Un figuier, des asperges, la belle vie…

Un figuier, des asperges, la belle vie…

 

Que faut-il pour rendre l’existence plaisante ? Saisir des petits riens essentiels.

Ce week-end à Illiers-Combray, j’ai vécu deux instants qui m’ont ravi.

 

Le premier, c’était en quittant Fif, l’Iranienne qui propose des glaces en face du Pré Catelan (voir la chronique d’hier).

À l’entrée de sa propriété pousse un figuier.

 

Je n’en avais encore jamais vu à Illiers-Combray et, dans la Recherche, ils poussent près de Balbec :

*Sur la carte qu’on me remit, Mme de Cambremer avait griffonné qu’elle donnait une matinée le surlendemain. Et certes il y a seulement deux jours, si fatigué de vie mondaine que je fusse, c’eût été un vrai plaisir pour moi que de la goûter transplantée dans ces jardins où poussaient en pleine terre, grâce à l’exposition de Féterne, les figuiers, les palmiers, les plants de rosiers, jusque dans la mer souvent d’un calme et d’un bleu méditerranéens et sur laquelle le petit yacht des propriétaires allait, avant le commencement de la fête, chercher, dans les plages de l’autre côté de la baie, les invités les plus importants, servait, avec ses vélums tendus contre le soleil, quand tout le monde était arrivé, de salle à manger pour goûter, et repartait le soir reconduire ceux qu’il avait amenés. IV

 

Le second moment magique, c’est quand j’ai croisé Claude Lemarié, le sympathique patron de la Madeleine d’Illiers, le restaurant de la place de l’Église — côté rue, là où l’on peut voir la plaque d’hommage à Adrien Proust. Il tenait fièrement deux bottes d’asperges fraîchement achetées.

(Photos PL)

 

Heureux clients de la Madeleine d’Illiers qui pourront déguster les « Asperges sauce mousseline duchesse de Guermantes ». Salut à Maria Lemarié qui officie en cuisine.

 

De cette plante potagère, il y a davantage d’occurrences dans l’œuvre de Proust que de l’unique de l’arbre des régions chaudes — vingt-et-une exactement. Les premières sortent de la bouche de tante Léonie :

*— Françoise, vous seriez venue cinq minutes plus tôt, vous auriez vu passer Mme Imbert qui tenait des asperges deux fois grosses comme celles de la mère Callot ; tâchez donc de savoir par sa bonne où elle les a eues. Vous qui, cette année, nous mettez des asperges à toutes les sauces, vous auriez pu en prendre de pareilles pour nos voyageurs. I

 

Ainsi coule la vie à Illiers-Combray.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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