Labyrinthe, dédale et autres

Labyrinthe, dédale et autres

 

La date de cette chronique ne doit rien au hasard…

J’étais l’autre jour à Chartres où, comme à chaque passage, j’ai passé de longs moments dans la cathédrale.

Je me suis en particulier arrêté au labyrinthe inscrit sur le sol. Ce chemin qui invite à être pèlerin a été voulu par le chapitre de Notre-Dame, le collège de prêtres qui a commandité la construction de la cathédrale vers 1200.

Entrée du labyrinthe

Arrivée du labyrinthe (Photos PL)

 

Ce labyrinthe évoque celui de la mythologie grecque. L’architecte Dédale le construit pour y enfermer un monstre — le minotaure — qui s’y nourrit des enfants d’Athènes. Thésée, vainqueur du monstre, parvient à s’en extraire grâce au fil d’Ariane. Dédale et son fils Icare, enfermés à leur tour, réussissent à s’en échapper par la voie des airs.

 

Il ne me restait plus qu’à chercher les occurrences de tous ces noms dans À la recherche du temps perdu.

 

*Enfin, les derniers moments de mon plaisir furent pendant les premières scènes de Phèdre. Le personnage de Phèdre ne paraît pas dans ce commencement du second acte; et, pourtant, dès que le rideau fut levé et qu’un second rideau, en velours rouge celui-là, se fut écarté, qui dédoublait la profondeur de la scène dans toutes les pièces où jouait l’étoile, une actrice entra par le fond, qui avait la figure et la voix qu’on m’avait dit être celles de la Berma. On avait dû changer la distribution, tout le soin que j’avais mis à étudier le rôle de la femme de Thésée devenait inutile. Mais une autre actrice donna la réplique à la première. J’avais dû me tromper en prenant celle-là pour la Berma, car la seconde lui ressemblait davantage encore et, plus que l’autre, avait sa diction. II

 

*Bref ces trois Parques à cheveux blancs, bleus ou roses, avaient filé le mauvais coton d’un nombre incalculable de messieurs. Je pensai que les hommes d’aujourd’hui exagéraient les vices de ces temps fabuleux, comme les Grecs qui composèrent Icare, Thésée, Hercule avec des hommes qui avaient été peu différents de ceux qui longtemps après les divinisaient. Mais on ne fait la somme des vices d’un être que quand il n’est plus guère en état de les exercer, et qu’à la grandeur du châtiment social, qui commence à s’accomplir et qu’on constate seul, on mesure, on imagine, on exagère celle du crime qui a été commis. III

 

*[Nissim Bernard] aimait d’ailleurs tout le labyrinthe de couloirs, de cabinets secrets, de salons, de vestiaires, de garde-manger, de galeries qu’était l’hôtel de Balbec. Par atavisme d’Oriental il aimait les sérails et, quand il sortait le soir, on le voyait en explorer furtivement les détours. IV

 

*Sans doute cette raison du départ d’Hippolyte est accessoire, peut-on penser, à côté de celle de la mort de Thésée. Et de même quand, quelques vers plus loin, Phèdre fait un instant semblant d’avoir été mal comprise :

… Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire,

on peut croire que c’est parce qu’Hippolyte a repoussé sa déclaration :

Madame, oubliez-vous

Que Thésée est mon père, et qu’il est votre époux ? VI

 

*Je revins sur mes pas, mais une fois quitté le pont des Invalides, il ne faisait plus jour dans le ciel, il n’y avait même guère de lumières dans la ville et butant çà et là contre des poubelles, prenant un chemin pour un autre, je me trouvai sans m’en douter, en suivant machinalement un dédale de rues obscures, arrivé sur les boulevards. Là, l’impression d’Orient que je venais d’avoir se renouvela et d’autre part à l’évocation du Paris du Directoire succéda celle du Paris de 1815. VII

 

Mais pourquoi parler de tout ça le 16 juin ? Enfin, voyons, parce que c’est le jour pendant lequel se déroule l’Ulysse de Joyce avec ses héros Bloom et… Dedalus !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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