La Lune, Proust, Jérôme Godefroy et moi

La Lune, Proust, Jérôme Godefroy et moi

 

Plus près, plus grosse, plus lumineuse… La Lune n’est aujourd’hui à 12 h 21 (heure de Paris) qu’à 356 509 km de la Terre. Elle ne s’est pas autant rapprochée du plancher des vaches depuis que j’avais un an et sera encore plus près de nous pour mon 87e anniversaire. Son spectacle est promis unique.

 

J’ai voulu vérifier cette super-Lune hier soir et ai pris sur ma terrasse à Illiers-Combray cette photo qui m’a suffisamment plu pour que j’aie eu envie de la partager sur Facebook.

super-lune

 

Je n’avais pas spécialement pensé à Marcel Proust et ce n’est que ce matin que j’ai compté les occurrences de « lune » dans la Recherche : 98, dont 31 dans l’expression « clair de lune ». La première évoque le « plaisir que je trouve à ne sortir qu’à la nuit, à suivre au clair de lune ces chemins où je jouais jadis au soleil ».

 

Je dois cette liaison avec Marcel à Jérôme — Jérôme Godefroy. Ah, un sacré bonhomme celui-là. Nous avons quelques points communs : tous deux journalistes, diplômés de la même école (il est plus jeune que moi), ayant choisi la radio (il a été des années correspondant aux États-Unis), nous avons enseigné notre art et avons même eu notre séquence ultra-marine (lui à la Réunion, moi aux Antilles). Enfin nous sommes tous deux sur les réseaux sociaux mais Jérôme, c’est quasiment en pro : ainsi, sur Twitter, ses interventions, ciselées et féroces, sont fort suivies et il excelle dans sa spécialité : la critique des cons (vaste programme !).

 

Toujours à l’affût, mon ami (car c’en est un authentique) a réagi quasiment instantanément à ma publication sur Facebook. Je le savais cultivé et il m’a souvent montré son intérêt pour Proust, mais là il m’a — comment dire ? — estomaqué, coupé la chique, épaté, répondant par cet extrait des Plaisirs et les Jours, chapitre XXIV :

« La nuit était venue, je suis allé à ma chambre, anxieux de rester maintenant dans l’obscurité sans plus voir le ciel, les champs et la mer rayonner sous le soleil, Mais quand j’ai ouvert la porte, j’ai trouvé la chambre illuminée comme au soleil couchant. Par la fenêtre je voyais la maison, les champs, le ciel et la mer, ou plutôt il me semblait les “revoir” en rêve ; la douce lune me les rappelait plutôt qu’elle ne me les montrait, répandant sur leur silhouette une splendeur pâle qui ne dissipait pas l’obscurité, épaissie comme un oubli sur leur forme. Et j’ai passé des heures à regarder dans la cour le souvenir muet, vague, enchanté et pâli des choses qui, pendant le jour, m’avaient fait plaisir ou m’avaient fait mal, avec leurs cris, leurs voix ou leur bourdonnement. L’amour s’est éteint, j’ai peur au seuil de l’oubli ; mais apaisés, un peu pâles, tout près de moi et pourtant lointains et déjà vagues, voici, comme à la lumière de la lune, tous mes bonheurs passés et tous mes chagrins guéris qui me regardent et qui se taisent. Leur silence m’attendrit cependant que leur éloignement et leur pâleur indécise m’enivrent de tristesse et de poésie, Et je ne puis cesser de regarder ce clair de lune intérieur. »

 

Tel le cow-boy tirant plus vite que son ombre, l’ami Godefroy a dégainé son Proust comme personne. À super-Lune, super-Jérôme !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “La Lune, Proust, Jérôme Godefroy et moi”

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  1. Patrice…and like you, Jérôme Godefroy is on Periscope! 😉

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