Intermède estival : À la recherche des sources du Loir I — Le Livingstone départemental

Intermède estival : À la recherche des sources du Loir

 

Avant le rendez-vous aoûtien avec le Quizz proustien (8e du nom), autant espéré que redouté, « Le fou de Proust Productions » est fier de vous proposer un feuilleton en 5 épisodes qui a mobilisé toute mon énergie et des moyens considérables dignes de Warner Bros., Paramount, XXth Century Fox, RKO Radio Pictures, Columbia, Universal et MGM… Une balade en « Vivonnoscope », même si Marcel Proust n’y fait que des apparitions — ça va nous changer…

 

Silence demandé. Moteur !

 

I — Le Livingstone départemental

 

Voici deux cours d’eau qui traversent de larges contrées : pour le Nil, le Rouanda, le Burundi, la Tanzanie, l’Ouganda, l’Éthiopie, le Soudan du Sud, le Soudan et l’Égypte. À ces huit pays, répondent les quatre départements du Loir : l’Eure-et-Loir, le Loir-et-Cher, le Maine-et-Loire et la Sarthe — soit deux régions, le Centre-Val de Loir et Pays de la Loire.

 

Autre point commun : leur source est mystérieuse, ou, pour le moins, discutée. Avec ses 6 700 km, le fleuve africain est issu de la rencontre du Nil Blanc et du Nil Bleu, le premier naissant au lac Victoria et le second au lac Tana — s’unissant à Khartoum. Où naît la rivière française, longue de 315 km ? Officiellement à Saint-Éman, mais rien n’est simple.

Le Loir en rouge

 

Ne reculant devant aucun défi, j’ai donc décidé d’emprunter la démarche de David Livingstone !

 

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’explorateur et missionnaire écossais se lance à la recherche de la source du Nil, d’abord pour le compte de la London Missionary Society puis financé par le gouvernement britannique et enfin sans trop de moyens. En 1866, du côté du lac Tanganyka, malade et abandonné par ses porteurs, Livingstone perd tout contact avec l’Empire britannique et se retire à Oudjidji, sur les bords du lac.

C’est là qu’un journaliste américain, Henry Morton Stanley, envoyé par le journal New York Herald en 1869, retrouve en 1871 un blanc pâle à barbe grise :

« J’aurais voulu l’embrasser, mais il était anglais, et je ne savais pas comment je serais accueilli. [Le savoir-vivre chez les sujets de sa très gracieuse majesté exige qu’on ne parle qu’aux personnes qui vous ont été présentées individuellement.]

J’approchais d’un pas délibéré et dis en ôtant mon chapeau :

— Je suppose que vous êtes le Dr Livingstone.

— Oui, répond-il en soulevant sa casquette et avec un bienveillant sourire.

Nos têtes furent recouvertes et nos mains se serrèrent.

— Je remercie Dieu de ce qu’Il m’a permis de vous rencontrer.

­— Je suis heureux d’être ici pour vous recevoir. »

 

Les deux hommes repartent à la recherche des sources du Nil. En vain.

 

Pour ma part, en ce mois de juillet 2017, j’ai monté une expédition à la recherche des sources du Loir. Je l’ai réalisée sur mes fonds propres sans avoir sollicité l’aide ni de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray ni du Conseil départemental. Seule la fierté de contribuer à l’avancée des connaissances m’a guidé.

 

Que disent les sources ? Le Loir est une rivière du centre-ouest de la France, affluent de la Sarthe, sous-affluent de la Loire.

La page Wikipédia situe sa source « aux abords du Perche à Saint-Éman ».

Pour sa part, francebalade.com croit savoir que «  Le Loir prend sa source dans le petit village de Fruncé. Il n’est à ce moment qu’à 5 kilomètres de l’Eure » (l’autre rivière qui, associée au Loir, donne son nom au département). « La première ville que la rivière traverse est Illiers-Combray  la patrie (sic) de Marcel Proust. »

 

En amont, j’ai donc effectué des recherches documentaires qui m’ont révélé une autre source possible, dans un bois de Champrond-en-Gâtine.

 

Je me suis muni de travaux cartographiques, d’illustrations en plans et photos satellitaires.

 

J’ai rempli des road-books de mon écriture à côté de laquelle celle de Proust a une clarté dactylographique.

 

De Livingstone et de Stanley, je partageais déjà la moustache, enrichie d’une quasi barbe de baroudeur.

 

Du second, j’avais aussi en commun la profession et je me suis coiffé du même casque colonial — le mien tressé, emprunté à mon épouse, faute d’avoir retrouvé mon chapeau de brousse de l’époque où je représentais et défendais le drapeau tricolore chez les Afars et les Issas au débouché de la Mer Rouge — l’appel de l’Afrique déjà !

 

Entre explorateurs, on se comprend… Il ne me restait plus qu’à mettre le cap vers des terræ incognitæ dans mon coupé cabriolet aux couleurs camouflage, mon camp de base d’Illiers-Combray étant au Calvaire dont je ne savais si son nom allait se révéler, ou non, prémonitoire.

 

D’emblée, mon livre de route m’a été inutile puisque je n’avais qu’à entrer le nom de ma destination dans le GPS de la voiture — de toutes les façons, moi-même je ne puis me relire !

Allez, départ de la première étape. Demain, cap sur Fruncé.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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