De la vigne à Illiers oui, mais à Combray ?

De la vigne à Illiers oui, mais à Combray ?

 

Loin des vignobles prestigieux, des vignes poussent dans la cité proustienne d’entre Beauce et Perche… En réalité, je ne puis témoigner que d’une seule, aperçue du côté du gué Bellerin. Elle n’est ni luxuriante ni pimpante et le jus des grappes qu’elle arbore ne remplirait qu’un verre.

(Photo PL)

 

Il n’y a alors rien d’étonnant à ce que, dans À la recherche du temps perdu, les mots « vigne » et « raisin » semblent ne concerner jamais la bourgade de cette buveuse d’eau de Léonie.

 

Il y a neuf occurrences de la première dont une seule à Combray, mais c’est de la vigne… vierge.

* Quand on se rapprochait [du clocher de Saint-Hilaire] et qu’on pouvait apercevoir le reste de la tour carrée et à demi détruite qui, moins haute, subsistait à côté de lui, on était frappé surtout du ton rougeâtre et sombre des pierres; et, par un matin brumeux d’automne, on aurait dit, s’élevant au-dessus du violet orageux des vignobles, une ruine de pourpre presque de la couleur de la vigne vierge. I

 

Pour le second, il se présente dix sept fois, la première concerne bien Combray mais pour la fille de cuisine ressemblant, aux dires de Swann, à un personnage de Giotto.

*De même que l’image de cette fille était accrue par le symbole ajouté qu’elle portait devant son ventre, sans avoir l’air d’en comprendre le sens, sans que rien dans son visage en traduisît la beauté et l’esprit, comme un simple et pesant fardeau, de même c’est sans paraître s’en douter que la puissante ménagère qui est représentée à l’Arena au-dessous du nom « Caritas » et dont la reproduction était accrochée au mur de ma salle d’études, à Combray, incarne cette vertu, c’est sans qu’aucune pensée de charité semble avoir jamais pu être exprimée par son visage énergique et vulgaire. Par une belle invention du peintre elle foule aux pieds les trésors de la terre, mais absolument comme si elle piétinait des raisins pour en extraire le jus ou plutôt comme elle aurait monté sur des sacs pour se hausser ; I

 

Doit-on alors désespérer de trouver des vignes à Combray comme j’en ai vu (une !) à Illiers-Combray ? Non, même s’il faut attendre le dernier tome de l’œuvre :

*Morel, qui était au bureau de la presse et dont personne ne connaissait la situation irrégulière, affectait de trouver, son sang français bouillant dans ses veines comme le jus des raisins de Combray, que c’était peu de chose que d’être dans un bureau pendant la guerre et feignait de vouloir s’engager (alors qu’il n’avait qu’à rejoindre) pendant que Mme Verdurin faisait tout ce qu’elle pouvait pour lui persuader de rester à Paris. VII

 

Sauvé par le gong !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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