Combray ou Le Combray ?

Combray ou Le Combray ?

 

Aucun Proustien n’a le moindre doute : il n’y a évidemment pas d’article… mais au pays de Léonie, le cœur balance entre les deux !

 

Marcel Proust a pourtant tranché : il y a 201 occurrences de « de Combray » et 0 de « du Combray ».

Le village imaginaire n’a pas d’article et quand l’on en met un, c’est pour préciser, pour spécifier le lieu. On évoque alors « le » Combray de Marcel Proust, comme on dit « le » Paris d’Eugène Sue ou « le » Versailles de Louis XIV ?

Cela arrive trois fois dans la Recherche :

 

*On partait tout de suite après déjeuner par la petite porte du jardin et on tombait dans la rue des Perchamps, étroite et formant un angle aigu, remplie de graminées au milieu desquelles deux ou trois guêpes passaient la journée à herboriser, aussi bizarre que son nom d’où me semblaient dériver ses particularités curieuses et sa personnalité revêche, et qu’on chercherait en vain dans le Combray d’aujourd’hui où sur son tracé ancien s’élève l’école. Mais ma rêverie (semblable à ces architectes élèves de Viollet-le-Duc, qui, croyant retrouver sous un jubé Renaissance et un autel du XVIIe siècle les traces d’un chœur roman, remettent tout l’édifice dans l’état où il devait être au XIIe siècle) ne laisse pas une pierre du bâtiment nouveau, reperce et «restitue» la rue des Perchamps. Elle a d’ailleurs pour ces reconstitutions, des données plus précises que n’en ont généralement les restaurateurs : quelques images conservées par ma mémoire, les dernières peut-être qui existent encore actuellement, et destinées à être bientôt anéanties, de ce qu’était le Combray du temps de mon enfance ; I

*Mais après cette heure-là, pour ceux qui, comme moi, le soir dont je parle, étaient restés à dîner chez eux, et sortaient pour aller voir des amis, Paris était au moins, dans certains quartiers, encore plus noir que n’était le Combray de mon enfance ; VII

 

Autre illustration de la règle : l’expression « Du bruit dans Landerneau » devient « Du bruit dans le landerneau de la politique, de l’automobile, du football — là sans majuscule car le lieu est substantivé.

 

Reste qu’à Illiers-Combray, règne une fichue pagaille dans le traitement de Combray.

 

Ceux qui ont faux : Les Archers, les Cars du Combray, Développement des Echanges et des Connaissances en Loisirs Informatiques, Moto Sécurité du Combray, les Pongistes optent tous pour se nommer « du Combray » — jusques et y compris la paroisse, Notre-Dame du Combray.

 

Ceux qui ont bon : Le Cercle littéraire, le Chœur, l’Épicerie de Combray et la Médiathèque qui s’appellent tous « de Combray ».

 

On peut leur adjoindre le Combray Country Club et le Combray Rugby Club et, dernier en date, la pharmacie du haut de la place qui s’est adjoint un nom.

(Photos PL)

 

L’Académie Billard Club, le Baby-foot Club, le Comité des Fêtes, l’Harmonie municipale et le Judo-Club choisissent de s’appeler « d’Illiers-Combray ».

 

Les Rendez-vous, Les Sirènes (majorettes) et l’Université populaire (pour elle, c’est logique, elle a été créée en 1912) se vieillissent en choisissant « d’Illiers ».

 

Un peu de ménage ne ferait pas de mal !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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