La Belle Époque à Illiers-Combray ?

La Belle Époque à Illiers-Combray ?

 

Il est des jours où l’on a envie des choses gentilles, et puis…

 

Si Proust est associé à l’époque d’avant la guerre (la première qualifiée de Belle et la seconde de Grande), c’est pour ses vies parisienne et normande. Ses séjours à Illiers relèvent d’une période indéfinie entre le Second Empire et la IIIe République dans la torpeur d’une province rurale.

 

Il y a donc un certain anachronisme dans le choix du nouveau nom du Saint-Hilaire, triste restaurant jouxtant le Musée Marcel Proust dont le taciturne patron servait une monotone cuisine.

 

La Belle Époque dans la cité d’Eure-et-Loir, c’est comme si Chez Tante Léonie ouvrait à Cabourg. Les deux hommes qui se sont unis pour reprendre l’établissement — un ancien pizzaiolo et un brocanteur — sont sûrement pleins de bonne volonté mais la banalité du menu unique à 13 € tendance maghrébine n’éveille pas les papilles.

Tajine de poulet

 

Les lieux ont été rafraîchis, mais sans charme. La promesse de « terrasse au calme » n’est pas vraiment tenue quand ronronne la hotte de la cuisine et la présence d’une poubelle dans un coin désole.

(Photos PL)

 

Avec La Belle Époque, de qui se moque-t-on, mais comment dire du bien ou du mal d’une absence de projet identifié ?

Le patron voulait appeler son restaurant Le Chat Noir. La mairie a désapprouvé et a invité à trouver mieux. Le nouveau nom, choisi pour d’obscurs souvenirs de jeunesse et incidemment « pour Proust », suscite le scepticisme. Les protagonistes savent-ils que le premier est dans la Recherche, pas le second ?

Si l’avenir d’Illiers passe par Combray (selon la forte formule du maire), il va falloir être non pas désinvolte mais ambitieux et cohérent.

 

À qui me trouverait sévère, je renvoie à une question d’importance : Que veut-on pour Illiers-Combray ? Toute nouvelle offre ne peut réussir qu’en visant large et haut. Qu’ils soient d’ici, touristes ou Proustiens, les clients méritent mieux et leur mentir ne peut que desservir les projets nourris.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Effet Macron ? Le renouvellement frappe aussi Illiers-Combray. Outre le restaurant, deux établissements changent de tête. Les propriétaires du Café de la Place s’en vont (Bienvenue à Élodie et à son frère Alexandre). Le gérant de l’Hôtel de l’Image a déjà plié bagage (Bienvenue à Zahra et à son mari Abdel).

 

 

 

Les extraits

*Quelquefois [Odette] avait déclaré si catégoriquement à Swann qu’il lui était impossible de le voir un certain soir, elle avait l’air de tenir tant à une sortie, que Swann attachait une véritable importance à ce que M. de Charlus fût libre de l’accompagner. Le lendemain, sans oser poser beaucoup de questions à M. de Charlus, il le contraignait, en ayant l’air de ne pas bien comprendre ses premières réponses, à lui en donner de nouvelles, après chacune desquelles il se sentait plus soulagé, car il apprenait bien vite qu’Odette avait occupé sa soirée aux plaisirs les plus innocents. « Mais comment, mon petit Mémé, je ne comprends pas bien…, ce n’est pas en sortant de chez elle que vous êtes allés au musée Grévin ? Vous étiez allés ailleurs d’abord. Non ? Oh ! que c’est drôle ! Vous ne savez pas comme vous m’amusez, mon petit Mémé. Mais quelle drôle d’idée elle a eue d’aller ensuite au Chat Noir, c’est bien une idée d’elle… Non ? c’est vous. C’est curieux. Après tout ce n’est pas une mauvaise idée, elle devait y connaître beaucoup de monde ? Non ? elle n’a parlé à personne ? C’est extraordinaire. Alors vous êtes restés là comme cela tous les deux tous seuls ? Je vois d’ici cette scène. Vous êtes gentil, mon petit Mémé, je vous aime bien. » I

*[Le duc de Guermantes au Héros :] Tenez, vous qui aimez la peinture, il faut que je vous montre un superbe tableau que j’ai acheté à mon cousin, en partie en échange des Elstir, que décidément nous n’aimions pas. On me l’a vendu pour un Philippe de Champagne, mais moi je crois que c’est encore plus grand. Voulez-vous ma pensée ? Je crois que c’est un Velasquez et de la plus belle époque, me dit le duc en me regardant dans les yeux, soit pour connaître mon impression, soit pour l’accroître. Un valet de pied entra. 1080

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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