Le commerçant du coin

Le commerçant du coin

 

Trois des dix-huit occurrences des mots « du coin » dans la Recherche détonnent…

Les autres sont de facture classique, tel « du coin de l’œil » (neuf fois). Mais celles-là relèvent du langage familier, plus précisément, parlé. Et comme par hasard, les trois sortent de la bouche d’aristocrates. Elles concernent des commerçants dits « du coin ».

Leur présence surprend dans un livre de Proust mais Oriane de Guermantes et son beau-frère Palamède sont passés maîtres dans l’art de la familiarité.

C’est ainsi que la duchesse exprime son dédain à l’égard de « l’épicière du coin » tandis que le baron ne cache pas son mépris pour « la mercière d’en face » et «  l’épicier du coin », même s’il est plus neutre avec « le marchand de marrons du coin » — mais il est vrai qu’il y voit un éventuel partenaire sexuel.

 

Ah, quand les aristos font peuple !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*[Charlus] s’attardait encore sur le pas de la porte et demandait à Jupien des renseignements sur le quartier. « Vous ne savez rien sur le marchand de marrons du coin, pas à gauche, c’est une horreur, mais du côté pair, un grand gaillard tout noir ? Et le pharmacien d’en face, il a un cycliste très gentil qui porte ses médicaments. » IV

[Charlus :] C’est moi qui ai fait les invitations et j’ai convoqué quelques personnes d’un autre milieu, qui peuvent être utiles à Charlie et qu’il sera agréable pour les Verdurin de connaître. N’est-ce pas, c’est très bien de faire jouer les choses les plus belles avec les plus grands artistes, mais la manifestation reste étouffée comme dans du coton, si le public est composé de la mercière d’en face et de l’épicier du coin. V

à quelqu’un qui l’interrogeait timidement sur l’objet de son souci elle avait répondu d’un air grave : « La Chine m’inquiète. » Or, au bout d’un moment, Mme de Guermantes, expliquant elle-même l’air soucieux que j’avais attribué à la crainte d’une déclaration de guerre, avait dit à M. de Bréauté : « On dit que Mme Aynard veut faire une position aux Swann. Il faut absolument que j’aille demain matin voir Marie-Gilbert pour qu’elle m’aide à empêcher ça. Sans cela il n’y a plus de société. C’est très joli l’affaire Dreyfus. Mais alors l’épicière du coin n’a qu’à se dire nationaliste et à vouloir en échange être reçue chez nous. » VI

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Write a Reply or Comment

Your email address will not be published.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et