Luc Fraisse livre La Fugitive

Luc Fraisse livre La Fugitive

 

Avant tout, un conseil de lecteur : ne cherchez pas à goûter à cet ouvrage en le tenant dans vos mains. Son poids (1,814 k) et son épaisseur (5,5 cm) risquent de mettre à mal les jointures de vos mains et d’épuiser le rond pronateur et le long supinateur de votre bras porteur.

Mieux vaut le poser sur une surface plane — et solide.

 

Un avertissement maintenant : ce nouveau tome que l’as des as Luc Fraisse nous propose n’est pas destiné aux novices en prousterie. Ceux-là seront bien inspirés de choisir une édition de poche de ce tome VI d’À la recherche du temps perdu — à moins de 10 €, en évitant soigneusement les éclairages : pour commencer, mieux vaut le texte nu.

Ici, nous sommes entre compagnons ou maîtres es-proustisme. L’art y est gothique et la dimension himalayenne. À nous le monumental, le démesuré, le déraisonnable. Pour reprendre une réplique de la scène de la cuisine dans Les Tontons flingueurs : « Faut reconnaître… C’est du brutal » ! Oui, à couper le souffle.

 

L’auteur poursuit l’œuvre d’une vie. Après avoir soigné La Prisonnière en 2013 en 986 pages (édition Classiques Jaunes, voir la chronique La cathédrale de Luc Fraisse), il publie le tome suivant, proposé à 46 € broché — moi, j’ai eu droit à mon envoi gracieux — ou à 79 € relié.

Accrochez-vous : 1 159 pages mais seulement 381 pour le texte de Marcel Proust. L’introduction ? 287 pages. Les notes ? 422 pages. Combien de notes au fait ? 1 547. Ajoutez l’analyse, la bibliographie et l’index.

J’allais oublier les notes de bas de pages sur les divers états du texte de ce volume « établi à partir des cahiers de « mise au net », numérotées de I à XX et rédigés par Proust à partir de novembre 1915 […]. La section de La Fugitive occupe les cahiers XII (à partir du f. 13r) à XV (jusqu’au f. 75) répertoriés à la Bibliothèque nationale de France sous les cotes N.A.fr 16719 à 16723 »…

Enfin, quand je dis « de bas de page », c’est un minimum :

(Photos PL)

 

Face à un tel pavé savant, le proustiste avisé pourra se passer de lire La Fugitive pour se plonger dans le touffu paratexte. Je l’ai testé. C’est vertigineux. On en apprend à chaque ligne, on s’enivre des précisions, on se régale de descriptions et de récits, on s’indigestionne des références — le pro de Proust a tout lu —, mais jamais on ne crie « Pouce ».

 

Deux exemples.

Page 374 (le roman) sur la chute mortelle d’Albertine, jetée « par son cheval », un nombre apparaît en exposant : 289.

