Appétissante impératrice

Appétissante impératrice

 

María Eugenia Palafox Portocarrero y Kirkpatrick de Closbourn, marquise d’Ardales, marquise de Moya, comtesse de Teba, comtesse de Montijo, dite Eugénie de Montijo, est présente quatre fois dans A la recherche du temps perdu mais n’est citée que pour une seul occurrence dans l’Index des noms de personnes dans l’édition 1954 de la Pléiade.

 

Cette dame (1826-1920) est l’épouse de Napoléon III, empereur des Français.

 

L’Impératrice Eugénie, par Winterhalter

 

Elle doit sa présence à la soirée chez la princesse de Guermantes. Swann y rapporte au Héros des confidences du prince sur l’affaire Dreyfus. Ainsi, deux ans auparavant, le prince royal de Suède l’a rencontrée et prise pour la princesse de Guermantes. Ayant entendu dire qu’elle était dreyfusiste, il lui dit sa satisfaction de savoir qu’elle a les mêmes idées que lui, ce qui ne l’étonne pas puisqu’elle est bavaroise. L’impératrice répond, cinglante, qu’elle n’est plus qu’une princesse française et qu’elle pense comme les Français. Au passage, le prince de Guermantes souligne la moins bonne naissance d’Eugénie que celle de son épouse.

 

Certes, les trois autres occurrences privent la souveraine de son nom, mais c’est bien d’elle qu’il s’agit lorsque, dans Du côté de chez Swann, le Héros évoque le riz à l’Impératrice comme un dessert de choix, lorsque Odette cite l’avenue de l’Impératrice parmi les endroits chics de Paris, et lorsque, à nouveau dans Sodome et Gomorrhe, l’idée qu’Eugénie de Montijo parle de son règne passe pour guère envisageable.

Arrêtons-nous au plaisir du goût. Le riz à l’Impératrice est un dessert créé en son honneur par le cuisinier de la cour. La recette est celle du riz au lait additionné de fruits confits et enrichi d’une crème bavaroise légère et d’une chantilly.

 

Cela me fait penser que deux autres personnages de la Recherche sont liés à un plat. Les concernant, je passe à table demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*rien ne me paraissait plus différent de l’aigrette étincelante et blanche des Diamants de la Couronne que le satin lisse et mystérieux du Domino Noir, et, mes parents m’ayant dit que quand j’irais pour la première fois au théâtre j’aurais à choisir entre ces deux pièces, cherchant à approfondir successivement le titre de l’une et le titre de l’autre, puisque c’était tout ce que je connaissais d’elles, pour tâcher de saisir en chacun le plaisir qu’il me promettait et de le comparer à celui que recélait l’autre, j’arrivais à me représenter avec tant de force, d’une part une pièce éblouissante et fière, de l’autre une pièce douce et veloutée, que j’étais aussi incapable de décider laquelle aurait ma préférence, que si, pour le dessert, on m’avait donné à opter entre du riz à l’Impératrice et de la crème au chocolat. I

 

*Et si Swann lui demandait ce qu’elle entendait par là, elle [Odette] lui répondait avec un peu de mépris :

— Mais les endroits chics, parbleu ! Si, à ton âge, il faut t’apprendre ce que c’est que les endroits chics, que veux-tu que je te dise, moi, par exemple, le dimanche matin, l’avenue de l’Impératrice, à cinq heures le tour du Lac, le jeudi l’Éden Théâtre, le vendredi l’Hippodrome, les bals… I

 

*[Le prince de Guermantes à Swann :] Ma nervosité était si grande que, la Princesse ayant entendu, il y a deux ans, son beau-frère le grand-duc de Hesse dire que Dreyfus était innocent, elle ne s’était pas contentée de relever le propos avec vivacité, mais ne me l’avait pas répété pour ne pas me contrarier. Presque à la même époque, le prince royal de Suède était venu à Paris et, ayant probablement entendu dire que l’impératrice Eugénie était dreyfusiste, avait confondu avec la Princesse (étrange confusion, vous l’avouerez, entre une femme du rang de ma femme et une Espagnole, beaucoup moins bien née qu’on ne dit, et mariée à un simple Bonaparte) et lui avait dit : « Princesse, je suis doublement heureux de vous voir, car je sais que vous avez les mêmes idées que moi sur l’affaire Dreyfus, ce qui ne m’étonne pas puisque Votre Altesse est bavaroise. » Ce qui avait attiré au Prince cette réponse : « Monseigneur, je ne suis plus qu’une princesse française, et je pense comme tous mes compatriotes. » IV

 

*Au mot tiré du grec dont M. de Charlus, parlant de Balzac, avait fait suivre l’allusion à la Tristesse d’Olympio dans Splendeurs et Misères, Ski, Brichot et Cottard s’étaient regardés avec un sourire peut-être moins ironique qu’empreint de la satisfaction qu’auraient des dîneurs qui réussiraient à faire parler Dreyfus de sa propre affaire, ou l’Impératrice de son règne. IV

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Write a Reply or Comment

Your email address will not be published.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et