L’atroce pédophilie

L’atroce pédophilie

 

La Belle Époque était-elle moins regardante que la nôtre sur cette coupable attirance sexuelle pour des mineurs, des enfants même ? Était-elle même complaisante ?

 

Certes, le Héros n’a pas de mots assez durs pour les pratiques de Charlus. Le baron ne recule en effet devant rien : draguant un enfant de chœur à l’enterrement de sa femme, se plaisant au sexe non encore formé, ayant le goût des petits garçons, y compris de moins de dix ans. Du coup, ses manières avec Victurnien et Arnulphe, fils de la marquise de Surgis-le-Duc passent pour des enfantillages.

 

En revanche, le Héros est exempt de toute autocritique alors qu’il est poursuivi par les parents d’une fillette qu’il paie pour pouvoir la bercer sur ses genoux, et qu’il revendique, âgé, son envie de rencontrer des jeunes filles à embrasser, ce qui provoque l’étrange comportement de Gilberte qui s’empresse de vouloir lui présenter sa fille.

 

O tempora, O mores !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

Charlus

*La tristesse qui suivit la mort de sa femme, grâce à l’habitude de mentir, n’excluait pas chez M. de Charlus une vie qui n’y était pas conforme. Plus tard même, il eut l’ignominie de laisser entendre que, pendant la cérémonie funèbre, il avait trouvé le moyen de demander son nom et son adresse à l’enfant de chœur. Et c’était peut-être vrai. IV

*Plaît-il ? » demanda le valet de pied, peu au courant des classiques. M. de Charlus ne lui répondit pas, car il mettait un certain orgueil à ne pas tenir compte des questions et à marcher droit devant lui comme s’il n’y avait pas eu d’autres clients de l’hôtel et s’il n’existait au monde que lui, baron de Charlus. Mais ayant continué les vers de Josabeth : « Venez, venez, mes filles », il se sentit dégoûté et n’ajouta pas, comme elle : « il faut les appeler », car ces jeunes enfants n’avaient pas encore atteint l’âge où le sexe est entièrement formé et qui plaisait à M. de Charlus. IV

*Mme de Surgis n’avait pas un sentiment moral le moins du monde développé, et elle eût admis de ses fils n’importe quoi qu’eût avili et expliqué l’intérêt, qui est compréhensible à tous les hommes. Mais elle leur défendit de continuer à fréquenter M. de Charlus quand elle apprit que, par une sorte d’horlogerie à répétition, il était comme fatalement amené, à chaque visite, à leur pincer le menton et à le leur faire pincer l’un l’autre. V

*quant à M. de Charlus, se trouvant dans une ville d’où les hommes déjà faits qui avaient été jusqu’ici son goût, avaient disparu, il faisait comme certains Français, amateurs de femmes en France et vivant aux colonies : il avait, par nécessité d’abord, pris l’habitude, et ensuite le goût des petits garçons. VII

*au moment où j’approchais de la chambre du baron, j’entendis une voix qui disait : « Quoi ? – Comment, répondit le baron, c’était donc la première fois ». J’entrai sans frapper, et quelle ne fut pas ma frayeur. Le baron, trompé par la voix qui était en effet plus forte qu’elle n’est d’habitude à cet âge-là (et à cette époque-là le baron était complètement aveugle) était, lui qui aimait plutôt autrefois les personnes mûres, avec un enfant qui n’avait pas dix ans ». VII

 

Le Héros

*Devant la porte d’Albertine, je trouvai une petite fille pauvre qui me regardait avec de grands yeux et qui avait l’air si bon que je lui demandai si elle ne voulait pas venir chez moi, comme j’eusse fait d’un chien au regard fidèle. Elle en eut l’air content. À la maison, je la berçai quelque temps sur mes genoux, mais bientôt sa présence, en me faisant trop sentir l’absence d’Albertine, me fut insupportable. Et je la priai de s’en aller, après lui avoir remis un billet de cinq cents francs. […]

Je trouvai à la Sûreté les parents qui m’insultèrent en me disant : « Nous ne mangeons pas de ce pain-là », me rendirent les cinq cents francs que je ne voulais pas reprendre, et le chef de la Sûreté qui, se proposant comme inimitable exemple la facilité des présidents d’assises à « reparties », prélevait un mot de chaque phrase que je disais, mot qui lui servait à en faire une spirituelle et accablante réponse. De mon innocence dans le fait il ne fut même pas question, car c’est la seule hypothèse que personne ne voulut admettre un instant. Néanmoins les difficultés de l’inculpation firent que je m’en tirai avec un savon extrêmement violent, tant que les parents furent là. Mais dès qu’ils furent partis, le chef de la Sûreté, qui aimait les petites filles, changea de ton et me réprimanda comme un compère : « Une autre fois, il faut être plus adroit. Dame, on ne fait pas des levages aussi brusquement que ça, ou ça rate. D’ailleurs, vous trouverez partout des petites filles mieux que celle-là et pour bien moins cher. La somme était follement exagérée. » VI

*Je dis [à Gilberte] qu’elle me ferait toujours plaisir en m’invitant avec des jeunes filles, sans que j’eusse d’ailleurs à leur rien demander que de faire renaître en moi les rêveries, les tristesses d’autrefois, peut-être un jour improbable, un chaste baiser. […] Gilberte, qui tenait sans doute un peu de l’ascendance de sa mère (et c’est bien cette facilité que j’avais sans m’en rendre compte escomptée, en lui demandant de me faire connaître de très jeunes filles), tira après réflexion de la demande que j’avais faite, et sans doute pour que le profit ne sortît pas de la famille, une conclusion plus hardie que toutes celles que j’avais pu supposer, et revenant vers moi me dit : « Si vous le permettez, je vais aller chercher ma fille pour vous la présenter. Elle est là-bas qui cause avec le petit Mortemart et d’autres bambins sans intérêt. Je suis sûre qu’elle sera une gentille amie pour vous ». VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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