De l’entourage de Jeanne d’Arc à Marcel Proust

De l’entourage de Jeanne d’Arc à Marcel Proust

 

Elle en a eu des hommes autour d’elle, la Pucelle… Désormais célèbres — car  célébrés ici, son page, Louis de Coutes, et son écuyer, Jean d’Aulon, n’étaient pas les seuls membres de ce qu’on pourrait appeler la maison militaire de la jeune chef de guerre de Charles VII.

D’abord, il y avait un autre page dont on ne connaît que le prénom, Raymond, qu’il a été porte-étendard et qu’il a été tué au siège de Paris.

Ajoutez deux hérauts d’armes, Ambleville (appartenant peut-être à Julien des Essarts) et Guyenne (sans doute de la maison du roi).

Il fallait aussi un aumonier ou chapelain. Jeanne en a eu deux, frère Jean Pasquerel, lecteur au couvent des Augustins à Tours, et Nicolas de Vouthon, moine cistercien. Un troisième clerc, Mathelin Raoul, servait de trésorier.

Deux des frères de la native de Domrémy se seraient joints à la petite troupe, Pierre et Jean d’Arc.

L’épopée de la sainte compte encore des dizaines de capitaines ayant combattu à un moment ou à un autre. Il y a ceux de la première heure, Jean de Metz, Bertrand de Poulengy, Robert de Baudricourt, le Bâtard d’Orléans (futur comte de Dunois), Raoul de Gaucourt, Jean de Brosse, Louis de Culant, les inséparables Xaintrailles et La Hire, Jean d’Alençon, Gilles de Rais, Arthur de Richemont. Suivent Motier de La Fayette, Jean de Graville, le comte de Clermont, le comte de Laval, Ambroise de Loré, Teodoro de Valperga. Ce sont des dizaines de capitaines qui vont s’illustrer.

 

Et parmi eux, Florent d’Illiers. Il naît à Illiers vers 1400. Sa famille est l’une des plus anciennes baronnies du Pays Chartrain, peut- être issue d’un cadet des comtes de Vendôme. Le sire d’Illiers est l’un des quatre barons ayant le privilège de porter le nouvel évêque de Chartres lors de son entrée solennelle dans la ville.

Le seigneur du lieu est alors Guillaume V. Son fils, Pierre 1er lui succède en 1405, au service du roi, Charles VI. Quand le duc de Bourgogne fait assassiner le duc Louis d’Orléans, frère du souverain, ses partisans, les Bourguignons, s’allient aux Anglais. Le seigneur d’Illiers, légitimiste, embrasse la cause orléanaise et confie son château bien fortifié au caputaine Jean de Faverolles.

Vers 1414, les Bourguignons unis aux Anglais s’emparent d’Illiers, défendu notamment par Guillaume Arrachepel très ancienne famille installée dans la petite seigneurie de la Rachepelière, entre Illiers et Méréglise.

Vers 1420, le vicomte de Narbonne assiège le château d’Illiers que l’ennemi est forcé d’abandonner. La garde en est confiée à Jean de Montsalvy pour la cause du Dauphin.

Pierre 1er meurt à Châteaudun en 1424. Son fils Florent, qui y vit aussi, lui succède. La ville est un bastion de la cause royale, attirant des chevaliers partisans de Charles VII. Le jeune seigneur grandit au milieu d’eux. En août, il devient gouverneur de Châteaudun. Il va montrer ses qualités guerrières en partant soutenir le Bâtard d’Orléans dans sa ville assiégée. Le 28 avril 1429, il entre à Orléans à la tête de quatre cents chevaliers. Jeanne d’Arc y pénètre le lendemain. Le lendemain de l’Ascension, elle s’empare de la bastille des Augustins avec, à ses côtés, La Hire, Xantrailles, Dunois et Florent d’Illiers. Seul ce dernier veut avec Jeanne donner l’assaut sans tarder de u fort des Tournelles. Les Français sont vainqueurs, la délivrance d’Orléans annonce celle du pays tout entier.

Florent ne s’attarde pas et reprend le chemin de Châteaudun, sans plus suivre Jeanne d’Arc.

En 1432, il s’empare de Chartres, défend Louviers contre les Anglais avec La Hire. En 1435, il prend Meulan. En 1449, il contribue à chasser l’ennemi du Chartrain, du Vendômois, du Dunois et du Perche. Le Bâtard d’Orléans fait de lui son conseiller. Le roi Charles VII, en 1457, le nomme bailli et gouverneur de Chartres. Il décède en 1475 et est enterré à Illiers.

 

Traduction de l’acte de son inhumation en latin d’une cérémonie présidée pzar le frère cadet du défunt, Miles d’Illiers, évêque de Chartres : « Le vendredi, XI août 1475, révérend père en Dieu [Miles] vint à Illiers, à l’occasion de la mort du sire Florentin d’Illiers, seigneur dudit lieu, son frère aîné. Il était accompagné des vénérables pères, messeigneurs les abbés de Tiron et d’Arcisses, et d’autres personnages tant ecclésiastiques que civils, et se rendit au château ou reposait le corps du défunt, attendant la sépulture. De ce lieu, un cortège imposant escorté de cierges et de flambeaux se mit en marche vers l’église Saint Jacques, au chant du psaume Dilexi et autres psaumes. Lorsqu’on fut arrivé à l’église, les prières terminées, les vénérables abbés de Tiron et d’Arcisses chantèrent consécutivement une grande messe : la première fut une messe du saint Esprit, chantée par l’abbé d’Arcisses.

 l’issue, le révérend père en Dieu célébra, en ses ornements pontificaux, la messe solennelle de Requiem. Lorsqu’elle fut terminée, il chanta avec le chœur, en face du corps, les prières accoutumées.

Enfin, il fit inhumer le corps du défunt devant l’autel de la Sainte Vierge, auprès de Jeanne de Coutes, son épouse, en répandant des prières sur sa tombe, pour le repos de son âme, que Dieu daigne admettre en sa sainte compagnie. »

 

Ainsi, Florent d’Illiers était l’époux de la sœur du page de Jeanne, de sept ans son aînée. Ensemble, ils auront sept garçons : Jean, seigneur d’Illiers, Charles, doyen du Chapitre de Notre-Dame, Florent, prévôt d’Ingré, René, archidiacre ce Pincerais, Louis, Marin et Charles, écuyers.

 

Au XIXe siècle, une conférence est donnée à Illiers sur celui qui restera comme un « compagnon de Jeanne d’Arc ». L’abbé Marquis et le maire Dumuid y assistent. C’est dans la foulée que le Conseil municipal décide à l’unanimité de changer le nom de la Rue au fumier en Rue Florent d’Illiers.

(Photo PL)

(Photo PL)

 

De ces histoires, Marcel Proust trouvera largement de quoi s’inspirer et donnera les traits de Florent d’Illiers à Gilbert le Mauvais, ancêtre des Guermantes.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

Sources : Archives de la Société d’Archéologie de l’Eure-et-Loir et Le temps retrouvé d’Illiers de P.-L. Larcher.

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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