naissance du Christ ou l’Hégire, le point de départ d’un calendrier différent des autres, mais qui ne prit pas leur extension et n’égala pas leur durée. IV

*[Brichot :] remarquez que je ne dis pas de mal du baron ; ce doux homme, qui sait découper un rôti comme personne, possède, avec le génie de l’anathème, des trésors de bonté. V

 

20

Qui aime bibeloter ?

1) Charlus, 2) Mme Cottard, 3) Odette

1) et 3)

*[Odette de Crécy] Certes, elle avait la prétention d’aimer les « antiquités » et prenait un air ravi et fin pour dire qu’elle adorait passer toute une journée à « bibeloter », à chercher « du bric-à-brac », des choses « du temps ». I

*M. de Charlus fut dépité qu’on ne lui offrît qu’un homme de cet âge, et pour lequel, du reste, il n’avait pas besoin de la recommandation d’un valet de pied. Aussi déclina-t-il l’offre d’un ton sec et, ne se laissant pas décourager par les prétentions mondaines du larbin, recommença à lui expliquer ce qu’il voudrait, le genre, le type, soit un jockey, etc… Craignant que le notaire, qui passait à ce moment-là, ne l’eût entendu, il crut fin de montrer qu’il parlait de tout autre chose que de ce qu’on aurait pu croire et dit avec insistance et à la cantonade, mais comme s’il ne faisait que continuer sa conversation : « Oui, malgré mon âge j’ai gardé le goût de bibeloter, le goût des jolis bibelots, je fais des folies pour un vieux bronze, pour un lustre ancien. J’adore le Beau. » IV

 

21

Quelle particularité physique le fils Iéna aurait-il ?

1) Il boîte, 2) il louche de l’œil gauche, 3) il n’a que quatre doigts à la main droite

Aucune

*— On dit qu’il est snob ? demanda M. de Bréauté d’un air malveillant, allumé et en attendant dans la réponse la même précision que s’il avait dit : « On m’a dit qu’il n’avait que quatre doigts à la main droite, est-ce vrai ? »

— M…on Dieu, n…on, répondit Mme de Guermantes avec un sourire de douce indulgence. Peut-être un tout petit peu snob d’apparence, parce qu’il est extrêmement jeune, mais cela m’étonnerait qu’il le fût en réalité, car il est intelligent, ajouta-t-elle, comme s’il y eût eu à son avis incompatibilité absolue entre le snobisme et l’intelligence. « Il est fin, je l’ai vu drôle », dit-elle encore en riant d’un air gourmet et connaisseur, comme si porter le jugement de drôlerie sur quelqu’un exigeait une certaine expression de gaîté, ou comme si les saillies du duc de Guastalla lui revenaient à l’esprit en ce moment. « Du reste, comme il n’est pas reçu, ce snobisme n’aurait pas à s’exercer », reprit-elle sans songer qu’elle n’encourageait pas beaucoup de la sorte la princesse de Parme. III

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

9 comments to “Quizz IX, classement et réponses”

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  1. Patrice~
    Bravo to all the players! Kudos to Phidias!
    Always a challenge for me, which (slowly) helps with my understanding of French. 😉

    I like the double answers, because it makes us see all the volumes.

    Happy New Year!

  2. Comme à votre habitude, vous avez relevé haut la main le défi de nous procurer, chaque jour, un moment de plaisir intense (même si, à quelques reprises, le suspense était à vous faire tomber vos dents de sagesse): soyez-en ici remercié, cher Patrice! Vous êtes bien affable…

  3. Merci de nous avoir fait jouer tout au long de décembre, cher Patrice, une bonne fin d’année à tous et évidemment un excellent millésime 2018 ( avec, espérons-le, de nouveaux quizz pour des revanches acharnées )

  4. Merci encore une fois cher Patrice pour ce quizz très utile, et surtout quand il est à multiples réponses comme dit Marcelita, puisque cela oblige à voir tous les volumes, ce qui est un très bon exercice. Il est vrai que vos chroniques (j’en ai compté 8) sont une aide précieuse. Encore merci, bravo à Phidias et aux autres fidèles camarades, leur participation a été pour moi un encouragement à chercher chaque jour

  5. J’ai oublié de souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année et mes voeux à tous pour 2018. Rendez vous au prochain Quizz!!

  6. Gloire au vainqueur ! Et maintenant, à quoi occuper mon temps, dès le matin ?

    Bah, disons que je poserai mes pieds sur ma descente de lit, je bâillerai en cherchant dans ma bibliothèque tournante un livre de Mérimée, que je lirai dans la cuisine une chope (de thé, cependant !) à la main -propre-, avant d’aller, après un bon bain froid (brrr…) bibeloter à loisir ; auparavant, zappant sans remords la messe de ma paroisse, il me faudra téléphoner à mon dentiste : une de mes dents de sagesse m’inquiète, faudra-t-il lui substituer une prothèse en métal précieux ? Une fois ce point éclairci, je ne vois qu’une seule chose pour clôturer ma désormais triste journée : m’exercer à découper, en attendant le réveillon de dimanche, un de nos petits dindonneaux !!!

  7. J’ai péché par paresse et je m’en accuse. D’autant que je devrais être reconnaissant à Patrice LOUIS de m’avoir permis d’ajouter « jolité » à la liste des curiosités du lexique du narrateur comme: Motilité, l’EUPATOIRE, la grenouillette, atticisme, Quasi « languidé », « Leude », Huchier et de beaucoup d’autres dont je tiens la liste à jour (coordonnées dans l’édition de la Pléiade 1954 et définitions dans les dictionnaires… quand c’est possible). Pas plus tard qu’hier,dans le côté Guermantes, et malgré tant d’années, de lectures et et relectures, j’ai encore « accroché » phlogistique. Merci à Patrice pour « jolité » et bonne année à tous

  8. Comment! C’est terminé ? Me suis-je exclamé en ouvrant « le fou de Proust « . En attendant le prochain, je remercie, chaleureusement, Patrice Louis de nous avoir concocté ce stimulant Quizz. Celui-ci, nous a montré, au fil des jours, une belle communauté de « fidèles », tous plus fervents et passionnés de l’oeuvre de Proust. Quel beau cadeau pour une fin d’année. Quant à moi, très modestement, je ne retire aucune gloire ou mérite de mon classement. La Recherche est ma maîtresse depuis 40 ans. Elle m’accompagne dans les hauts et les bas de mon existence. C’est mon petit hapax existentiel. Longue vie au « fou de Proust « .
    Cher Patrice et amis proustiens,je vous salue cordialement et vous souhaite une bonne année.

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