Proust et les Immortels

Proust et les Immortels

 

Dans une copie de philo, il faut citer Descartes ou Hegel ; dans un texte sur les génies, Mozart ou Einstein ; dans une revue de mode, Dior ou Chanel ; dans un article sur le foot (selon des générations), Kopa ou Zidane ; dans une analyse du chaos, Trump ou Maduro.

Pour la littérature, la référence à Proust (ou à Proust) semble obligatoire, indispensable et nécessaire. Passage obligé ? Eh bien, pas tant que ça.

Exemple pas tout à fait arbitraire : je sui allé lire sur le site de l’Académie française les discours de réception des hommes et femmes en vert. Sur trente-quatre Immortels vivants, combien citent-ils l’auteur d’À la recherche du temps perdu ? Onze. Moins d’un tiers. Pas terrible !

 

François Cheng au fauteuil de Jacques de Bourbon Busset (2003)

Paul Berliet, à qui j’avais donné des leçons de chinois […] m’expliqua que l’esprit français est à ce point hanté par le souci de l’universel que cet esprit est mal à l’aise chaque fois qu’il se trouve devant une décision concrète qui ne marcherait pas partout. En homme d’action, il y voyait un handicap, reprochant à cet esprit son manque de pragmatisme. « Vous demandez à un Français de vous bâtir un poulailler, il vous construira une cathédrale ! », disait-il. Tout en étant d’accord avec lui sur ce qu’il peut y avoir d’inconvénient dans cet état de choses, je ne peux m’empêcher d’y voir une certaine grandeur. C’est peut-être ainsi qu’on a pu avoir, sur le plan littéraire, un Hugo, un Balzac ou un Proust.

 

Jean Clair au fauteuil de Bertrand Poirot-Delpech (2009)

Chez les littérateurs des années cinquante, le besoin d’avancer dans la société en reposant sur un trépied venait-il du regret de n’être pas « bien né », par nostalgie de la particule, par regret des salons que, trente ans auparavant, fréquentaient encore Proust ou Valéry ? Venait-il du regret d’une noblesse qu’à défaut de posséder on aimera brocarder, ou bien, au contraire, l’exprimait-on pour faire sonner son arrivée, comme on frappe trois coups avant qu’on ne lève le rideau, ou comme ici, par un roulement tout aussi théâtral de tambour ?

Pourtant, l’éclat de la gloire est souvent un éclat verbal. On dit Manet, Cézanne, Picasso, comme on dit Gide, Proust, Mauriac. En littérature et en art, comme en architecture, l’esthétique contemporaine se résume en un mot : le moins c’est le mieux.

 

Xavier Darcos au fauteuil de Pierre-Jean Rémy (2015)

[Pierre-Jean Remy] adula d’abord les romans fleuves et les auteurs phares, tel Jules Romains. Après Balzac, il plongea dans Chateaubriand et dans Proust et bientôt – choc décisif – se prit de passion pour Stendhal. […]

Pierre-Jean Remy est un diplomate-écrivain qui écrit des fictions sur la diplomatie. C’était le cas dans Le Sac du palais d’Été, dans les Mémoires secrets, dans La Ville immortelle, qui lui valut le Grand Prix du roman de votre Académie, histoire d’un consul à Trieste nommé Julien Wiener – nouvelle et double allusion stendhalienne. De même, Désirs d’Europe met en scène un ambassadeur qui aime Stendhal, Gobineau et Proust, et dont la carrière « n’a été qu’une longue réflexion sur les maux qui accablent la planète et la manière dont la France, et tout particulièrement son ministère, peuvent, ici où là, éviter parfois le pire ». Souhaitons que cette définition de l’œuvre du Quai d’Orsay garde sa pertinence !

 

Michael Edwards au fauteuil de Jean Dutourd (2014)

[Jean Dutourd] avait appris surtout, tel Yeats ou Proust, que l’œuvre est la création de quelqu’un d’autre, qui ne coïncide pas avec l’auteur, avec la personne que ses amis connaissent et qui croit se connaître. Pour trouver le lien chez lui entre vivre et écrire, il convient de chercher le niveau profond auquel – observées nécessairement de l’extérieur – son expérience de l’histoire contemporaine et l’aventure de sa création romanesque se touchent. […]

Les Horreurs de l’amour effectuent un croisement de Diderot : l’action consiste entièrement en une conversation entre moi et lui sur Roberti et sa déchéance, et de Proust, pour l’analyse psychologique et sociale, et parce que l’histoire qui se déroule dans les paroles des deux interlocuteurs est un roman à venir, que moi se charge de rédiger.

