Joliveté et jolité (ne pas confondre)

Joliveté et jolité (ne pas confondre)

 

MM. Cerquignini et Pruvost sont des pignoufs ! Oui, je sais, c’est violent mais ils attigent vraiment.

 

Ce matin, je lis tranquillement mon Figaro et je tombe sur un article intitulé Claquedents et jolivetés : redécouvrez les mots oubliés du Larousse :

« En 2017, Pierre Larousse aurait eu deux cents ans. À cette occasion, le linguiste Bernard Cerquiglini s’est amusé à replonger dans le Nouveau Dictionnaire de la langue française, publié en 1856 par Larousse, pour y exhumer des mots qui ont été éliminés au fur et à mesure des éditions successives, jusqu’à nos jours. Le tout, avec la complicité du « dicopathe » Jean Pruvost, qui rend ici un bel hommage à Pierre Larousse. […]

Pour donner au lecteur un avant-goût de cet ouvrage et lui ouvrir l’appétit lexical, voici quelques exemples, puisés (presque) au hasard. Lourderie désignait ainsi une faute grossière contre le bon sens, la bienséance. On est tombé sur joliveté, qui voulait dire jolie petite babiole. Marcel Proust l’emploie dans Le Temps retrouvé « Le XVIIIe siècle curieux venait asseoir ses moments d’oisiveté pour le marchandage des jolivetés françaises et étrangères. »

 

Tiens, tiens, je n’ai pas souvenir de ce « jolivetés »-là. J’ouvre incontinent (adverbe emprunté au latin juridique in continenti (tempore) « tout de suite, sur-le-champ ») ma Pléiade :

 

Consciencieux, j’effectue un récolement (vérification de l’intégrité des collections d’une bibliothèque, d’un fonds documentaire, selon le Larousse), en me penchant sur mes NRF :

 

Il n’y a aucun doute, MM. Cerquignini et Pruvost se sont fourré le doigt dans l’œil — chacun le sien.

Ultime démarche, j’ai consulté quelques dictionnaires.

Le Littré connaît « joliveté » : « trait d’esprit ; petit bijou, petit ouvrage qui n’a pas ou peu d’utilité, gentillesse d’un enfant. On ne l’emploie guère qu’au pluriel ». Parmi les citations, il donne celle d’Oresme (1320-1382), dans Éthique, 54 : « Celui qui est sanguin, il est trop enclin à jolivetés et esbatemens ou à desattrempance »

 

Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales réunit « joliveté » et « jolité » : « caractère joli de quelqu’un ou quelque chose ; manifestation, geste joli ; bibelot ; jolie femme ». Citation : Le XVIIIe siècle curieux venait asseoir ses moments d’oisiveté pour le marchandage des jolités françaises et étrangères (Proust, Temps retr.,1922, p. 710)

 

Le Petit Robert en plus de 2 500 pages est muet sur l’une et l’autre et c’est mon Grand Robert en six volumes qui m’informe en traitant séparément les deux mots :

Jolité, 1898, de joli, d’après joliveté : caractère de ce qui est joli ; grâce, joliveté ; bibelot (Proust, le Temps retrouvé)

Joliveté, fin XIe : caractère de ce qui est joli ; trait d’esprit ; ouvrage mignon, jolie babiole ; geste gracieux.

 

C’est pour être rigoureux que je fournis les références : « Les Mots disparus de Pierre Larousse, introduction et choix de Bernard Cerquiglini, présentation de Jean Pruvost, Larousse, 222 p., 14,95 €. »

Alors, à vous de voir. Moi, je crois que je vais en faire l’économie.

 

Ah oui, de « pignouf », le Larousse dit que c’est un mot populaire signifiant individu mal élevé, grossier et sans finesse. Ce n’est pas exactement ce que je veux dire, mais il me plaît tant ! Flaubert l’écrit « pignoufe ».

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Y’a pas à dire, c’est beau…

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