Cadrans solaires

Cadrans solaires

 

Sans tic-tac ni mouvement, il vous donne l’heure. Le cadran solaire est l’un des premiers instruments mesurant l’écoulement du temps. Une surface graduée éclairée par le soleil associée à un genre de bâton fixé dessus, le gnomon ou style, indique l’heure solaire grâce à l’ombre portée de l’astre se déplaçant dans le ciel.

 

Que dit Le Robert de cet objet né chez les Pharaons ? : Cadran. N. m. – quadran XIIIe ; lat. quadrans, p. Prés. De quadrare, « être carré ». 1. Plan (d’abord carré

puis de forme quelconque) où sont indiqués les chiffres des heures. CADRAN SOLAIRE, où l’heure est marquée par l’ombre d’un style projetée par le soleil.

 

J’en ai repéré deux à Illiers-Combray : un faisant partie de la fresque qui représente Marcel Proust sur le mur d’une maison au gué Bellerin…

 

… et l’autre sur une façade rue de Beauce.

(Déjà  une heure moins 5 ! Photos PL)

 

On peut y lire, en latin, que le Soleil brille pour tout le monde — oui, sauf quand il y a des nuages !

 

Proust cite quatre fois ce cadran, d’abord solaire puis étendu aux horloges. C’est d’abord à la fin de la première partie d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs, à la toute dernière phrase d’Autour de Mme Swann.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*Et, comme la durée moyenne de la vie — la longévité relative — est beaucoup plus grande pour les souvenirs des sensations poétiques que pour ceux des souffrances du cœur, depuis si longtemps que se sont évanouis les chagrins que j’avais alors à cause de Gilberte, il leur a survécu le plaisir que j’éprouve, chaque fois que je veux lire, en une sorte de cadran solaire les minutes qu’il y a entre midi un quart et une heure, au mois de mai, à me revoir causant ainsi avec Mme Swann, sous son ombrelle, comme sous le reflet d’un berceau de glycines. II

 

*Hier soir, je n’étais plus qu’un être vidé, sans poids (et comme il faut avoir été couché pour être capable de s’asseoir et avoir dormi pour l’être de se taire), je ne pouvais cesser de remuer ni de parler, je n’avais plus de consistance, de centre de gravité, j’étais lancé, il me semblait que j’aurais pu continuer ma morne course jusque dans la lune. Or, si en dormant mes yeux n’avaient pas vu l’heure, mon corps avait su la calculer, il avait mesuré le temps non pas sur un cadran superficiellement figuré, mais par la pesée progressive de toutes mes forces refaites que comme une puissante horloge il avait cran par cran, laissé descendre de mon cerveau dans le reste de mon corps où elles entassaient maintenant jusqu’au-dessus de mes genoux l’abondance intacte de leurs provisions. II

 

*À peine sortis de leur couvert assombri, nous retrouvâmes, pour sortir du Bois, le plein jour, si clair encore que je croyais avoir le temps de faire tout ce que je voudrais avant le dîner, quand, quelques instants seulement après, au moment où notre voiture approchait de l’Arc de Triomphe, ce fut avec un brusque mouvement de surprise et d’effroi que j’aperçus au-dessus de Paris, la lune pleine et prématurée, comme le cadran d’une horloge arrêtée qui nous fait croire qu’on s’est mis en retard. Nous avions dit au cocher de rentrer. Pour Albertine, c’était aussi revenir chez moi. V

 

*Quand, à dix heures du matin, [à Venise] on venait ouvrir mes volets, je voyais flamboyer, au lieu du marbre noir que devenaient en resplendissant les ardoises de Saint-Hilaire, l’Ange d’Or du campanile de Saint-Marc. Rutilant d’un soleil qui le rendait presque impossible à fixer, il me faisait avec ses bras grands ouverts, pour quand je serais, une demi-heure plus tard, sur la piazzetta, une promesse de joie plus certaine que celle qu’il put être jadis chargé d’annoncer aux hommes de bonne volonté. Je ne pouvais apercevoir que lui tant que j’étais couché, mais comme le monde n’est qu’un vaste cadran solaire où un seul segment ensoleillé nous permet de voir l’heure qu’il est, dès le premier matin je pensai aux boutiques de Combray sur la place de l’Église, qui, le dimanche, étaient sur le point de fermer quand j’arrivais à la messe, tandis que la paille du marché sentait fort sous le soleil déjà chaud. VI

 

*comme je m’en étais déjà aperçu à Combray quand mes parents me faisaient des reproches au moment où je venais de prendre à leur insu les plus louables résolutions, les cadrans intérieurs qui sont départis aux hommes ne sont pas tous réglés à la même heure : l’un sonne celle du repos en même temps que l’autre celle du travail, l’un celle du châtiment par le juge quand chez le coupable celle du repentir et du perfectionnement intérieur est sonnée depuis longtemps. VII

 

*Si les jugements que la duchesse [de Guermantes] porta sur Rachel furent en eux-mêmes médiocres, ils m’intéressèrent en ce que, eux aussi, marquaient une heure nouvelle sur le cadran. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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