Junon, Proust et Mme Macron

Junon, Proust et Mme Macron

 

Qui parle le mieux d’un monsieur sinon sa dame ?

Qui dit Macron-Jupiter (voir la chronique d’hier) dit Madame-Junon.

 

L’intéressée s’est prêtée elle-même à ce jeu, sollicitée le premier week-end des législatives par une équipe de l’espiègle émission Quotidien, diffusée par TMC.

 

Dans les rues du Touquet où le couple villégiature, Brigitte Macron a commenté : « Le “président jupitérien“, j’entends beaucoup ça. Je suis une adepte de Jupiter, mais je suis très contente qu’il ne se conduise pas comme Jupiter », faisant référence au caractère volage du dieu latin. — Quelle déesse seriez vous ? — Certainement pas Héra-Junon. Je ne sais pas quelle déesse je voudrais être. Je ne sais pas s’il y en a une qu’il a réussi à garder… certainement pas son épouse qui était redoutable, une virago. »

Enfin sur l’expression “président jupitérien“ concernant son mari : «  Je ne sais pas si ça parle aux gens parce qu’au bout d’un moment on ratiocine à toujours dire la même chose. »

 

Précision utile à propos de son vocabulaire châtié : Mme Macron, née Trogneux, a été professeure de français.

 

Alors, voyons un peu qui était cette Junon. Fille de Rhéa et de Saturne, elle est à la fois sœur et épouse de Jupiter. Ses attributs sont le paon, un sceptre surmonté d’un coucou et une grenade, symbole de l’amour conjugal, le lys et la vache. Elle est assimilée à l’Héra des Grecs.

 

Marcel Proust évoque le paon dans Le Côté de Guermantes et la situation matrimoniale mouvementée de Jupiter dans Sodome et Gomorrhe. Jalouse comme une tigresse, Héra surpasse toutes ses rivales puisqu’elle est l’ultime épouse de son dieu d’époux.

Jupiter et Junon, Carrache 

 

Brigitte Macron le sait évidemment.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*Mme de Cambremer essayait de distinguer quelle sorte de toilette portaient les deux cousines [la princesse et la duchesse de Guermantes]. Pour moi, je ne doutais pas que ces toilettes ne leur fussent particulières, non pas seulement dans le sens où la livrée à col rouge ou à revers bleu appartenait jadis exclusivement aux Guermantes et aux Condé, mais plutôt comme pour un oiseau le plumage qui n’est pas seulement un ornement de sa beauté, mais une extension de son corps. La toilette de ces deux femmes me semblait comme une matérialisation neigeuse ou diaprée de leur activité intérieure, et, comme les gestes que j’avais vu faire à la princesse de Guermantes et que je n’avais pas douté correspondre à une idée cachée, les plumes qui descendaient du front de la princesse et le corsage éblouissant et pailleté de sa cousine semblaient avoir une signification, être pour chacune des deux femmes un attribut qui n’était qu’à elle et dont j’aurais voulu connaître la signification : l’oiseau de paradis me semblait inséparable de l’une, comme le paon de Junon ; je ne pensais pas qu’aucune femme pût usurper le corsage pailleté de l’autre plus que l’égide étincelante et frangée de Minerve. III

*Les enfants de Jupiter sont dissemblables, mais cela vient de ce qu’il épousa d’abord Métis, dans le destin de qui il était de donner le jour à de sages enfants, puis Thémis, et ensuite Eurynome, et Mnémosyne, et Léto, et en dernier lieu seulement Junon. IV

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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