La cabine des Marx Brothers dans la Recherche !

La cabine des Marx Brothers dans la Recherche !

 

Quinze personnages dans une petite cabine, au cinéma, et douze dans un seul paragraphe, dans un roman… Comment ne pas rapprocher les deux scènes, d’autant que les compositions sont hautement improbables.

 

Dans Une Nuit à l’Opéra (1935), embarqué sur un paquebot voguant vers New York, Groucho se voit attribuer une cabine où vont se retrouver deux passagers clandestins sortant de sa malle, Chico et Harpo, celui-là endormi, un ténor, deux femmes de chambre, un plombier, une manucure, un mécanicien, une jeune femme cherchant un téléphone, une balayeuse, quatre serveurs.

Total quinze.

 

Ils sont une douzaine évoqués dans une seule scène chez les Verdurin dans La Prisonnière : Charlus, deux ducs, un général, un écrivain, un médecin, un avocat, un valet de pied, une Guermantes, un portier, un homosexuel et un serveur.

Si vous ajoutez que le dernier domestique est un géant polonais, vous pourrez vous croire chez les comédiens burlesques. Non, vous êtes dans l’œuvre de Proust !

 

*On eût été bien étonné si l’on avait noté les propos furtifs que M. de Charlus avait échangés avec plusieurs hommes importants de cette soirée. Ces hommes étaient deux ducs, un général éminent, un grand écrivain, un grand médecin, un grand avocat. Or les propos avaient été : « À propos, avez-vous vu le valet de pied ? je parle du petit qui monte sur la voiture. Et chez notre cousine Guermantes, vous ne connaissez rien ? — Actuellement non. — Dites donc, devant la porte d’entrée aux voitures, il y avait une jeune personne blonde, en culotte courte, qui m’a semblé tout à fait sympathique. Elle m’a appelé très gracieusement ma voiture, j’aurais volontiers prolongé la conversation. — Oui, mais je la crois tout à fait hostile, et puis ça fait des façons ; vous qui aimez que les choses réussissent du premier coup, vous seriez dégoûté. Du reste, je sais qu’il n’y a rien à faire, un de mes amis a essayé. — C’est regrettable, j’avais trouvé le profil très fin et les cheveux superbes. — Vraiment vous trouvez ça si bien que ça ? Je crois que si vous l’aviez vue un peu plus, vous auriez été désillusionné. Non, c’est au buffet qu’il y a encore deux mois vous auriez vu une vraie merveille, un grand gaillard de deux mètres, une peau idéale, et puis aimant ça. Mais c’est parti pour la Pologne. — Ah ! c’est un peu loin. — Qui sait ? ça reviendra peut-être. On se retrouve toujours dans la vie. » V

 

Quelles cliques, quelles collections !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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