Intermède estival : À la recherche des sources du Loir   V — La source retrouvée

Intermède estival : À la recherche des sources du Loir

 

V — La source retrouvée

 

L’objectif.

 

Cette source-là, j’irais les yeux fermés tant je suis allé profiter de son charme.

D 23, aux Perruches, à gauche.

 

Tout droit puis à gauche jusqu’à Saint-Éman.

 

Une astuce : pour atteindre la source, rouler jusqu’à la mairie et se garer.

 

Derrière, emprunter une charmille longue d’au moins 150 m.

Ce raccourci conduit à un lavoir — ce n’est pas encore la source.

 

Sur le côté, un panneau vous indique où regarder.

 

C’est du carré à gauche que sort le Loir.

 

Le Loir traverse le lavoir et commence véritablement son cours après une petite écluse.

 

La petite rivière est souterraine quelques mètres.

 

Elle sort du bosquet.

 

Les premiers êtres vivant que le Loir croise sont des moutons.

 

Le premier pont sous lequel il passe est miniature.

 

Pour en arriver là, la source du Loir a été captée par un bélier hydraulique qui se trouve près du lavoir de Saint-Éman, un dispositif permettant de pomper de l’eau à une certaine hauteur sans autre énergie que la force de la même eau.

 

Impensable de quitter l’endroit sans admirer l’église.

 

Il ne me restait plus, périple bouclé, qu’à reprendre ma décapotable…

 

… repasser dans la seule rue des environs nommée de personnages fictifs.

 

L’hommage est d’autant plus à saluer qu’aucun référence à Proust, même minime, n’est faite à la source.

 

À l’issue de mon expédition où personne ne m’a apostrophé : « Le fou of Proust, I presume ! », que conclure ? Officiellement, le Loir naît à Saint-Éman comme la Loire prend sa source au Mont Gerbier-des-Joncs (ça s’apprenait à l’école), mais il a sans doute plus de sources que celles signalées.

 

Si la réalité peut être plus belle que la fiction, choisissons de croire que la fiction est plus explicite et plus probante que la réalité. Pour À la recherche du temps perdu, Marcel Proust s’est inspiré de la Thironne afin de nommer sa Vivonne. C’est un affluent du Loir, long de 26 km, qui naît à 262 m à Thiron-Gardais et aboutit à la rive droite du Loir juste au sud d’Illiers-Combray.

 

Nous sommes ici à Montjouvin, entre le centre d’addictologie et le gite dont le domaine abrite un étonnant saule pleureur.

(Photos PL)

 

 

Pour décrire sa Vivonne, Proust s’est inspiré du Loir — du Pont-Vieux au chemin de halage, des nénufars à sa source. Ça nous conduit bien à Saint-Éman. Comment l’affirmer alors que la commune n’est jamais citée ? Grâce aux mots de l’écrivain concernant ce lieu présent au début et à la fin de son œuvre, comme une source et son aboutissement après ses méandres :

 

*Jamais dans la promenade du côté de Guermantes nous ne pûmes remonter jusqu’aux sources de la Vivonne, auxquelles j’avais souvent pensé et qui avaient pour moi une existence si abstraite, si idéale, que j’avais été aussi surpris quand on m’avait dit qu’elles se trouvaient dans le département, à une certaine distance kilométrique de Combray, que le jour où j’avais appris qu’il y avait un autre point précis de la terre où s’ouvrait, dans l’antiquité, l’entrée des Enfers. I

*Un de mes autres étonnements fut de voir les « sources de la Vivonne », que je me représentais comme quelque chose d’aussi extra-terrestre que l’Entrée des Enfers, et qui n’étaient qu’une espèce de lavoir carré où montaient des bulles. VII

 

Cherchons la réalité dans la vie, mais la vérité est dans les livres.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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