Anticiper au gui l’an neuf

Anticiper au gui l’an neuf

 

La nature est admirable et mes balades riches de surprises (bel enfilage de perles pour commencer cette chronique)…

Assumant mes émerveillements, j’aggrave mon cas en les partageant, avec d’abord cette photo prise cette semaine près du Loir d’un pommier logiquement sans feuilles mais bizarrement pas sans fruits…

 

… d’un nid dans un arbre…

 

… de deux vaches prenant un bain jusqu’aux cuisses…

 

… et les bovins ressortiront avec des semblants de hautes chaussettes noires…

 

… d’un arbre au pont Saint-Hilaire.

 

Et puis, Violette, ma chère et tendre, a remarqué sur des branches d’un aubépinier d’étranges feuilles et fruits ressemblant peu à ceux auxquels nous sommes habitués.

Vous avez reconnu le bernard-l’hermite végétal : viscum album, gui blanc ou gui des feuillus, sous-arbrisseau de la famille des Loranthacées. Ce parasite, dépourvu de racine se fixe à son hôte par un suçoir primaire de forme conique qui s’enfonce profondément jusqu’au bois, sans pouvoir pénétrer le tissu ligneux. Il fleurit au printemps et ce sont ses fruits d’un blanc vitreux que l’on voit.

Et ce sont eux que Marcel Proust évoque par deux fois dans la Recherche :

*Car les arbres continuaient à vivre de leur vie propre et quand ils n’avaient plus de feuilles, elle brillait mieux sur le fourreau de velours vert qui enveloppait leurs troncs ou dans l’émail blanc des sphères de gui qui étaient semées au faîte des peupliers, rondes comme le soleil et la lune dans la Création de Michel-Ange. I

*Dans les joues de la duchesse de Guermantes, restées si semblables pourtant et pourtant composites maintenant comme un nougat, je distinguais une trace de vert-de-gris, un petit morceau rose de coquillage concassé, une grosseur difficile à définir, plus petite qu’une boule de gui et moins transparente qu’une perle de verre. VII

 

Enrichis par ces informations, nous avons voulu illustrer une autre, l’expression « au gui l’an neuf ». Sous nos cieux, il est de tradition de s’embrasser sous une branche de gui pour célébrer la nouvelle année, de celui que les druides gaulois fauchaient au sixième jour de la lune qui succède au solstice d’hiver, soit vers la Saint-Sylvestre en s’exclamant : « O Ghel an Heu », « Que le blé germe ». Le Moyen-Âge modifie l’expression en « Au gui l’an neuf ».

Mais pourquoi donc attendre ?

Photos PL)

 

Allez, bonne année !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Anticiper au gui l’an neuf”

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  1. Merci pour ces belles photographies de notre village. MN

  2. Bon. Patrice, je vous crois absolument mûr pour une lecture qui devrait combler à la fois votre enthousiasme et répondre à vos questions, pour tout ce qui est de vos rencontres avec la nature qui vous entoure.

    Il s’agit d’ une revue certes un peu confidentielle, à laquelle on n’arrive que par cooptation, qui fut dans un premier temps destinée à un public enfantin mais qui a largement dépassé ce cadre.

    Elle vous permettra non seulement de comprendre et d’apprécier les moindres des manifestations de la vie des bêtes et des plantes, tout autour de vous, mais encore de vous régaler de dessins d’une précision et d’une beauté inégalées, et le tout serti dans une langue limpide et avec beaucoup d’humour. Il suffit de s’y plonger : on n’est jamais déçu !

    J’y pense parce qu’un de ses numéros, le n°48, est entièrement consacré au gui. Savez-vous que le gui voyage par les airs, et qu’il emprunte cette voie aérienne grâce aux oiseaux, dont surtout la grive draine et la fauvette à tête noire ? Que ce parasite vit une vie extrêmement dangereuse ? Que ce n’est peut-être pas un hasard si, des druides aux hommes contemporains, on lui a toujours attribué des pouvoirs magiques ?

    En fait, j’envierai presque votre méconnaissance des choses des prés, des jardins et des bois, puisqu’elle peut vous permettre de découvrir cette revue si aimable, qui traite aussi bien de la musaraigne que du goéland argenté, des arbres sylvestres que de la taupe, et à laquelle nous sommes abonnés depuis, voyons, trente-cinq ans, non, quarante ?

    J’espère bien avoir (au moins) éveillé votre curiosité : la revue en question s’appelle LA HULOTTE, sous-titrée « le journal le plus lu dans les terriers ». Nul doute que dans votre « tanière » à vous, combraysienne, vous puissiez en tirer un grand profit… Tenez, le numéro du moment traite du lierre, oui, oui, je suis sûre que vous en avez quelque part autour de vous…

    voici le lien : https://www.lahulotte.fr/abonnement.php

  3. Vous m’avez convaincu. Je vais m’abonner (je connaissais « La Hulotte »).

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