Consoler Philippe Ridet

Consoler Philippe Ridet

 

On ne va pas se la raconter. Si je me penche sur les états d’âme de mon confrère du Monde, c’est parce qu’il est Proustien, qu’il parsème ses articles de références à la Recherche, que je l’ai croisé une fois et qu’il suit depuis peu ce blogue, via Twitter.

Sur ce réseau social, il se présente ainsi, lui qui était récemment encore correspondant à Rome : « De retour à Paris, légèrement déphasé. Je m’adapte. Grand reporter, Le Monde. »

 

Cette semaine, il signe dans M, le magazine de son quotidien, un article sur la tribune VIP du Parc des Princes où Tout-Paris rime avec Qataris. Elle est aussi convoitée qu’un premier rang au défilé Chanel de la Fashion Week, une table à L’Arpège de Plassard pour ce soir, un fauteuil près de Robert Redford au Festival de Sundance ou la loge princière au Grand Prix de Monaco.

 

Tout apprenti journaliste apprend qu’il est préférable d’avoir lu les livres qu’on chronique, assisté à l’événement qu’on raconte, rencontré la personnalité dont on publie l’interview.

 

Philippe Ridet est au-delà de ça. Son papier commence par un aveu : « On ne va pas se la raconter. Nous n’étions pas, mercredi 27 septembre, parmi les 242 privilégiés qui ont assisté à la rencontre entre le Paris Saint-Germain et le Bayern de Munich en Ligue des champions depuis le carré VIP du Parc des Princes, à Paris (dites « le carré », c’est plus simple. »

Plus bas, il poursuit : « Nous avons bien tenté de nous faire inviter contre la promesse de notre discrétion absolue, mais sans trop y croire (même une petite rencontre contre le dernier du championnat de France par une soirée glaciale de février, avons-nous précisé). »

 

Suit un article savoureux, comme toujours sous sa plume. Son propos m’a rappelé une scène de la Recherche où la duchesse de Guermantes se plaît à un contrepied dont elle a le secret : alors qu’on la cherche dans une loge princière au théâtre (l’équivalent du carré du Parc), elle s’est installée discrètement à l’orchestre (cio-dessous un plan du stade pour choisir une place — le rectangle 317, côté Auteuil, est un peu haut mais la vue est bonne).

 

Voici l’extrait pour apaiser mon confrère :

*Pour qu’on parlât d’une « dernière d’Oriane », il suffisait qu’à une représentation où il y avait tout Paris et où on jouait une fort jolie pièce, comme on cherchait Mme de Guermantes dans la loge de la princesse de Parme, de la princesse de Guermantes, de tant d’autres qui l’avaient invitée, on la trouvât seule, en noir, avec un tout petit chapeau, à un fauteuil où elle était arrivée pour le lever du rideau. « On entend mieux pour une pièce qui en vaut la peine », expliquait-elle, au scandale des Courvoisier et à l’émerveillement des Guermantes et de la princesse de Parme, qui découvraient subitement que le « genre » d’entendre le commencement d’une pièce était plus nouveau, marquait plus d’originalité et d’intelligence (ce qui n’était pas pour étonner de la part d’Oriane) que d’arriver pour le dernier acte après un grand dîner et une apparition dans une soirée. III

 

Mieux, Oriane s’est assise avant le début de la représentation et n’est pas arrivée après, en majesté, comme le font toutes celles qui entendent se faire remarquer. Au Parc, certains invités de marque doivent bien s’éclipser à la mi-temps, quand ils sont bien rassasiés et qu’ils ont pu se faire admirer tout leur saoul.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Cher Philippe, et si l’on réservait la préposition « depuis » au temps, utilisant « de » pour les lieux ? Le Monde commet la faute. Ce n’est pas parce que presque tout le monde se trompe aussi que cela l’absout.

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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