Le président, son premier ministre et Proust

Le président, son premier ministre et Proust

 

Emmanuel, Édouard et Marcel… Le même jour, les deux premiers ont cité le troisième dans des circonstances et des rapports bien différents.

 

Le président de la République était ce dimanche matin aux cérémonies du 75e anniversaire de la rafle du Vel d’hiv’, l’arrestation massive de juifs par la police française en 1942 à Paris.

Dans son discours, Emmanuel Macron a cité le nom de Proust à propos de celles et ceux qui tentaient dans l’obscurité des camps d’extermination nazis maintenir une lueur d’humanité — référence implicite au livre de Joseph Czapski, un de ces officiers polonais détenus dans un camp qui organisèrent des cours et des conférences pour surmonter leur abattement et leur angoisse. Lui fit une série d’exposés sur À la recherche du temps perdu, se la remémorant sans livres ni documents à sa disposition. Cela devint une création en soi, éditée sous le titre Proust contre la déchéance (Les Éditions Noir et Blanc).

Belle et noble évocation du chef de l’État, à cette nuance près que ces prisonniers l’étaient… dans un camp d’internement soviétique.

 

Ce même jour, le Journal du Dimanche a publié une interview du premier ministre, qui vient de sortir un nouveau livre, Des hommes qui lisent (JC Lattès). Il y revient sur les ouvrages qui l’ont construit. S’il dévoile sa passion pour Hugo et Dumas, Edouard Philippe reconnaît avoir mis du temps pour Flaubert et assume n’avoir toujours pas lu… Proust.

 

Ce serait si facile d’ajouter un commentaire que je préfère m’abstenir.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Le président, son premier ministre et Proust”

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  1. Et pourtant, Edouard Philippe s’exprime comme Elstir, comme le Narrateur, et comme Turner (selon Ruskin !) 🙂
    https://twitter.com/bastianellijero/status/886618172387991552

  2. Je remets ici le commentaire, sans lien, pour plus de clarté.
    Le Premier ministre « assume » ne pas avoir lu Proust (et le Journal du dimanche en fait son gros titre !), mais, pour définir le projet de son livre sur la lecture, il dit : « je me contente de raconter les choses telles que je les vois et non comme je pense qu’elles sont ».
    C’est exactement ce que Ruskin fait dire à Turner (« mon affaire est de dessiner ce que je vois, non ce que je sais »), et Proust au Narrateur (« mon imagination me peignait non pas ce qu’elle savait, mais ce que je voyais ») ainsi qu’au peintre Elstir (« l’effort d’Elstir consiste à ne pas exposer les choses telles qu’il savait qu’elles étaient, mais selon ces illusions optiques dont notre vision première est faite »)…

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