Allons-y voir, c’est page 755. Fraisse : « Ce choix pour la mort d’Albertine pourrait être conditionné par un traumatisme personnel et ancien chez Proust, dont il rend compte dans une lettre d’octobre 1918 à Mme Stouzo, par analogie avec sa phobie des ascenseurs : « C’est ainsi qu’autrefois après un accident de cheval, je me forçais à remonter. Mais quelque temps se passa et je ne pus plus au bout d’un mois, ce qui ne m’avait pas été trop pénible le lendemain (Correspondance, t. XVV, p. 415). Philip Kolb (note 4) situe cet incident vers le moi d’avril 1890, à l’époque où Proust faisait son service militaire à Orléans. Le motif du cheval aura ainsi parcouru toute la surface de la Recherche, depuis la chevauchée saccadée de Golo grâce aux plaques de la lanterne magique projetée à Combray (voir t. I de la présente édition) ; Albertine suggère, dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs, que le héros ne monte pas à cheval (voir t. II), mais il se rend à cheval chez les Verdurin dans Sodome et Gomorrhe, quand sa monture se cabre en entendant le bruit d’un aéroplane (voir t. IV). Philip Kolb remarque que la nouvelle recueillie dans Les Plaisirs et les jours (p. 146-165), intitulée « La fin de la jalousie », met en scène un personnage qui, mourant des suites d’un accident de cheval, accède dans ses derniers instants à une sérénité supérieure : dès lors, le cycle romanesque de la Recherche développera cette situation sur l’étendue de ses deux derniers volumes, en dédoublant stance de l’expérience entre Albertine et le héros, depuis l’accident de cheval fatal à Albertine jusqu’à la vision panoramique de sa vocation qu’acquiert le héros dans l’ultime section du Temps retrouvé, « L’Adoration perpétuelle » (« Les “phares“ de Proust », dans Entretiens sur Marcel Proust, sous la direction de Georges Cattaui et Philip Kolb, Paris-La Haye, Mouton, 1966, rééd. Paris, Hermann, « Cerisy archives », p. 105-128, ici p. 113-114). Dans Pelléas et Mélisande, opéra de Claude Debussy sur un livret de Maurice Maeterlinck créé le 30 avril 1902, survient l’accident de cheval d’Arkel, qui a couru comme un aveugle contre un arbre. Au plan général, Yves-Michel Ergal interprète la mort d’Albertine comme un deus ex machina (« Je » devient écrivain. Essai sur Proust et Joyce, Mont-de-Marsan, Éditions interuniversitaires, « Fictives », 1996, p. 367). Harold Pinter représente ainsi, dans son scénario, cette mort : « Extérieur. Campagne. Jour. Un cheval sans cavalier s’éloigne au galop. La caméra recule légèrement pour révéler la forme du corps brisé de la jeune fille » (Le Scénario Proust [1978], avec la collaboration de Joseph Losey et Barbara Bray, traduit de l’anglais par Jean Pavans, Paris, Gallimard, « Du monde entier », 2003, p. 181, plan 353). Jean-Yves Tadié observe que chez Proust, le romanesque est provoqué par des forces extérieures : le cheval qui tue Albertine, et plus tard la guerre qui tuera Saint-Loup (Proust, Paris, Les Dossiers Belfond, 1983, p. 85). »

 

[Dans Le Côté de Guermantes, Proust laisse entendre que Saint-Loup appartient d’ailleurs à un régiment de cavalerie : dernière ligne de la page 70 du tome II de la Recherche dans l’édition de la Pléiade de 1954 (Gallimard), établie et présentée par Pierre Clarac et André Ferré, achevé d’imprimer sur bible des Papèteries Jeand’heurs le 18 novembre 1983 sur les presses de l’Imprimerie Mame à Tours. La reliure a été exécutée par Babouot à Lagny. (Note du blogueur)]

 

Deuxième exemple : Page 653 (le roman) sur la parenté de Jupien et d’Odette dont elle « était la cousine germaine », un nombre apparaît en exposant : 1439.

Retournons-y voir, c’est page 1 072. Fraisse : « Ce cousinage n’a pas été signalé dans le roman. Proust romancier recherche entre ses personnages les liens insolites : Odette est la cousine de Jupien, comme la femme de chambre de la baronne Putbus se révélera la sœur de Théodore à Combray (voir La Prisonnière, p. 546). « Ces mises en rapport artificielles, note Jean-Yves Tadié, augmentent au fur et à mesure que l’œuvre et la rédaction tirent à leur fin, comme si l’auteur voulait souder sans cesse davantage une humanité proliférante » (Proust et le Roman. Essai sur les formes et techniques du roman dans « À la recherche du temps perdu », Paris, Gallimard, 1971, p.289). Jean Milly remarque parallèlement que plus on avance vers la fin du livre, et plus on voit les rapports se multiplier entre les éléments de celui-ci » (« Proust et l’image », Bulletin Marcel Proust, n° 20, 1970, p. 1031-1043, ici p. 1034).

