Kézaco rococo ?

Kézaco rococo ?

 

Entre baroque et rocaille… Le rococo est un mouvement artistique européen du XVIIIe siècle « caractérisé par la profusion des ornements contournés et par la recherche d’une grâce un peu mièvre », selon le Robert. Ce style maniéré s’applique à l’architecture (Hôtel de Lassay à Paris), aux arts décoratifs, à l’ameublement, à la peinture (Watteau, Boucher, Fragonard) et, à un degré moindre, à la musique (Rameau, Boccherini) et à la littérature (des aspects du Candide de Voltaire).

François Bouchet, Les Génies des Arts

Salon new yorkais de 1855 au Metropolitan Museum of Art

 

« Rococo » serait une invention moqueuse, vers 1797, de Pierre-Maurice Quays, élève de David, construite sur le français rocaille et le portugais baroco. Démodé, un peu ridicule, voire décadent et kitsch, est supplanté par le néo-classique.

 

Proust le cite trois fois dans À la recherche du temps perdu dont une dans la parodie du Journal des Goncourt — à propos d’« assiettes de Saxe plus mièvres dans le gracieux de leur faire » ! Les deux précédentes concernent une « houlette » enguirlandée par des pompons et une moquerie de Charlus sur le Héros soupçonné de prendre « un meuble de Chippendale pour une chaise rococo ».

Chaise Chippendale

Chaise rococo

 

Soit dit en passant, Chippendale — ébéniste anglais prénommé Thomas créateur de meubles (1718-1779) —, c’est aussi du rococo.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*mon grand-père m’appelant et me désignant la haie de Tansonville, me dit : « Toi qui aimes les aubépines, regarde un peu cette épine rose ; est-elle jolie ! » En effet c’était une épine, mais rose, plus belle encore que les blanches. Elle aussi avait une parure de fête, — de ces seules vraies fêtes que sont les fêtes religieuses, puisqu’un caprice contingent ne les applique pas comme les fêtes mondaines à un jour quelconque qui ne leur est pas spécialement destiné, qui n’a rien d’essentiellement férié — mais une parure plus riche encore, car les fleurs attachées sur la branche, les unes au-dessus des autres, de manière à ne laisser aucune place qui ne fût décorée, comme des pompons qui enguirlandent une houlette rococo, étaient « en couleur », par conséquent d’une qualité supérieure selon l’esthétique de Combray si l’on en jugeait par l’échelle des prix dans le « magasin » de la Place ou chez Camus où étaient plus chers ceux des biscuits qui étaient roses. I

 

*Je n’avais pas songé jusqu’ici que la colère de M. de Charlus pût être causée par un propos désobligeant qu’on lui eût répété ; j’interrogeai ma mémoire ; je n’avais parlé de lui à personne. Quelque méchant l’avait fabriqué de toutes pièces. Je protestai à M. de Charlus que je n’avais absolument rien dit de lui. « Je ne pense pas que j’aie pu vous fâcher en disant à Mme de Guermantes que j’étais lié avec vous. » Il sourit avec dédain, fit monter sa voix jusqu’aux plus extrêmes registres, et là, attaquant avec douceur la note la plus aiguë et la plus insolente :

— Oh ! Monsieur, dit-il en revenant avec une extrême lenteur à une intonation naturelle, et comme s’enchantant, au passage, des bizarreries de cette gamme descendante, je pense que vous vous faites tort à vous-même en vous accusant d’avoir dit que nous étions « liés ». Je n’attends pas une très grande exactitude verbale de quelqu’un qui prendrait facilement un meuble de Chippendale pour une chaise rococo, mais enfin je ne pense pas, ajouta-t-il, avec des caresses vocales de plus en plus narquoises et qui faisaient flotter sur ses lèvres jusqu’à un charmant sourire, je ne pense pas que vous ayez dit, ni cru, que nous étions liés ! III

 

*Nous passons à table et c’est alors un extraordinaire défilé d’assiettes qui sont tout bonnement des chefs-d’œuvre de l’art du porcelainier, celui dont, pendant un repas délicat, l’attention chatouillée d’un amateur, écoute le plus complaisamment le bavardage artiste, – des assiettes de Yung-Tsching à la couleur capucine de leurs rebords, au bleuâtre, à l’effeuillé turgide de leurs iris d’eau, à la traversée vraiment décoratoire, par l’aurore d’un vol de martins-pêcheurs et de grues, aurore ayant tout à fait ces tons matutinaux qu’entreregarde quotidiennement, boulevard Montmorency, mon réveil – des assiettes de Saxe plus mièvres dans le gracieux de leur faire, à l’endormement, à l’anémie de leurs roses tournées au violet, au déchiquetage lie-de-vin d’une tulipe, au rococo d’un œillet ou d’un myosotis, des assiettes de Sèvres engrillagées par le fin guillochis de leurs cannelures blanches, verticillées d’or, ou que noue, sur l’à-plat crémeux de la pâte, le galant relief d’un ruban d’or, enfin toute une argenterie où courent ces myrtes de Luciennes que reconnaîtrait la Dubarry. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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