Les comédiennes de la Recherche (2)

Les comédiennes de la Recherche (2)

 

Simone Frévalles (?- ?).

Aucune information biographique.

Auteurs joués : Bataille, Bourget, Decourcelle, Flers, Guitry, Hennequin, Kistemaeckers, Méré, Picard, Roeszler, Rothschild, Thurner.

 

 

Elle fait partie des comédiennes et comédiens que M. de Chevregny, parent provincial des Cambremer, cite dans le désordre comme les ayant vus lors de ses passages à Paris. Selon ce spectateur, elle joue à ravir dans la Chatelaine, au théâtre du Gymnase, qu’il a vu trois fois.

 

*parlant de tout sur le même plan, il [M. de Chevregny] nous disait : « Nous sommes allés une fois à l’Opéra-Comique, mais le spectacle n’est pas fameux. Cela s’appelle Pelléas et Mélisande. C’est insignifiant. Périer joue toujours bien, mais il vaut mieux le voir dans autre chose. En revanche, au Gymnase on donne la Châtelaine. Nous y sommes retournés deux fois ; ne manquez pas d’y aller, cela mérite d’être vu ; et puis c’est joué à ravir ; vous avez Frévalles, Marie Magnier, Baron fils » ; il me citait même des noms d’acteurs que je n’avais jamais entendu prononcer, et sans les faire précéder de Monsieur, Madame ou Mademoiselle, comme eût fait le duc de Guermantes, lequel parlait du même ton cérémonieusement méprisant des « chansons de Mademoiselle Yvette Guilbert » et des « expériences de Monsieur Charcot ». M. de Chevregny n’en usait pas ainsi, il disait Cornaglia et Dehelly, comme il eût dit Voltaire et Montesquieu. Car chez lui, à l’égard des acteurs comme de tout ce qui était parisien, le désir de se montrer dédaigneux qu’avait l’aristocrate était vaincu par celui de paraître familier qu’avait le provincial. IV

 

 

Jeanne Granier (1852-1939).

Elle est comédienne et chanteuse.

Jeanne Granier est la fille de l’actrice Emma Granier, pensionnaire du Théâtre du Vaudeville et du Théâtre du Palais-Royal.

Elle est une vedette de la scène à Paris mais aussi à Londres où elle joue des comédies et chante des opérettes. En plein succès lyrique, sa voix la lâche et elle ne se consacre plus qu’au théâtre.

Auteurs joués (hors opéras bouffes, opéras comiques, opérettes, revues) : Bernstein, Bisson et Thurner, Blum et Toché, Capus, Croisset, Daudet et Caïn, Donnay, Flers et Caillavet, Guiches, Guitry, Herman et Savoir, Lavedan, Renard, Verneuil et Berr, Wolff.

Ses scènes parisiennes : les Bouffes-Parisiens, les Capucines, l’Éden, la Gaîté, les Nouveautés, l’Odéon, la Renaissance, les Variétés.

Courtisée par le prince de Galles, elle en aurait été la maîtresse.

 

A-t-elle des sœurs que personne ne connaît ? Le Héros l’imagine pour comparer sa voix admirable et distinctive (tout comme une autre comédienne, Réjane) à celle de la duchesse de Guermantes qui la différencie tant de ses sœurs qu’elle déteste. Pour Oriane, la voix est lourde, traînante, âpre, savoureuse, affectée, terrienne, discordante. Ses sœurs, elles, qui avaient la même, l’ont réfrénée et adoucie autant qu’elles pouvaient.

 

*[La duchesse de Guermantes] sa voix, si lourdement traînante, si âprement savoureuse. Dans ces yeux et dans cette voix je retrouvais beaucoup de la nature de Combray. Certes, dans l’affectation avec laquelle cette voix faisait apparaître par moments une rudesse de terroir, il y avait bien des choses : l’origine toute provinciale d’un rameau de la famille de Guermantes, resté plus longtemps localisé, plus hardi, plus sauvageon, plus provocant ; puis l’habitude de gens vraiment distingués et de gens d’esprit, qui savent que la distinction n’est pas de parler du bout des lèvres, et aussi de nobles fraternisant plus volontiers avec leurs paysans qu’avec des bourgeois ; toutes particularités que la situation de reine de Mme de Guermantes lui avait permis d’exhiber plus facilement, de faire sortir toutes voiles dehors. Il paraît que cette même voix existait chez des sœurs à elle, qu’elle détestait, et qui, moins intelligentes et presque bourgeoisement mariées, si on peut se servir de cet adverbe quand il s’agit d’unions avec des nobles obscurs, terrés dans leur province ou à Paris, dans un faubourg Saint-Germain sans éclat, possédaient aussi cette voix mais l’avaient refrénée, corrigée, adoucie autant qu’elles pouvaient, de même qu’il est bien rare qu’un d’entre nous ait le toupet de son originalité et ne mette pas son application à ressembler aux modèles les plus vantés. Mais Oriane était tellement plus intelligente, tellement plus riche, surtout tellement plus à la mode que ses sœurs, elle avait si bien, comme princesse des Laumes, fait la pluie et le beau temps auprès du prince de Galles, qu’elle avait compris que cette voix discordante c’était un charme, et qu’elle en avait fait, dans l’ordre du monde, avec l’audace de l’originalité et du succès, ce que, dans l’ordre du théâtre, une Réjane, une Jeanne Granier (sans comparaison du reste naturellement entre la valeur et le talent de ces deux artistes) ont fait de la leur, quelque chose d’admirable et de distinctif que peut-être des sœurs Réjane et Granier, que personne n’a jamais connues, essayèrent de masquer comme un défaut. III

 

 

Marie Magnier (1848-1913).