 

Oserai-je signaler un doublon à l’ami admiré Luc ? Page 336 du texte de Proust, les mots « tout d’un coup » sont suivis d’un renvoi à la note 168. À la tourne des pages 613 et 614, les mêmes mots, « tout d’un coup » sont suivis d’un renvoi à la note 1 266. Elles sont sœurs jumelles monozygotes : « Proust craint que cette locution ne devienne un tic sous sa plume ; il se recommande dans une parenthèse : « ne pas abuser de ces expressions tout d’un coup » (cahier 54, f. 7v) » ! La seconde aurait pu sobrement renvoyer à la première (« cf. note 168 », par exemple), ce qui aurait allégé le volume.

 

Enfin, régulièrement, notre savant renvoie à d’autres tomes. Ainsi, la note 979 : « « Voir Sodome et Gomorrhe II (t. IV de la présente édition) » et la 788 : « Voir Le Côté de Guermantes, (t. III de la présente édition). » Seulement, les tomes I, II, III, IV et VII ne sont pas disponibles et je doute qu’ils soient publiées à la queue leu leu dans les jours suivants — ce qui remplirait d’aise au demeurant. Que faisons–nous en les attendant ?

 

Histoire de patienter, moi, je repars visiter la cathédrale fraissienne déjà bien élancée vers le ciel.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

15 comments to “Luc Fraisse livre La Fugitive”

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  1. Bien entendu, le respect vous saisit devant un tel travail… Mais pourtant, je ne peux m’empêcher d’éprouver une (légère) frustration, un peu difficile à expliquer, et qui me nargue jusqu’ici, sur cet aimable blog…

    Je crois sincèrement que cela tient à l’oeuvre même de Proust, et à son côté « vampirisant ».

    Bon allez, je vais tenter de m’expliquer. Accrochons notre ceinture !

    Ce que j’aimerais avant tout, ce serait de discuter, de « disputer » (au sens de la « disputatio » médiévale, pourquoi pas ?) sur les significations que chaque lecteur attribue à la Recherche, et sur les résonances personnelles que l’oeuvre provoque en lui. Souvent, ici, je m’avance ainsi, donnant telle ou telle interprétation, en tentant d’expliquer ce qui personnellement me touche. Par exemple, vivant aux champs et absolument éloignée, dans mon très modeste milieu, de tout ce qui, de près ou de loin, pourrait évoquer la bourgeoisie richissime et avide d’aristocratie qui est le terreau de Proust, je ne peux m’intéresser beaucoup aux recherches biographiques autour des modèles d’Oriane ou de Charlus. Par contre, mes lectures (je suis vraiment passionnée de littérature…) me font établir des passerelles entre telle ou telle écriture, Balzac par exemple où je vois, derrière la Duchesse de Langeais, bien plus que le modèle cité partout, à savoir la comtesse Greffulhe, se profiler la duchesse de Guermantes.

    Mais n’étant ni savante, ni universitaire, j’espère toujours, en avançant ici mes petites élucubrations, amorcer un échange de points de vue, que quelqu’un de bien plus « autorisé » que moi me réponde et qu’une discussion s’amorce.

    Je suis toujours déçue. Il semble que personne ne veuille parler ainsi de sa lecture de Proust. Ne veuille même simplement se remettre -et me remettre ! – en question sur telle ou telle interprétation, par exemple.

    Mais cette apparente indifférence à l’échange, que je constate ici, se double du phénomène bien connu : à savoir que chaque lecteur de Proust veut absolument témoigner de cette lecture (en même temps que les non-lecteurs de Proust veulent absolument s’en justifier pour s’en absoudre), et veut présenter, chacun à sa manière, son rapport à l’oeuvre.

