Les enfants Cottard

Les enfants Cottard

 

Le docteur Cottard et son épouse Léontine ont l’esprit de famille… Quand ils se rendent à Balbec, ils emmènent leurs enfants.

 

Les indices ne permettrait pas à ses filles de fréquenter le Casino de Balbec. Pour se rendre à la Raspelière, il mène une troupe (dont il n’est pas dit, certes, qu’elle compte des mineurs). Elle, elle tient à son séjour annuel en Normandie avec ses grands garçons. Les enfants s’esclaffent quand à la table de jeu leur père prend l’accent rastaquouère. Et il assure que Mme Cottard a des crises d’insomnie quand son fils est malade.

 

Récapitulons. La progéniture cottardienne compte au moins quatre membres, deux garçons et deux filles — ce qu’indique l’usage du pluriel mais ils sont peut-être davantage. Les rares précisions données laissent croire qu’il s’agit d’adolescents.

La leçon la plus étonnante est que le petit noyau peut être plus important que l’on pense puisque des parents peuvent venir avec leurs enfants — ce qui, au passage, donne un nouveau coup à la légende qui voudrait qu’il n’y en a pas dans la Recherche.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

*Heureux, dans ce petit Casino, de penser que j’allais rester avec ces jeunes filles, je fis remarquer à Cottard comme elles dansaient bien. Mais lui, du point de vue spécial du médecin, et avec une mauvaise éducation qui ne tenait pas compte de ce que je connaissais ces jeunes filles, à qui il avait pourtant dû me voir dire bonjour, me répondit : « Oui, mais les parents sont bien imprudents qui laissent leurs filles prendre de pareilles habitudes. Je ne permettrais certainement pas aux miennes de venir ici. Sont-elles jolies au moins ? Je ne distingue pas leurs traits. Tenez, regardez, ajouta-t-il en me montrant Albertine et Andrée qui valsaient lentement, serrées l’une contre l’autre, j’ai oublié mon lorgnon et je ne vois pas bien, mais elles sont certainement au comble de la jouissance. On ne sait pas assez que c’est surtout par les seins que les femmes l’éprouvent. Et, voyez, les leurs se touchent complètement. » IV

*[Brichot] Le Futur vers lequel il se dirigeait le désignait à la personne assise sur la banquette d’en face, laquelle se disait : « Ce doit être quelqu’un », discernait, fût-ce autour du chapeau mou de Cottard ou du sculpteur Ski, une vague auréole, et n’était qu’à demi étonnée quand, à la station suivante, une foule élégante, si c’était leur point terminus, accueillait le fidèle à la portière et s’en allait avec lui vers l’une des voitures qui attendaient, salués tous très bas par l’employé de Doville, ou bien, si c’était à une station intermédiaire, envahissait le compartiment. C’est ce que fit, et avec précipitation, car plusieurs étaient arrivés en retard, juste au moment où le train déjà en gare allait repartir, la troupe que Cottard mena au pas de course vers le wagon à la fenêtre duquel il avait vu mes signaux. Brichot, qui se trouvait parmi ces fidèles, l’était devenu davantage au cours de ces années qui, pour d’autres, avaient diminué leur assiduité. IV

*— Vous restez encore quelque temps dans la région, Madame, demanda M. de Cambremer à Mme Cottard, ce qui pouvait passer pour une vague intention de l’inviter et ce qui dispensait actuellement de rendez-vous plus précis. — Oh ! certainement, Monsieur, je tiens beaucoup pour les enfants à cet exode annuel. On a beau dire, il leur faut le grand air. La Faculté voulait m’envoyer à Vichy ; mais c’est trop étouffé, et je m’occuperai de mon estomac quand ces grands garçons-là auront encore un peu poussé. IV

*« Ié coupe », dit, en contrefaisant l’accent rastaquouère, Cottard, dont les enfants s’esclaffèrent comme faisaient ses élèves et le chef de clinique, quand le maître, même au lit d’un malade gravement atteint, lançait, avec un masque impassible d’épileptique, une de ses coutumières facéties. IV

*C’est comme Jésus-Christ : Aimez-vous les uns les autres, c’est très joli. — Mon ami…, pria Mme Cottard. — Naturellement, ma femme proteste, ce sont toutes des névrosées. — Mais, mon petit docteur, je ne suis pas névrosée, murmura Mme Cottard. — Comment, elle n’est pas névrosée ? quand son fils est malade, elle présente des phénomènes d’insomnie. IV

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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