La célébrité d’Illiers

La célébrité d’Illiers

 

Méfiez-vous des questions faciles… Si l’on vous interroge sur la gloire de la commune d’Eure-et-Loir, ne répondez pas trop vite.

Il est aussi des indices trompeurs : son nom commence par Prou…

Oui, c’est Proust. Et non, ce n’est pas Marcel.

 

En 1913 — année de publication du premier tome de la Recherche, Du côté de chez Swann —, paraît une brochure éditée par les Commerçants et Industriels locaux à l’occasion du Comice agricole d’Illiers, qui raconte l’histoire du canton.

 

Cet opuscule de 38 pages m’a été fourni par Danièle Anelide, si efficace pour revivifier le pays d’antan. Il est aussi plein de publicités — on disait des réclames — pour des établissement d’alors : Tuilerie & Briquèterie Mécanique, Marbrerie Sculpture, Vins Spiritueux en gros, Peinture, Armes Cycles et Automobiles, Zinguerie Fumisterie, Carrosserie, Chantier de Bois & Scierie Mécanique, Photographie, Vêtements Confectionnés et sur mesure, Papèterie Articles de Dessin et de Bureaux, Grains et Fourrages, Epicerie Comestibles, Fabrique et Réparations de Voitures, Chaussures sur mesure, Boulangerie Pâtisserie, Horlogerie Bijouterie Orfèvrerie Lunetterie, Au Cours des Halles Criée Libre, Boucherie, Imprimerie, Félix Potin, Meubles, Maçonnerie & Couverture, Grains Graines et Tourteaux, Draperie — sans oublier Café du Commerce, Café de l’Hôtel-de-Ville, Café du Boulevard, Café de l’Europe, Restaurant de l’Arrivée de la Beauce, Hôtel de la Rose, Hôtel de l’Image (il y aurait eu jusqu’à trente-cinq débits de boissons dans la commune !).

 

Figurez-vous que plusieurs de ces établissements sont situés Rue du Dr Proust. Eh oui, le père, né à Illiers et mort, professeur, en 1903.

 

Qu’est le fils en 1913 ? A 42 ans, il a tout juste publié un ouvrage mondain et une traduction. Il faudra attendre novembre pour que paraisse, à compte d’auteur, le début d’un futur chef d’œuvre.

 

En 2017, il en est plus d’un, à Illiers-Combray pour continuer à chérir davantage le papa que le fiston.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Et des comices, qu’est-ce ?

Dans la République romaine, c’était des assemblées exprimant la volonté du peuple dans les domaines électoraux, législatifs et judiciaires : « curiates » (en fonction de sa gens de naissance, ce qui donne une influence certaine aux patriciens), « centuriates » (en fonction de sa richesse, ce qui donne une voix prépondérante aux plus riches), « tributes » (circonscriptions initialement territoriales qui avantagent les propriétaires fonciers).

En France, c’était, juste avant la Révolution, des « Sociétés d’Agriculture, des Sciences, des Arts et Belles Lettres » qui permettaient aux plus érudits de se regrouper afin d’échanger et faire fructifier les idées. Un temps supprimées, elles réapparaissent et, en 1833, un décret crée les « comices agricoles ». Une telle assemblée formée par les propriétaires et les fermiers d’une région permet d’échanger les expériences de chacun afin d’améliorer les procédés agricoles et, à l’occasion de cette manifestation ouverte au public, de la rendre festive par des animations.

 

Marcel Proust cite le mot une fois, hapax paysan, dans Sodome et Gomorrhe. C’est le baron de Charlus qui l’utilise dans un restaurant de Saint-Mars-le-Vêtu où il a convié Morel :

*Maître d’hôtel, avez-vous de la Doyenné des Comices ? Charlie, vous devriez lire la page ravissante qu’a écrite sur cette poire la duchesse Émilie de Clermont-Tonnerre. — Non, Monsieur, je n’en ai pas. IV

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “La célébrité d’Illiers”

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  1. Article tres interessant! Merci!

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