    L’un ira chercher, comme François Bon, tout ce qui se rapporte aux « progrès technique » dans l’oeuvre. L’autre donnera une approche psychanalytique des thèmes présentés par Marcel, le troisième se plongera dans le gotha mondain de ce temps-là, le quatrième actionnera compulsivement son moteur de recherche afin de juxtaposer des extraits de l’oeuvre via tel mot ou tel autre (pour notre plus grand plaisir, cher Fou de Proust !), ou encore celle-ci organisera des « dîners proustiens » avec citations et attributions de personnages-clés parmi les convives, que sais-je encore ?

    Chacun s’approprie donc l’oeuvre en y cherchant son propre reflet, ce qui est bien évidemment la conséquence du phénomène bien connu d’identification, mais « en reste là », ce qui est beaucoup plus étonnant. On s’avance, mais on ne tend pas la main, en quelque sorte. On reste dans son « quant à soi », on ne part pas dans une discussion.

    Oh, certes, vous, Patrice, (et donc moi aussi…) essayons bien de tendre quelques perches, mais… Aucun poisson ne semble mordre les petits appâts lancés ça et là.

    Parfois, je me dis que c’est à cause de mon absence de légitimité.

    Qu’il doit y avoir, quelque part, dans quel olympe dont l’entrée m’est refusée ?, des lieux d’échange où les passionnés commentent et décortiquent leurs différentes hypothèses, se confrontent les uns aux autres – mais que je suis exclue de ces échanges qui se tiennent peut-être dans des locaux universitaires, ou bien dans des cafés, ou encore par mails ou courriers : c’est ma solitude disons rurale, mon absence de relations, la modestie de mon savoir, qui m’empêchent de participer à ces passionnantes conversations qui doivent se tenir quelque part (mais où ?)

    Et puis je crois que non. Je crois que chacun est fondamentalement seul devant l’oeuvre proustienne, et ne veut pas être autrement. Les passionnés comme Luc Fraisse ou Tadié peuvent y consacrer leur vie, mais restent passionnément dans leur propre grille interprétative – et n’ont donc nullement besoin, ou envie, d’échanger comme moi je le voudrais tant…

    Soupir et excuses pour ce bien trop long commentaire. Mais cela faisait quelques jours que cette (légère) frustration m’agaçait, comme parfois un mal de dents vous agace. L’exprimer me fait du bien… Pardon et merci, donc !

    • Nous savons bien, et vous aussi, que vous êtes totalement légitime.
      Internet et ses blogues sont un univers cruel, à commencer par l’apparente indifférence de celles et ceux qui entrent, se servent et s’en vont sans dire ni bonjour, ni au revoir ni merci. C’est ainsi.
      Je veux croire que nous sommes lus et que nos hôtes peuvent même y trouver quelque intérêt.
      Mes 3 700 commentaires reçus en 4 ans font bien pâle figure en nombre mais que de richesses !
      Je ne doute pas que vos commentaires ont touché (intransitif) et atteint (leur but).
      Votre présence est belle comme l’oxygène naissant (formule de Breton sur Césaire)…