Elle joue à Paris de 19 ans à sa mort à 65 ans.

Auteurs joués : Bisson, Capus, Feydeau, Flers et Caillavet…

Sa scène parisienne : les Variétés.

De sa liaison avec Raoul Aubernon de Nerville, naissent deux enfants.

 

Elle fait partie des comédiennes et comédiens que M. de Chevregny, parent provincial des Cambremer, cite dans le désordre comme les ayant vus lors de ses passages à Paris. Selon ce spectateur, elle joue à ravir dans la Chatelaine, au théâtre du Gymnase, qu’il a vu trois fois.

 

*parlant de tout sur le même plan, il [M. de Chevregny] nous disait : « Nous sommes allés une fois à l’Opéra-Comique, mais le spectacle n’est pas fameux. Cela s’appelle Pelléas et Mélisande. C’est insignifiant. Périer joue toujours bien, mais il vaut mieux le voir dans autre chose. En revanche, au Gymnase on donne la Châtelaine. Nous y sommes retournés deux fois ; ne manquez pas d’y aller, cela mérite d’être vu ; et puis c’est joué à ravir ; vous avez Frévalles, Marie Magnier, Baron fils » ; il me citait même des noms d’acteurs que je n’avais jamais entendu prononcer, et sans les faire précéder de Monsieur, Madame ou Mademoiselle, comme eût fait le duc de Guermantes, lequel parlait du même ton cérémonieusement méprisant des « chansons de Mademoiselle Yvette Guilbert » et des « expériences de Monsieur Charcot ». M. de Chevregny n’en usait pas ainsi, il disait Cornaglia et Dehelly, comme il eût dit Voltaire et Montesquieu. Car chez lui, à l’égard des acteurs comme de tout ce qui était parisien, le désir de se montrer dédaigneux qu’avait l’aristocrate était vaincu par celui de paraître familier qu’avait le provincial. IV

 

 

Suzanne Reichenberg (1853-1924)

Son père est hongrois et sa mère picarde.

À 13 ans, sa marraine, Suzanne Brohan, la présente au Conservatoire ; à 14, elle obtient un second prix ; à 15 ans moins deux mois, elle remporte le premier prix.

Elle débute à 18 ans dans le rôle d’Agnès de L’Ecole des femmes à la Comédie Française dont elle est nommée 294e sociétaire en 1872. Elle est la reine des ingénues de théâtre pendant trente ans.

Auteurs joués : Banville, Barbier, Beaumarchais, Becque, Bornier, Brieux, Cadol, Dumas fils, Erckmann et Chatrian, Feuillet, Gondinet, Meilhac, Meilhac et Ganderax, Molière, Monselet et Arène, Nicole, Pailleron, Racine, Rostand, Scribe, Shakespeare.

Sa scène parisienne : la Comédie Française.

Elle épouse Napoléon-Pierre-Mathieu, baron de Bourgoing en 1900.

Roi des cuisiniers et cuisinier des rois, Auguste Escoffier invente la « crêpe Suzette » en son honneur. Il la nomme ainsi alors qu’il officie au Savoy de Londres sur la suggestion du prince de Galles, futur Édouard VII qui accompagne l’actrice ce soir-là. C’est une crêpe à l’orange ou à la mandarine et au Grand-Marnier ou au curaçao.

Reichenberg, par Nadar

Le duc de Guermantes vient galamment la voir au foyer du Théâtre-Français pour l’inviter à venir réciter des vers devant le roi d’Angleterre pour qui une réception est donnée chez lui et la duchesse. Elle le fait et c’est une première.

Charlus évoque deux comédiennes très différentes, elle et Sarah Bernhardt, pour montrer qu’elles sont contraires et qu’il serait ridicule de vouloir les cumuler en une seule personne. C’est pour les besoins d’une démonstration contre la comtesse Molé, qu’il hait, qui veut jouer la duchesse et la princesse de Guermantes en même temps.

 

*Le faubourg Saint-Germain restait encore sous l’impression d’avoir appris qu’à la réception pour le roi et la reine d’Angleterre, la duchesse n’avait pas craint de convier M. Detaille. Les femmes d’esprit du Faubourg se consolaient malaisément de n’avoir pas été invitées tant elles eussent été délicieusement intéressées d’approcher ce génie étrange. Mme de Courvoisier prétendait qu’il y avait aussi M. Ribot, mais c’était une invention destinée à faire croire qu’Oriane cherchait à faire nommer son mari ambassadeur. Enfin, pour comble de scandale, M. de Guermantes, avec une galanterie digne du maréchal de Saxe, s’était présenté au foyer de la Comédie-Française et avait prié Mlle Reichenberg de venir réciter des vers devant le roi, ce qui avait eu lieu et constituait un fait sans précédent dans les annales des raouts. III

*[Charlus sur la comtesse Molé :] une personne que j’ai retranchée à bon escient de ma familiarité, une pécore sans naissance, sans loyauté, sans esprit, qui a la folie de croire qu’elle est capable de jouer les duchesses de Guermantes et les princesses de Guermantes, cumul qui en lui-même est une sottise, puisque la duchesse de Guermantes et la princesse de Guermantes c’est juste le contraire. C’est comme une personne qui prétendrait être à la fois Reichenberg et Sarah Bernhardt. En tous cas, même si ce n’était pas contradictoire, ce serait profondément ridicule. V

 

Les dernières comédiennes de la Recherche demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. La voix de la duchesse de Guermantes m’a toujours renvoyée à celle de Colette, qui est elle aussi décrite comme rocailleuse, forte, etc…

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