Le twitt de Thierry Bellefroid

Le twitt de Thierry Bellefroid

 

Autre chronique, autre média… Mercredi, le magazine belge Le Vif a publié un texte de 3 169 caractères du journaliste et écrivain Thierry Bellefroid.

 

*Twitter passe à 280 caractères : « Cher Marcel Proust,… »

Ne tournons pas autour du pot : vous pouvez revenir. A quelques mois de l’année du centenaire de votre prix Goncourt, la voie est libre. Bon, le monde que vous avez quitté en 1922 a un peu changé.

 

D’ailleurs, l’année même de votre mort naissaient deux des auteurs qui allaient révolutionner votre manière de concevoir le roman : Jack Kerouac aux Etats-Unis et Alain Robbe-Grillet en France. L’un serait le chantre de la beat generation. L’autre, celui du nouveau roman. Comme s’ils avaient attendu poliment votre départ pour venir au monde. Mais revenons à vous. L’un dans l’autre, vos éditeurs sont toujours là, même s’ils ont pour la plupart changé de mains. Calmann-Lévy, Grasset, Mercure de France et la NRF-Gallimard pour citer les plus célèbres, tentent, cette année encore, de décrocher le Goncourt ou à défaut, le Renaudot – les autres prix, c’est juste pour consoler les auteurs et les empêcher d’aller voir ailleurs : chacun sait qu’en matière de ventes, le Femina ou le Décembre, c’est l’équivalent d’une puce lancée à cent à l’heure contre un rail de chemin de fer.

Mais ce n’est pas pour vous parler du petit monde de la littérature de la Rive Gauche que je vous envoie cette missive du côté de chez Swann où vous avez élu domicile principal depuis novembre 1922 (bonne chance, ami facteur, surtout avec Géoroute). Cher Marcel, si je vous écris, c’est pour vous annoncer une grande nouvelle, une nouvelle qui vous concerne au premier chef, vous qui, à travers une langue ourlée et un phrasé des plus travaillés, sans jamais perdre votre lecteur ni le fil de votre pensée, plus que tout autre et moins que vous ne l’auriez souhaité, certes, car sans doute en votre for intérieur désiriez-vous aller encore plus loin dans l’explication et la description de toutes les dimensions agitant de conserve les personnages de vos romans – sensations, pensées, réminiscences et j’en passe, mais la place me manque – vous, donc, cher Marcel, qui avez su faire de chaque phrase littéraire un véritable roman, tant par la longueur que vous avez su leur conférer, usant de tout le génie syntaxique de la langue française et de la furieuse diversité de son vocabulaire, que par l’utilisation idoine de la stupéfiante intelligence de l’esprit humain, capable d’expliquer le monde par les mots, d’entrer dans le cerveau de l’homme, d’en disséquer les équations et les sinuosités pour en dresser l’universelle cartographie. Une phrase de vous, Marcellitou, c’est un peu comme lorsque j’étais enfant et que nous allions chez les lointains cousins de mon père : un monde sans fin.

Mais venons-en au fait, assez de temps perdu. Vous vous demandez quelle est cette nouvelle que je veux vous partager et en quoi elle pourrait bien vous pousser à remettre de la madeleine dans votre moteur. J’y viens, mon cher Marcel, j’y viens. Je vous le disais, vous pouvez revenir. Twitter l’a annoncé : il va doubler le nombre de caractères de ses messages. Vous allez enfin avoir de la place pour développer vos idées. N’est-ce pas tout simplement merveilleux ? Allez, au plaisir de vous lire en 280 caractères sur #Proustenvahittwitter.

 

Sympa !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : La veille, j’avais publié Proust, en combien de twitts ? — les grands esprits…

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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