Les comédiens de la Recherche (2)

Les comédiens de la Recherche (2)

 

Ernest-François Cornaglia (1834-1913).

Pratiquement aucune information biographique.

Auteurs joués : Augier, Daudet, Feydeau, Haraucourt, Lenôtre, Lesueur, Theuriet.

Ses scènes parisiennes : l’Odéon.

 

Il fait partie des comédiennes et comédiens que M. de Chevregny, parent provincial des Cambremer, cite dans le désordre comme les ayant vus lors de ses passages à Paris. Ce spectateur parle de lui et de Dehelly sans précéder leur nom de quoi que ce soit, comme il dirait Voltaire et Montesquieu.

 

*parlant de tout sur le même plan, il [M. de Chevregny] nous disait : « Nous sommes allés une fois à l’Opéra-Comique, mais le spectacle n’est pas fameux. Cela s’appelle Pelléas et Mélisande. C’est insignifiant. Périer joue toujours bien, mais il vaut mieux le voir dans autre chose. En revanche, au Gymnase on donne la Châtelaine. Nous y sommes retournés deux fois ; ne manquez pas d’y aller, cela mérite d’être vu ; et puis c’est joué à ravir ; vous avez Frévalles, Marie Magnier, Baron fils » ; il me citait même des noms d’acteurs que je n’avais jamais entendu prononcer, et sans les faire précéder de Monsieur, Madame ou Mademoiselle, comme eût fait le duc de Guermantes, lequel parlait du même ton cérémonieusement méprisant des « chansons de Mademoiselle Yvette Guilbert » et des « expériences de Monsieur Charcot ». M. de Chevregny n’en usait pas ainsi, il disait Cornaglia et Dehelly, comme il eût dit Voltaire et Montesquieu. Car chez lui, à l’égard des acteurs comme de tout ce qui était parisien, le désir de se montrer dédaigneux qu’avait l’aristocrate était vaincu par celui de paraître familier qu’avait le provincial. IV

 

 

Émile Dehelly (1871-1969)

Il est le 336e sociétaire de la Comédie Française de 32 à 58 ans.

Auteurs joués : Aderer et Ephraïm, Aicard, Allou, Courteline, Croisset, Docquois, Donnay, Gautier, Girardin, Hervieu, Hugo, Molière, Natanson, Nigond, Pailleron, Prévost, Racine, Regnard, Richepin, Rivoire, Sardou.

Ses scènes parisiennes : la Comédie Française, théâtre Antoine.

Pendant la guerre, Émile Dehelly est mobilisé et libéré en 1917, mis à disposition du Théâtre des Armées. Ainsi, il continue sa mission par des tournées de propagande en Norvège et en Suède, ainsi qu’auprès des internés en Suisse.

Il tourne aussi au cinéma de 1909 à 1932.

 

Il fait partie des comédiennes et comédiens que M. de Chevregny, parent provincial des Cambremer, cite dans le désordre comme les ayant vus lors de ses passages à Paris. Ce spectateur parle de lui et de Cornaglia sans précéder leur nom de quoi que ce soit, comme il dirait Voltaire et Montesquieu.

 

*parlant de tout sur le même plan, il [M. de Chevregny] nous disait : « Nous sommes allés une fois à l’Opéra-Comique, mais le spectacle n’est pas fameux. Cela s’appelle Pelléas et Mélisande. C’est insignifiant. Périer joue toujours bien, mais il vaut mieux le voir dans autre chose. En revanche, au Gymnase on donne la Châtelaine. Nous y sommes retournés deux fois ; ne manquez pas d’y aller, cela mérite d’être vu ; et puis c’est joué à ravir ; vous avez Frévalles, Marie Magnier, Baron fils » ; il me citait même des noms d’acteurs que je n’avais jamais entendu prononcer, et sans les faire précéder de Monsieur, Madame ou Mademoiselle, comme eût fait le duc de Guermantes, lequel parlait du même ton cérémonieusement méprisant des « chansons de Mademoiselle Yvette Guilbert » et des « expériences de Monsieur Charcot ». M. de Chevregny n’en usait pas ainsi, il disait Cornaglia et Dehelly, comme il eût dit Voltaire et Montesquieu. Car chez lui, à l’égard des acteurs comme de tout ce qui était parisien, le désir de se montrer dédaigneux qu’avait l’aristocrate était vaincu par celui de paraître familier qu’avait le provincial. IV

 

 

Louis-Arsène Delaunay (1826-1903).

Passionné par le théâtre depuis l’enfance, il reste peu de temps employé chez un marchand drapier.

Il est admis au Conservatoire à 18 ans. Après un bref essai sur les planches à Paris, il joue en banlieue. Repéré à Montmartre, il entre à l’Odéon. À 22 ans, il est engagé comme pensionnaire à la Comédie Française, 269e sociétaire à 26 ans. Pendant trente-six ans, Delaunay enchaîne les créations et les rôles de jeunes premiers.

Collégien, le Héros s’enquiert auprès d’un ami si c’est bien lui le deuxième plus grand acteur derrière Got.

Le Héros compare Saint-Loup, métamorphosé avec le temps, à un jeune acteur lui succédant.