 

Dominique Fernandez au fauteuil de Jean Bernard (2007)

L’illustre d’Alembert, dont vous m’avez fait l’honneur, et je vous en remercie, de m’appeler à occuper le fauteuil, parlait de « l’égalité académique ». Il voulait dire que tous les académiciens, quelles que soient leur origine sociale, leurs convictions, leurs erreurs ou celles de leurs parents, sont égaux. Au nom de cette égalité, je vous demande d’accueillir avec moi l’ombre de quelqu’un qui avait plus de titres à prendre ma place, et à qui je dois d’être celui que je suis : Ramon Fernandez, mon père. Il s’est fourvoyé en politique, et j’ai toujours condamné, publiquement, sa conduite pendant l’Occupation. Collaborer avec les Allemands, non, c’était indigne d’un homme qui avait été l’ami de Proust, de Gide, de Saint-Exupéry, de Malraux, qui l’était encore de Paulhan et de Mauriac, malgré leurs divergences. Pendant la Première Guerre mondiale, en pleine nuit, Proust traversa Paris plongé dans les ténèbres et sonna à la porte de mon père, 44 rue du Bac. J’ai besoin, dit-il, que vous me prononciez deux mots : senza rigore. Mon père ne savait pas l’italien, mais était réputé pour ses dons d’imitation. Merci, lui dit Proust, j’ai l’intention de mettre ces deux mots dans une page de mon roman, et j’avais besoin de les entendre résonner avec leur sonorité musicale exacte.

Quand on a vécu une telle expérience, il paraît inconcevable qu’on se rende à Weimar, en octobre 1941, sur l’invitation du Dr Goebbels, puis qu’on publie, dans plusieurs journaux de l’Occupation, un éloge dithyrambique de cet individu, que par ailleurs on méprise, lui et toute sa logorrhée nazie. Aucune excuse, donc, pour mon père, de ce point de vue-là. Mais est-ce une raison pour oublier, occulter, son œuvre littéraire ? Elle a été scandaleusement mise de côté, après la Libération. Son Molière, non seulement le meilleur livre jamais écrit sur Molière, mais un des plus forts ouvrages de critique littéraire de tous les temps, son Proust, publié en 1943, comme un acte de résistance intellectuelle contre l’idéologie dominante, son Balzac sont de merveilleuses synthèses, des vues d’ensemble sur l’œuvre, profondes, exhaustives, à l’antipode des dissections pointilleuses pratiquées aujourd’hui. Autant les opinions professées pendant la guerre par mon père − je parle d’opinions, car il ne s’est rendu coupable d’aucune action répréhensible, sauvant au contraire des Juifs, prononçant, seul parmi les écrivains collaborateurs, l’éloge funèbre de Bergson, publiant ce livre sur Proust −, autant ses opinions politiques ont toujours été pour moi inacceptables, autant j’admire son œuvre. Et je vous ferai cet aveu : parmi les motifs qui m’ont poussé à souhaiter faire partie de votre Compagnie, le dernier n’a pas été de faire retentir sous la Coupole, à côté de celui de Richelieu, le nom de Ramon Fernandez. […]

Quoi d’étonnant à cette attention constante aux œuvres littéraires, quand on a été, comme lui, dès l’âge de quatorze ans, un familier de la librairie d’Adrienne Monnier, « Aux Amis des Livres » ? Dès 1921, élève de troisième A4 au lycée Louis-le-Grand, il venait rue de l’Odéon feuilleter des ouvrages de lui inconnus, aux titres mystérieux, Barnabooth, Sous les yeux d’Occident. Pendant dix-huit ans il a fréquenté la librairie, observé l’étrange et fascinante propriétaire des lieux, reçu d’elle des conseils de lecture, elle qui était au centre d’une galaxie étincelante, où brillaient Léon-Paul Fargue, Jules Romains, Valery Larbaud, Paul Valéry. Gide, Claudel, Saint-John Perse, Aragon, Soupault, Breton venaient aussi − plus tard apparurent Jean Paulhan, Henri Michaux, André Chamson, Jean Prévost. De cette constellation étaient bannis les écrivains dits de la rive droite, Proust, Mauriac, Maurois. […]

