Oserai-je vous tancer ?

Oserai-je vous tancer ?

 

Un peu foutraque, un peu ironique, ce blogue se veut pleinement sérieux… Quand je me lance dans mes listes, j’essaie d’être exhaustif et j’interprète votre absence de remarques comme une approbation. Certes, j’apprécierais davantage d’interventions, même (et surtout) critiques, mais c’est la loi du genre.

Quand je détaille les monocles de la Recherche, il n’en manque pas un seul. Idem pour les antonomases, les nombres, les œuvres d’art, les remèdes et les drogues, etc. L’originalité de ce blogue réside dans les occurrences des mots, êtres et choses dans la somme proustienne.

Quand j’ai listé les animaux, il n’en manquait pas un dans le bestiaire (167 !). Pour être honnête, il est arrivé qu’un ou deux aient été oubliés — grèbe ou vibrion — et je les ai intégré subrepticement. De toutes les façons, pensé-je, mes visiteurs sauront bien me signaler un oubli tant ils sont férus et attentifs.

 

Or, voilà que je découvre une béance dans ma série sur les jeux et sports en une trentaine d’épisodes. Il y avait bien les barres, les billes, les chevaux de bois, la voiture aux chèvres, le diabolo, le furet, La Tour Prends Garde, À qui rira le premier, le volant, les bains de mer, la piscine, le billard, le cyclisme, l’équitation, le football, le golf, le polo, l’escrime, le patinage, le ski, le tennis, le yachting, les jeux de cartes — baccara, bésigue, bridge, écarté, piquet, poker, réussite ou patience, whist —, le bonneteau, pigeon-vole, les devinettes.

Ce fut une épreuve de fond pour moi d’en faire le tour. J’ai sué sang et eau et ne fus pas peu fier d’en être venu à bout. Je n’ai attendu aucune médaille et ai triomphé en silence.

 

Eh bien, j’avais tort. Honte sur moi. Je e couvre la tête de cendre. J’avais omis les dominos ! À la trappe les vingt-huit pièces ! Pas un mot du double-six ! Silence sur la pioche !

 

(Photo PL)

Le jeu de société est pourtant présent dans trois tomes d’À la recherche du temps perdu. Il est d’abord cité à propos de Swann. Cottard y joue. La dernière occurrence est associée à Françoise.

Je suis impardonnable. Mais enfin, comment se fait-il qu’aucun d’entre vous ne m’ait rien dit ? Ah, il ne faudrait pas que ça se renouvelle.

 

Une nouvelle série demain : une semaine avec les comédiennes et comédiens de la Recherche. Nous finirons l’année avec un Quizz de trois semaines. Chic !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*Swann empressé avec ces nouvelles relations et les citant avec fierté, était comme ces grands artistes modestes ou généreux qui, s’ils se mettent à la fin de leur vie à se mêler de cuisine ou de jardinage, étalent une satisfaction naïve des louanges qu’on donne à leurs plats ou à leurs plates-bandes pour lesquels ils n’admettent pas la critique qu’ils acceptent aisément s’il s’agit de leurs chefs-d’œuvre ; ou bien qui, donnant une de leurs toiles pour rien, ne peuvent en revanche sans mauvaise humeur perdre quarante sous aux dominos. II

 

*Dans la génération précédente, le mouvement de se frotter les mains comme si on se savonnait accompagnait le mouvement. Cottard lui-même avait d’abord usé simultanément de la double mimique, mais un beau jour, sans qu’on sût à quelle intervention, conjugale, magistrale peut-être, cela était dû, le frottement des mains avait disparu. Le docteur, même aux dominos, quand il forçait son partenaire à « piocher » et à prendre le double-six, ce qui était pour lui le plus vif des plaisirs, se contentait du mouvement des épaules. IV

 

*La victoire des Alliés semblait sinon rapprochée, du moins à peu près certaine et il faut malheureusement avouer que le maître d’hôtel en était désolé. Car ayant réduit la guerre « mondiale », comme tout le reste, à celle qu’il menait sourdement contre Françoise (qu’il aimait du reste malgré cela comme on peut aimer la personne qu’on est content de faire rager tous les jours en la battant aux dominos), la Victoire se réalisait à ses yeux sous les espèces de la première conversation où il aurait la souffrance d’entendre Françoise lui dire : « Enfin c’est fini et il va falloir qu’ils nous donnent plus que nous ne leur avons donné en 70 » VII

 

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CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Oserai-je vous tancer ?”

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  1. Non, vous êtes tout pardonné, Patrice. Perso j’ai un aveu à faire, qui je pense peut être partagé par tous : si je lis avec une attention soutenue vos articles, je « zappe » souvent les extraits cités ; ajoutez à cela la confiance que vous inspirez (à juste titre) et voilà pourquoi vos internautes sont muets…

  2. Vous avez raison Clopine, je fais exactement comme vous, plus toute ma confiance en Patrice et je ne trouve plus rien à dire. Mais promis Patrice je serai plus attentive! je suis prête pour le Quizz de fin d’année

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