Pique-niquer quand même

Pique-niquer quand même

 

Comme soixante-douze autres destinataires, j’ai reçu ce courriel au milieu de la semaine :

« Madame Monsieur  bonjour,

Je suis navrée de vous annoncer que la météo n’a pas décidée de nous faire de cadeau pour cet été…  Suite à cette prévision, nous sommes donc dans l’obligation d’annuler la soirée Parties Campagne d’Illiers Combray du 29/07.

Exceptionnellement, les organisateurs ne sont pas dans la possibilité de vous proposer une date de remplacement dans le mois à venir. Etc.

Nous vous remboursons. Etc.

Nous sommes infiniment désolés.

Merci de votre compréhension,

Cordialement

ADRT 28 Agence de Développement et de Réservation Touristique »

 

À en croire l’envoyeur, nous étions 119 et non moins de 80 à avoir réservé qui aurait justifié l’annulation (le seuil de 100 inscrits étant une condition sine qua non — voir la chronique Dessus du panier proustien). Admettons.

 

Ce samedi soir, j’ai bien regardé le ciel au-dessus d’Illiers-Combray, qui n’avait pas lâché une goutte d’eau de la journée.

Dans la Recherche, Andrée renonce à renoncer à un pique-nique, même pour revoir le Héros. Allais-je être plus sot qu’elle ? Que nenni !

 

Le Pré Catelan étant fermé…

 

— il aurait ouvert pour la Partie de campagne promise, ce que la jeune fille en fleurs nomme garden-party — j’ai investi avec le remboursement de mon écot.

 

Panier, nappe, champagne, crustacés, Pâté de Chartres, œufs de la Poule… À moi le dîner dans l’herbe et sous les arbres — chez moi, sur mon herbe, sous mes arbres !

(Photo Violette Louis)

 

À 20 h 30, le ciel s’est voilé, mais le sol est resté sec.

 

À 21 h 45, l’horizon était clair et dégagé.

 

À 22 h 30, la Lune brillait dans un paysage estival.

(Photos PL)

 

Mon pique-nique a été parfait en tous points ! L’ADRT 28 ne s’est pas fiée à la bonne source. C’est le père du Héros qu’il fallait consulter : « Mon père haussait les épaules et il examinait le baromètre, car il aimait la météorologie » (I).

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*Deux jours après, étant allé voir Elstir, il me dit la sympathie très grande qu’Andrée avait pour moi ; comme je lui répondais : « Mais c’est moi qui ai eu beaucoup de sympathie pour elle dès le premier jour, je lui avais demandé à la revoir le lendemain, mais elle ne pouvait pas. — Oui, je sais, elle me l’a raconté, me dit Elstir, elle l’a assez regretté, mais elle avait accepté un pique-nique à dix lieues d’ici où elle devait aller en break et elle ne pouvait plus se décommander. » Bien que ce mensonge fût, Andrée me connaissant si peu, fort insignifiant, je n’aurais pas dû continuer à fréquenter une personne qui en était capable. II

 

*J’avais mal compris, dans mon premier séjour à Balbec — et peut-être bien Andrée avait fait comme moi — le caractère d’Albertine. J’avais cru que c’était frivolité, mais ne savais si toutes nos supplications ne réussiraient pas à la retenir et lui faire manquer une garden-party, une promenade à ânes, un pique-nique. Dans mon second séjour à Balbec, je soupçonnai que cette frivolité n’était qu’une apparence, la garden-party qu’un paravent, sinon une invention. IV

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Remembering this exchange in the novel:

    « “Nothing,” answered the cousin. “I was just saying that I’d heard from Combray this morning. The weather is appalling down there, and here we’ve got almost too much sun.”

    “And yet the barometer is very low,” put in my father. “Where did you say the weather was bad?” asked my grandfather.

    “At Combray.” “Ah! I’m not surprised; whenever the weather’s bad here it’s fine at Combray, and vice versa. »
    MP

    Great photo Violette!
    (Yum….pâté de Chartres!)

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