En 1997, à quatre-vingt-dix ans, Jean Bernard publia Le Jour où le temps s’est arrêté, un texte d’imagination, qui relève de la science-fiction, du conte voltairien et de la parabole borgésienne, et que je tiens pour son chef-d’œuvre littéraire. Le 24 mai 2006, à onze heures, vingt-sept minutes, trente-quatre secondes, le temps s’est arrêté. La littérature avait souvent célébré le temps qui fuit, le temps perdu, le temps retrouvé. Cette fois, il s’agit du temps bloqué. C’est l’achronie générale. Les aiguilles des horloges ne bougent plus, les moutons cessent de brouter, les fleurs de pousser, les voitures de rouler. Horaires, rendez-vous, plans sur l’avenir, discussions sur la réduction du temps de travail, toute cette comptabilité est devenue absurde. Le président de la République en profite pour déclarer à la radio que, s’il n’y a plus de temps, il n’y a plus de durée. « Ceux que vous avez élus restent en place. Je m’efforcerai, mes chers compatriotes, en exerçant de façon permanente mes fonctions, de rester digne de la confiance que vous m’avez témoignée. » Que va-t-on faire en attendant ? En attendant ? Que veut dire l’attente s’il n’y a plus de temps ? Savants, philosophes, poètes se concertent. Les voilà, Descartes, Leibniz, Einstein, Baudelaire, Proust, Poincaré, saint Augustin, Bergson, Aristote, Henri Michaux, tous ceux que le problème du temps a tourmentés, et qui avouent, à présent, leur stupeur impuissante. Seul Paul Valéry, le préféré de Jean Bernard, apporte une réponse satisfaisante. « Aux Champs-Élysées, il n’est pas de temps. Tout le temps n’est qu’un léger défaut dans le bloc éternel, comme tout l’univers n’est qu’une bulle dans la pureté générale de l’espace. » Quelle douce et malicieuse façon de rappeler à l’homme sa petitesse et son orgueil ! […]

Le médecin est toujours engagé ; et c’est sans doute parce que l’écrivain s’accuse d’avoir si peu de prise sur le réel qu’il se venge des médecins, en les présentant si souvent sous un jour malveillant, voire caricatural. De Plaute à Molière, de Dickens à Flaubert, de Proust à Jules Romains, les exemples ne manquent pas. […]

Travailler dans une imprimerie clandestine ne l’empêche pas de savourer l’arrivée du printemps. Le 29 mai, il a cette phrase magnifique : « Les feuillages du Luxembourg ont une richesse et une plénitude qui font penser à la partie centrale d’une symphonie. »Le 30 juillet, il monte dans un camion pour se rendre à Château-Thierry. À quatre reprises, une alerte aérienne oblige les passagers à se jeter dans le fossé. Que va-t-il faire en province ? Une conférence sur Proust − dont l’œuvre ne rentre pourtant pas dans le « quadrilatère de la civilisation ».

 

Marc Fumaroli au fauteuil d’Eugène Ionesco (1996)

Eugène Ionesco n’était tenté ni par le cheval d’orgueil philosophique, ni par la bravacherie politique. Dès ses jeunes années, il est meilleur lecteur de Pascal et de Proust que de Karl Marx ou de Martin Heidegger. […]

l’expérience intérieure. Cette expression, inventée par Georges Bataille, désigne une version laïque de l’exercice spirituel des contemplatifs et des mystiques. Elle répond à une recherche littéraire qui est devenue au XXe siècle la ligne de crête de nos lettres. Elle caractérise aussi bien la Recherche de Proust, La Soirée avec Monsieur Teste de Valéry, que Mes propriétés d’Henri Michaux. On pourrait à bon droit y voir une résurgence moderne des Essais de Montaigne, des Méditations de Descartes, des Pensées de Pascal. C’est le genre royal français.

 

Dany Laferrière au fauteuil d’Hector Bianciotti (2015)

Comme dans un roman de Proust qu’il ne nomme pas souvent, lui préférant Alberto Savinio, mais dont la grande ombre s’étend sur son œuvre, on remarque chez Bianciotti l’incessant exercice de mémoire où les détails s’accumulent et les analyses se bousculent jusqu’à couvrir parfois la musique intime qui relie les visages aux paysages.

