Proust prend vraiment soin de notre peau

Proust prend vraiment soin de notre peau

 

Mais quel sortilège lie-t-il la Recherche aux cosmétiques ?

J’ai montré quelquefois à quel point l’écrivain est accommodé à toutes les sauces — je devrais dire désormais à tous produits-beauté.

 

Alors qu’il y a trois occurrences de « cosmétique » dans l’œuvre de Proust, ce blogue devient le réceptacle d’utilisations pas nécessairement frauduleuses, de détournements pas forcément pertinents des mots du cher Marcel.

 

Les cosmétologues s’en font-ils une spécialité. Deux chroniques leur ont déjà été consacrées (Voir Proust et les cosmétiques ! et, récemment, grâce à Jérôme Godefroy, Vaporiser du Proust pour une pub). Pas moins vigilant — et précautionneux de son bien-être corporel —, This is Philippe (@LegenduEst) relaie sur sa page Twitter une nouvelle mise en scène de citations. Il l’a trouvée dans une boutique parisienne, rue Bonaparte (quartier cher à Mme Cottard et à Brichot). Elle abrite Aesop, une firme australienne commercialisant des produits de son de la peau.

 

À l’intérieur, on peut y lire sur un plafond un bout de phrase tiré de Sur la lecture :

(Photo DR)

 

La phrase complète est : « Il semble que le goût des livres croisse avec l’intelligence, un peu au-dessous d’elle, mais sur la même tige, comme toute passion s’accompagne d’une prédilection pour ce qui entoure son objet, a du rapport avec lui, dans l’absence lui en parle encore. »

 

Dans ce magasin, on peut lire aussi du Mark Twain sur un sérum de rasage au Néroli Marocain (sic), du Franz Kafka sur un bol et du Lawrence Durell sur un produit à l’orange amère.

Les voies de la littératures sont impénétrables — pas les pores de la peau.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

Les extraits

*[Le directeur du Grand-Hôtel] arpentait les corridors, vêtu d’une redingote neuve, si soigné par le coiffeur que sa figure fade avait l’air de consister en un mélange où pour une partie de chair il y en aurait eu trois de cosmétique II

*Tant que j’aimais Mme de Guermantes, les marques de gentillesse que je recevais des autres, les compliments, me faisaient de la peine, non seulement parce que cela ne venait pas d’elle, mais parce qu’elle ne les apprenait pas. Or, les eût-elle sus que cela n’eût été d’aucune utilité. Mais, même dans les détails d’une affection, une absence, le refus d’un dîner, une rigueur involontaire, inconsciente, servent plus que tous les cosmétiques et les plus beaux habits. Il y aurait des parvenus, si on enseignait dans ce sens l’art de parvenir. III

*[Bloch devenu Jacques du Rozier] Un chic anglais avait en effet complètement transformé sa figure et passé au rabot tout ce qui se pouvait effacer. Les cheveux jadis bouclés, coiffés à plat avec une raie au milieu brillaient de cosmétique. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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