Lisez Loiret

Lisez Loiret

 

Proust est à la première page du premier chapitre du plus touchant des livres de 2017. L’auteure — « âge adulte mais cœur d’adolescente »— achète Du côté de chez Swann, édition de poche, « dans un papier rêche, un peu épais ».

 

Proust conclut l’ouvrage : « Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passé avec un livre préféré. » (Sur la lecture) »

 

En un peu plus de deux cents pages, Françoise Loiret égrène son enfance étriquée, le BEP, les cours de théâtre, le foyer de jeunes filles. Et les livres : « Mes lectures me permettent de m’évader, de m’instruire, de m’amuser, de m’interroger. Les livres sont mes guides dans mon « désert d’ennui ». Nul besoin de revenir du « voyage » de Baudelaire pour connaître ce sentiment. »

Parmi eux, Proust : « Je suis née à quarante ans de cette lecture, boulimique et continue de À la recherche du temps perdu. Cette découverte m’a constituée. D’autres terres existaient. Je pouvais avancer. »

Envois de CV. Un CDD de deux semaines de standardiste et hôtesse d’accueil chez Grasset. Rencontre avec des auteurs, « dans la grâce d’une jeune amoureuse ». Et puis, autre éditeur, à nouveau hôtesse d’accueil — « hypothétique maîtresse de maison » — et standardiste, lançant, « tonique et dynamique : — Arthème Fayard, bonjour ! » (« Messagère » de la parole », n’est-ce pas Marcel). D’autres livres, d’autres auteurs, d’autres échanges.

 

Ça s’appelle Unre vie de mots, aux Éditions Abordables (20,90 €). Lisez Françoise Loiret.

 

Elle et moi, nous nous sommes rencontrés à la Journée des Aubépines peu après mon atterrissage à Illiers-Combray.

À Tansonville, 2013 (Photos PL)

 

Nous sommes restés en contact. Un jour, elle m’a proposé d’enregistrer Le fou de Proust, roman. Mes mots se sont retrouvé, magnifiés par sa voix, proposés ici au printemps 2014, en cent-neuf épisodes (http://audioblog.arteradio.com/blog/Le-fou-de-Proust).

 

Aujourd’hui, Françoise Loiret habite Montparnasse, rue Delambre — à dix numéros de l’immeuble de mon enfance qui abritait l’imprimerie où mon père travaillait — les livres, encore et toujours.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

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CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Lisez Loiret”

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  1. Merci.
    J’ajouterai pour les insatiables cette autre phrase (de Proust) qui peut illustrer mon récit :
    L’intelligence n’est pas l’instrument le plus subtil, le plus puissant, le plus approprié pour saisir le Vrai…
    c’est la vie qui peu à peu, cas par cas, nous permet de remarquer que ce qui est le plus important pour notre cœur, ou pour notre esprit, ne nous est pas appris par le raisonnement mais par des puissances autres.
    Merci Patrice, ô joyeux érudit.

  2. Euh, oups, permettez-moi de vous signaler une faute de frappe : vous avez écrit « vivres » à la place de « livres » dans la première citation de Proust. Mais c’est si joli, comme faute…

  3. Et en fait, non, la faute n’est pas dans l’initiale, mais dans le « s ». Il s’agit du verbe « vivre »… N’empêche, c’est joli quand même.

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