 

Jean d’Ormesson au fauteuil de Jules Romains (1974)

C’est un fait bien remarquable que vers le début de ce siècle, dominé plus qu’aucun autre par la science et la raison, une espèce – je prononce les mots avec prudence – une espèce d’ivresse mystique et quasi religieuse ait été le point de départ de l’œuvre de Jules Romains. Ce n’est pas un cas isolé. Claudel frappé par la foi derrière un pilier de Notre-Dame, le Salavin de Georges Duhamel, la vision du monde en tant qu’amour qui constitue le fondement des Leaves of Grass de Walt Whitman et même la madeleine de Proust, les deux clochers de Martinville, les trois arbres d’Hudimesnil ou le pavé mal équarri de la cour des Guermantes pourraient tous être confrontés à la rue d’Amsterdam du jeune Louis Farigoule. Je livre aux jeunes gens de l’avenir ce travail fascinant : l’étude dans le détail des rapports entre illumination et raison vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe. […]

En cinq ans, entre 1868 et 1873, Maurice Barrès et Henri de Regnier encore dans la petite enfance, naissent successivement Paul Claudel, Romain Rolland, Charles Maurras, André Gide, Marcel Proust, Paul Valéry et Charles Péguy, sans même parler d’Alain ou d’André Suarès, de Francis Jammes ou d’Edmond Rostand. Un peu plus jeune que Jacques Chardonne ou Valery Larbaud, qu’Étienne Gilson ou Jacques Maritain, que Jean Paulhan, que Georges Duhamel, que Jean Giraudoux, contemporain de François Mauriac et d’André Maurois, l’aîné de quelques années de Francis Carco et de Pierre Benoît, de Blaise Cendrars, de Jacques de Lacretelle ou de Saint John Perse, Jules Romains appartient à la génération qui suit immédiatement cette foudroyante cohorte. […]

Ce qui frappe d’abord dans cette œuvre, c’est la puissance. Un massif. Un monument. Les noms qu’on évoque le plus volontiers à son propos, ce sont ceux de géants qui ont laissé un monde derrière eux, des personnages changés en mythes ou passés en proverbes : Hugo avec Gavroche et avec le peuple des barricades, Proust avec ses duchesses et l’effrayant Charlus, […]

Une première évidence s’impose à nous, que pouvait laisser prévoir déjà l’illumination mystique d’octobre 1903 : avec Jules Romains, la vie collective et la société entrent triomphalement dans notre littérature. Toute la grande génération de 1870 a encore l’individu pour point de référence. Il serait passionnant d’étudier la place de la personne humaine chez un traditionaliste comme Maurras, chez les chrétiens comme Claudel ou Péguy, chez un classique comme Valéry, chez un individualiste comme Gide, chez un analyste comme Proust. Avec Jules Romains, tout change. […]

En un sens, Balzac et Zola, Claudel et Proust – et Hugo avant eux – avaient déjà eu un peu plus qu’une intuition de la totalité. Mais elle prenait toujours appui sur des héros privilégiés, elle rayonnait à partir d’eux. Elle s’exprimait, chez Balzac, par la juxtaposition répétitive des aventures des Vautrin, des Rubempré, des Rastignac ou des Marsay ; chez Zola, par la filiation héréditaire au sein des Rougon-Macquart ; chez Proust, par l’organisation du monde autour d’un narrateur central auquel tout se rapporte d’un monde qui change et d’un temps qui s’écoule ; chez Claudel, par le catholicisme, où la personne humaine et l’universel sont, à travers l’incarnation du Christ, articulés l’un sur l’autre. Avec Jules Romains, nous plongeons directement dans le corps universel et dans l’âme collective. […]

Plus encore, peut-être, que le recueil de La Vie unanime, prenons par exemple, et parmi beaucoup d’autres, le texte capital de Cromedeyre-le-Vieil où nous voyons s’effacer devant la description poétique de la vie communautaire tout le récit traditionnel des aventures ou des sentiments de l’individu isolé. Le héros n’y est plus, sous une forme ou sous une autre, le moi cher à Racine, à Gide, à Valéry ou à Proust. C’est le groupe humain.