  2. Alors, puisqu’il manque apparemment de la communication, introduisons-en. Tout d’abord, je vois revenir souvent cette distinction entre lecture universitaire et non universitaire, qui n’est pas essentielle: une oeuvre riche peut être lue simultanément de façon disons savante et simplement comme un plaisir de vivre. Ces deux types de lecteurs sont parfois les mêmes. Voyez l’Evangile: il donne lieu depuis longtemps à une exégèse très savante, et pour le chrétien, c’est tout simplement une règle de vie.
    Rien n’est incompatible ici. La duchesse de Guermantes doit à la comtesse Greffulhe (et la comparaison à faire n’est pas qu’anecdotique), mais aussi à Balzac. Pourquoi les deux démarches n’auraient-elles pas raison en même temps? Si mon édition contient tant de notes, c’est justement parce que je rappelle la variété des interprétations, données parfois d’une seule phrase de Proust. Pour moi, c’est un festival de bonnes idées. Mais comme il faut des décennies hélas pour aller les chercher en des endroits si nombreux et divers, j’ai eu le souhait de les apporter ensemble au lecteur.
    On n’est jamais trop savant, ni à l’inverse trop simple, pour lire Proust. Il faut le lire sans complexes.
    C’est vrai que, dans les cours universitaires, il y a rencontre entre un professeur plus ou moins spécialiste et des lecteurs novices (j’enseigne, en ce moment même, à deux niveaux sur Du côté de Chez Swann et A l’ombre des jeunes filles en fleurs): bien que cela fasse très longtemps que ce genre de dialogue a lieu dans mes cours, je ne m’en lasse pas. C’est un vrai dialogue, les étudiants parlent (plus que moi).
    Il existe d’autres lieux de discussion sur Proust – à commencer en effet par le présent site, où nous sommes en train précisément de discuter.
    Si Proust est un auteur très largement lu, c’est parce qu’on peut le lire (j’ai moi-même commencé par là) dans des éditions ne comprenant que le texte, rien d’autre (c’est plus difficile à trouver aujourd’hui qu’autrefois, il est vrai), et d’autres où est poussée le plus loin possible la connaissance de l’oeuvre. Il n’y a aucune raison que l’une ou l’autre catégorie de lecteurs se sente mal à l’aise. Il arrive que le lecteur spontané éclaire une nouveauté au lecteur savant; il arrive qu’une explication donnée par le lecteur savant illumine le lecteur spontané. J’ai vu les deux cas, et pas trop rarement.
    Soyons proustien et décomplexé.

  3. Merci pour vos bonnes paroles, Patrice, et pour votre précieux commentaire, Luc Fraisse. Me voici toute réconfortée !!! J’aimerais tant pouvoir assister au cours de Luc, et trouve de toute façon que les billets de Patrice méritent bien plus de commentaires qu’ils n’en n’ont déjà.

  4. Merci à Clopine, Patrice et Luc Fraisse pour ce débat très intéressant que je viens de relire et qui suscite en moi respect et admiration. Comme dit Patrice, Vive le débat !

  5. Et vous, Gisèle, où vous situez-vous en votre qualité de lectrice proustienne ? De celles et ceux qui, reconnaissant le milieu décrit comme semblable au leur, ont la nostalgie du début du siècle dernier ? Des historiens ou historiennes qui, traquant l’infime détail biographique, juxtaposent à l’infini la réalité vécue -ou connue- et le texte littéraire, pour en extraire le jus, comme on presse un citron ? Ou des universitaires qui appliquent tout leur savoir à la prose proustienne, en l’auscultant pire qu’un chirurgien explorant des artères ? Des rêveurs et rêveuses qui se laissent emporter par le flot métaphorique et qui, tels de petits bouchons flottants sur la mer, s’enfoncent dans la prose proustienne pour en ressortir vivifiés ? Des « émerveillés » ou des « positifs » ? De ceux qui, éprouvant la satisfaction d’avoir domestiqué cette écriture parfois aussi difficile qu’un mustang cherchant à désarçonner son cavalier, cherchent à en déguster seuls les délices cachés ?

  6. J’ai,à plusieurs reprises, lors de séminaires, eu le loisir de questionner le professeur Fraisse qui a répondu à mes questions avec patience et compétence. Il est certaînement possible de l’interroger par écrit si on le souhaite.

  7. Chère Clopine, j’ai lu avec beaucoup d’attention tous les détails de vos interrogations sur mon état de lectrice proustienne. La deuxième me correspond assez bien mais faisant partie des « émerveillés », « positifs », je suis également « appassionata » comme on dit en italien. Admirative de l’élégance alliée à la précision du style et de l’atmosphère vivifiante qui l’entoure, Proust est pour moi comme une nourriture. Merci Clopine de vos très fines remarques et de vos idées si pertinentes, merci à Patrice et à tous les contributeurs qui alimentent ce blogue et qui me permettent toujours de chercher, de relire et d’aller plus loin pour le transmettre aux visiteurs de Combray.

