Le buste du Grand-Hôtel, Proust ou pas ?

Le buste du Grand-Hôtel, Proust ou pas ?

 

Marcel ou un imposteur ? Hommage ou supercherie ?

Nous quittons Illiers-Combray pour l’autre haut lieu proustien, Cabourg.

Le Grand-Hôtel si cher à Marcel héberge dans son hall un buste. La sculpture est d’Aristide Rousaud, datée de 1912, année où l’auteur de la Recherche est encore un client fidèle de l’établissement.

Qui est représenté ? L’écrivain, évidemment ! Pas si sûr…

 

Dans leur Dictionnaire amoureux (Plon-Grasset, 2013), les Enthoven (père et fils) lèvent un lièvre. C’est à l’entrée « Coquatrix (Bruno) » :

 « Tout voyageur arrivant au Grand Hôtel de Cabourg et déclinant son identité devant « Minos, Étaque et Rhadamante, sinistres juges des Enfers, promus chef de réception », ne pourra s’empêcher de noter la présence, à côté du guichet, d’un imposant buste de cuivre censé représenter Marcel Proust. Il convent pourtant de préciser que ce buste n’est en rien celui de l’écrivain qui fit la gloire des lieux : c’est Bruno Coquatrix, le légendaire directeur de l’Olympia qui, devenu maire de Cabourg, le trouva chez un brocanteur des environs et l’acheta pour sa ressemblance avec l’auteur de la Recherche. Le voyageur, alors, de s’extasier, ému, devant la moustache et le regard cuivré qui le toise. Certains, plus fétichistes, n’hésitent pas à dérober ce trophée — qui est aussitôt remplacé par l’une des copies que Bruno Coquatrix, en sa sagesse d’homme de spectacle, n’avait pas manqué de faire mouler en série, et de stocker dans les caves de l’établissement.

D’où la question : qui est l’imposteur dont le buste usurper localement la gloire universelle de Proust ? Plusieurs hypothèses, fort mouvantes, circulent à ce sujet : aux dernières nouvelles, il s’agirait de Ferdinand de Lesseps avec lequel, il est vrai, il a un air de famille ; ou du père de Gustave Flaubert — ce qui est plausible, vu que les Flaubert ont toujours une prestance de buste en bronze XIX; ou d’un notable philanthrope de la Côte normande — pourquoi pas ? Un universitaire japonais — ou sud-africain ? — a prétendu avec force arguments que ce buste était, en fait, celui d’un confiseur enrichi dans le commerce des madeleines et qui, par gratitude envers Proust, aurait pris plaisir à lui ressembler. En général, les touristes, n’y voient que du feu, qui se font photographier aux côtés de l’inconnu qui, partant, bénéficie d’une célébrité posthume dont Marcel, à coup sûr, se serait beaucoup diverti. »

 

Réalité ou escobarderie ? Pour être Proustiens, les Enthoven (surtout le père) semblent assez facétieux pour propager quelqu’espiègle roman qui — pour ne considérer que l’épisode madeleinier —  ressemble fort à une fumisterie !

D’ailleurs, pourquoi le sieur Coquatrix, édile cabourgeois mais pas propriétaire hôtelier aurait-il privilégié le Grand-Hôtel plutôt que sa mairie pour exposer ce buste qui — c’en n’est pas moins vrai —, ne ressemble guère à Marcel Proust ?

 

La directrice des lieux, qui ignorait cette version, me signale que la statue de Marcel Proust, réalisée par le sculpteur brésilien Edgar Duvivier, sera inaugurée le vendredi 7 juillet à 18 heures devant le Grand-Hôtel, juste avant le dîner musical fêtant les 110 ans de l’établissement.

 

Levons nos verres !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

5 comments to “Le buste du Grand-Hôtel, Proust ou pas ?”

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  1. Patrice, this is fascinating.

    Do you know this is the first time, where I read anywhere, that Edgar Duvivier’s statue will be dedicated at 6:00pm, before the dinner.

    I assume it’s on the boardwalk side of the Grand Hotel?
    Curious. When did you speak to the manager?

    Still…a reporter. 😉

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