 

*quand je fus au collège, chaque fois que pendant les classes, je correspondais, aussitôt que le professeur avait la tête tournée, avec un nouvel ami, ma première question était toujours pour lui demander s’il était déjà allé au théâtre et s’il trouvait que le plus grand acteur était bien Got, le second Delaunay, etc. Et si, à son avis, Febvre ne venait qu’après Thiron, ou Delaunay qu’après Coquelin I

*si la guerre n’avait pas modifié le caractère de Saint-Loup, son intelligence conduite par une évolution où l’hérédité entrait pour une grande part avait pris un brillant que je ne lui avais jamais vu. Quelle distance entre le jeune blondin qui jadis était courtisé par les femmes chic ou aspirant à le devenir, et le discoureur, le doctrinaire qui ne cessait de jouer avec les mots ! À une autre génération sur une autre tige, comme un acteur qui reprend le rôle joué jadis par Bressant ou Delaunay, il était comme un successeur – rose blond et doré, alors que l’autre était mi-partie très noir et tout blanc – de M. de Charlus. VII

 

 

Frédéric Febvre (1833-1916).

Il entre à la Comédie Française à 33 ans, devient le 291e sociétaire à 34, et la quitte à 60.

Auteurs joués : Barrière et Thiboust, Deslandes, Dumas père, Erckmann et Chatrian, Feuillet, Girardin, Meilhac, Meilhac et Ganderax, Molière, Sandeau et Decourcelle, Sardou.

Ses scènes parisiennes : le Vaudeville, la Comédie Française.

Après quarante ans de théâtre, Frédéric Fèbvre écrit Au Bord de la Scène (1889) et Journal d’un comédien (1896).

Febvre et Reichenberg, Atelier Nadar

 

Collégien, le Héros s’enquiert auprès d’un ami s’il ne vient qu’après Thiron.

Dans ses souvenirs, lui et Thiron sont éclipsés par un acteur plus jeune, Amaury. Leurs noms s’épuisent quand le sien s’épanouit.

 

*quand je fus au collège, chaque fois que pendant les classes, je correspondais, aussitôt que le professeur avait la tête tournée, avec un nouvel ami, ma première question était toujours pour lui demander s’il était déjà allé au théâtre et s’il trouvait que le plus grand acteur était bien Got, le second Delaunay, etc. Et si, à son avis, Febvre ne venait qu’après Thiron, ou Delaunay qu’après Coquelin I

*je continuais à leur [les amis de Saint-Loup] demander avidement de classer les différents officiers dont je savais les noms, selon l’admiration plus ou moins grande qu’ils leur semblaient mériter, comme jadis, au collège, je faisais faire à mes camarades pour les acteurs du Théâtre-Français. Si à la place d’un des généraux que j’entendais toujours citer en tête de tous les autres, un Galliffet ou un Négrier, quelque ami de Saint-Loup disait : « Mais Négrier est un officier général des plus médiocres » et jetait le nom nouveau, intact et savoureux de Pau ou de Geslin de Bourgogne, j’éprouvais la même surprise heureuse que jadis quand les noms épuisés de Thiron ou de Febvre se trouvaient refoulés par l’épanouissement soudain du nom inusité d’Amaury. III

 

 

François Jules Edmond Got (1822-1901).

Dès son plus jeune âge, il excelle en déguisement et imitations. Trombinoscope de Touchatout écrit une histoire qu’il aimait raconter : « Un jour, pendant qu’un de ses petits camarades de jeu était allé à la cuisine chercher une grosse tartine de confiture, il s’était installé sur la chaise de l’absent et était si bien parvenu à imiter sa voix et sa figure, que le petit, en revenant, lui avait fait manger toute la tartine, croyant la manger lui-même. » !

Il intègre la Comédie Française à 22 ans, devient sociétaire, le 268e, à 28, et la quitte, doyen, à 72.

Edmond Got collabore au National, publiant des feuilletons sous le pseudonyme « A.D. » (Arthur Dangeliers).

Auteurs joués : Aicard, Augier, Augier et Sandeau, Balzac, Barbier, Barthet, Beaumarchais, Bonjour, Carré, Mme Casamayor, Cottinet, Decourcelle, Doucet, Dumas (Adolphe), Dumas fils, Dumas père, Erckmann et Chatrian, Ferrier, Fournier, Foussier, les Goncourt, Gozlan, Hugo, Labiche et Martin, La Boullaye et Piestre de Cormon, Lacroix et Dumas, Lafont, Laya, Liadières, Mallefille, Mérimée, Méry, Molière, Monselet et Arène, Musset, Pailleron, Plouvier, Ponsard, Racine, Richepin, Scribe, Scribe et Legouvé, Shakespeare, Souvestre, Uchard, Vacquerie, Villarceaux, Violet d’Epagny, Wailly et Duveyrier.

Sa scène parisienne : la Comédie Française.

Got, par Nadar

Atelier Nadar

 

Collégien, le Héros s’enquiert auprès d’un ami si c’est bien lui le plus grand acteur devant Delaunay.

 

*quand je fus au collège, chaque fois que pendant les classes, je correspondais, aussitôt que le professeur avait la tête tournée, avec un nouvel ami, ma première question était toujours pour lui demander s’il était déjà allé au théâtre et s’il trouvait que le plus grand acteur était bien Got, le second Delaunay, etc. Et si, à son avis, Febvre ne venait qu’après Thiron, ou Delaunay qu’après Coquelin I

 

Suite des comédiens demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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