  8. Ah, Gisèle, que voilà une piste intéressante, et à laquelle je n’avais pas pensé ! Proust, une « nourriture »… Il est certain qu’il y a quelque chose de comestible dans cette écriture-là, qui manipule sans arrêt, et en les bousculant, tous les registres des sens… Mais si je vous suis, une des caractéristiques des lecteurs de Proust serait donc… l’appétit. Ou la faim. Et ça, ça correspond bien à ce que je ressens aussi : c’est bien par « faim », pour combler un certain vide de ma vie (fort riche par ailleurs, ouf !), que je me tourne souvent vers les ouvrages réputés « difficiles », ou que je reprends régulièrement les tomes fatigués de ma Recherche.

    Quant à notre hôte, mon dieu ! Ce n’est plus de l’appétit, à ce stade-là. C’est de la boulimie ! (mais pour notre plus grand plaisir !)

  9. Ainsi chère Clopine comme je vous ressemble vous avez trouvé le mot exact! c’est bien la faim qui me pousse à reprendre certains passages de la Recherche… des passages dont le sens m’avait échappé, parce
    que j’avais négligé son importance, ou bien angoissée par un détail que j’aurais pu retrouver ailleurs. Et je relis sans cesse. Le matin dès que je me lève je vais lire ce blogue que j’aime tant.Il est vrai que son auteur est plus boulimique que nous et nous en sommes tous heureux, n’est-ce pas?

  10. Comment ai-je trouvé votre site? Je crois bien que c’est en cherchant des infos sur ce personnage nommé Swann. En fait, je viens de finir le premier tomme de la Recherche… et je vous ne cache pas que je ne savais plus ce qu’était fiction et réalité. Pour moi monsieur Swann était bien réel mais j’ai trouvé sur votre site l’infos du contraire. Très intéressant un personnage fictionnel fréquentant la famille du narrateur (auteur?). J’ai trouvé cela assez frappant surtout lorsque cette fréquentation donna lieu à des souvenirs d’enfance. Ce moment tant attendu par cet enfant du baiser de bonne nuit de sa maman dont la présence de cet invité régulier compromettait. A cause de lui la maman montait trop tard ou pas de tout dans sa chambre. Qui enfant n’a pas eu un souvenir de cet ordre. Et le souvenir de la madeleine… Exquis!
    Je ne suis pas de tout universitaire (brésilienne de surcroît, le français est ma langue préférée) mais juste curieuse de connaître des auteurs qui font tant de gens écarquiller les yeux à l’évocation de leur noms. Je lis sans complexe et ne me laisse pas impressionner par tant de références culturelles, historique, artistiques. Bien que cela fait plaisir quand on évoque un nom que l’on connaît, par exemple Chopin. On se dit: « Bon on est pas si nul que ça ». Ce fut le moment d’apprendre dans les fréquentations des Verdurin que par exemple Chopin était démodé… mais Swann était là pour corriger les médiocrités.
    C’est tout simplement le tableau à travers leurs salon de la concurrence entre bourgeois et aristocrates avec les demi-mondaines, ou plus précisément Odette de Crécy, au milieu. Aujourd’hui dans un petit village le mariage d’un fortuné avec une fille facile aurait fait presque le même effet, comme par exemple la rupture entre les parents du narrateur (auteur?) et monsieur Swann. Cela aussi est révélateur de la simplicité du récit qui est tout de même complexe en raison du style de l’auteur dont les longueurs mais aussi la finesse ont fait mon coeur balancé entre supplices et délices. Allez je continue avec DU COTE DE CHEZ GUERMANTES.

  11. Bravo Maria José et bonne lecture

  12. « Un coeur balancé entre supplices et délices »… Voilà un bout de phrase qui enchante un dimanche d’automne !

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