 

Angelo Rinaldi au fauteuil de José Cabanis (2002)

Cabanis, lui, veut s’assurer les moyens de n’écrire que ce qui lui plaît, il travaille donc en qualité d’expert immobilier auprès des tribunaux ; son rêve romanesque diminue son sommeil. Contre la tradition, il ne monte pas à Paris. À quoi bon ? Des décors sont toujours à portée de main pour n’importe qui, n’importe où. Plus la vie d’un romancier est banale, plus grandes sont les chances que ses histoires aient relief et profondeur. La biographie de Proust ne tient-elle pas dans un carnet de bal ? La Moscou décrite par Dostoïevski a la même étendue que le sixième arrondissement de Paris. Les sœurs Brontë ne pointent le nez hors de leur presbytère que pour regarder le vent passer sur la lande. Infirme, le poète Joë Bousquet ne quitte pas son lit. On ne prétendra pas, ici, que le chiffre quarante épuise toutes les ressources de la psychologie humaine, mais le double ou le triple, oui, peut-être.

 

Pierre Rosenberg au fauteuil de Henri Gouhier (1996)

À la même époque, Maurice Barrès recevait une autre visite dont votre confrère Jean Tharaud fait le récit : « Imaginez-vous que Proust est venu me voir hier soir, sur le coup de dix heures, au moment où j’allais me coucher… Je ne l’avais pas vu depuis vingt ans. Quel homme ! Emmitouflé dans un énorme cache-nez, pas rasé, et l’air en effet de quelqu’un qui sort du lit. Et savez-vous pourquoi il se dérangeait ainsi, au risque de mourir en chemin ? Pour me demander si je ne pensais pas qu’il fût temps de répondre au vœu des personnes qui l’appelaient à l’Académie. La singulière idée ! Mais personne, là-bas, n’attend personne ! … » Nul doute que Maurice Barrès, s’il eut vécu, eût ici porté son choix sur Henri Gouhier, Barrès qui préférait, ce sont ses propres mots, dans la tradition de l’Académie du XIXe siècle, les « historiens, les philosophes ou les hommes de sciences » aux « littérateurs… dont la vanité… des ouvrages d’imagination pure… lui apparaissait sans voile » ! Qui ne regrette aujourd’hui que Maurice Barrès n’ait pas encouragé Proust à briguer vos suffrages ! Il aurait pu compter, je n’en doute pas, sur celui de mon prédécesseur René Boylesve qui, après avoir lu Proust, déclarait : « Notre œuvre, à nous, est ruinée par celle-là. Nous avons travaillé en vain. Proust supprime la littérature des cinquante dernières années. »

 

Frédéric Vitoux au fauteuil de Jacques Laurent (2003)

Jacques Laurent n’appréciait pas que d’autres écrivains disent du mal de Cecil Saint-Laurent ou s’offusquent de la complicité des deux hommes. « Puisqu’il m’arrivait, quand je me couchais, d’hésiter entre un livre d’Alexandre Dumas et un livre de Proust, pourquoi m’étonner de mon double comportement d’auteur puisque mon double comportement de lecteur ne me choquait pas ? », écrira-t-il dans son Histoire égoïste.

 

Qui ne sacrifie pas à l’hommage à Marcel Proust ? Dominique Bona, Jean-Denis Bredin, Gabriel de Broglie, Hélène Carrère d’Encausse, Jean-Loup Dabadie, Claude Dagens, Florence Delay, Alain Finkielkraut, Valéry Giscard d’Estaing, Jules Hoffmann, Marc Lambron, Amin Maalouf, Andreï Makine, Jean-Luc Marion, Pierre Nora, René de Obaldia, Érik Orsenna, Yves Pouliquen, Jean-Marie Rouart, Jean-Christophe Ruffin, Danièle Sallenave, Michel Serres, François Weyergans.

 

Alors que l’on attend le nom du nouveau président de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray, souvenons-nous qu’à part le dernier, tous les précédents étaient membres de l’Académie française : Henri Mondor, Jacques de Lacretelle, Pierre-Jean Angremy.

 

Faut-il renouer avec une tradition abritée sous la Coupole ? Les lignes de cette chronique guideront-elles les gardiens du Temple de la Sampac ? Aideront-elles la fumée blanche à sortir de la cheminée proustienne ? Et si c’était une femme ?

L’habit vert vdu futur président de la Sampac ?

 

Moi, j’ai bien un petit faible pour… Non, non, je ne dirai rien.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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