Retour de Cabourg

Retour de Cabourg

 

Tout événement officiel vaut surtout pour les rencontres qu’on y fait… Le week-end proustien à Cabourg l’illustre à son tour.

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La troisième édition vient donc de s’achever. Est-ce parce que ça n’a lieu que tous les deux ans que l’on a le sentiment que les organisateurs ont voulu charger la barque au risque de chavirer ? « Les Amis de Vinteuil » ont ravi leur monde, mais qui osera dire que c’était trop dense, trop cultivé, trop sage ? J’ose, tout en sachant qu’il n’est guère seyant ici de casser les fauteuils et de jouer les fans hurleurs !

 

Comment le chétif Marcel Proust a-t-il réussi à sauter de réceptions en concerts, d’un raout mondain à l’autre ? Moi, j’étais exténué dimanche soir, et encore n’ai-je pas pu assister à tout.

 

De ma chambre à l’Hôtel du Parc, je pouvais voir un écriteau me plongeant dans le bain.

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(J’ai plaisir à noter que le patron de l’établissement a été auparavant libraire à Paris et à Montréal. Allez-y en confiance de ma part — publicité gratuite.)

 

Arrivé au Grand-Hôtel (autre catégorie, toujours sublimement chic), mes oreilles ont frémi d’aise aux « querelles de salon franco-italiennes » menées par une claveciniste et une voix de haute-contre.

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Dans la salle de bal du Casino, mon esprit s’est nourri de la conférence de Luc Fraisse, « Proust et Venise ».

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Très en verve, il a conquis son auditoire, notamment avec son enquête sur l’ange d’or du Campanile et du regard qu’on lui peut porter ou non de l’Hôtel Danieli ou de celui de l’Europe.

Il nous a fait des confidences familiales sur son frère qui l’a accompagné dans la réalisation de sa conférence illustrée et sur sa belle-sœur, qualifiée de bibelot vénitien avec son écharpe de Fortuny — que le fou de Proust s’est empressé d’aller saluer.

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Il me restait peu de temps pour me précipiter à l’église me rassasier de pièces de Vivaldi et de Paganini grâce à l’Orchestre Régional de Normandie.

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Dimanche, j’ai attaqué le programme culturel hors les murs. C’est au Thalazur-les-Bains qu’était multi-diffusé le très émouvant film « La villa des Frémonts, Proust et les Finaly », réalisé par mon ami Alexandre Marcellin.

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J’ai enchaîné avec William Carter nous entretenant, au Casino encore, de « Proust et les femmes ».

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(Détail cocasse, le monsieur au premier plan lit la page du Monde sur l’autre femme de François Mitterrand).

 

C’est presqu’avec soulagement que j’ai appris de l’excellent organisateur, Pierre Ivanov, que le concert de music-hall affichait complet ! Ayant fait l’impasse sur le récital de piano de clôture, je n’étais pas à l’abri. Et tant mieux ! Profitant de ces Journées Musicales Marcel Proust, le maire, Tristan Duval, a annoncé la création d’un Musée — qui sera l’objet d’une chronique particulière. Et, en guise de point final, ce sont Patrick Poivre d’Arvor (à la voix) et Jean-Philippe Collard (au piano) qui nous ont offert un dialogue entre des pièces « vinteuillesques » et des extraits de la Recherche choisis par Jean-Michel Verneiges dont j’avais apprécié la souriante expertise lors d’une soirée à Amiens.

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(Photos PL)

En retour, le public a offert au duo inspiré un silence extasié d’une rare intensité.

 

Tout au long de ce week-end, quand le programme m’en laissait le temps, j’ai pu rencontrer « IRL » — in real life, m’a traduit Luc Fraisse — des connaissances que je n’avais que via l’éther d’internet. Les Américains étaient en nombre, amis de Bill Carter ou de Marcelita Swann (ou des deux) et Pierre Sorel. J’ai retrouvé avec un bonheur intact Jérôme Bastianelli, Catherine Le Gallen, Claude Wittezaele, et tant d’autres, nouant de nouvelles relations dont j’aurai à vous entretenir.

 

En attendant l’édition 2018, qu’il me soit permis de suggérer qu’elle soit allégée et démaquillée de son trop de gravité. Je ne voudrais avoir à conclure que celle qui vient de s’éteindre était un tantinet « Proust, ma chère ! » d’autant que je m’y inclus sans mauvaise grâce.

 

(Pour celles et ceux qui s’étonneraient de l’expression, elle fait référence à « Prout ma chère », formule qui se dit de quelqu’un distingué à l’excès. Pour les anglophones, le site « frenchetc, learn today’s french anywhere » propose : « A woman who is prout-prout ma chère is also called ‘une marie-chantal’,  she wears a ‘serre-tête’ – a headband – and has her ‘petit doigt en l’air’ – pinky up. prout-prout ma chère means ‘pretentious, arrogant, snobbish, preppy and hoity-toity’. »)

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Retour de Cabourg”

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  1. Exténuant, le festival de Cabourg ? Qu’auriez-vous dit, cher Patrice, le 31 juillet 1986, où pour le centenaire exact de la mort de Liszt, le festival Radio-France de Montpellier a fait jouer l’intégrale pianistique de l’athlète du clavier en continuité, de 8h du matin à minuit ? J’ai assisté à l’ensemble : les vitres tremblaient, les cordes se cassaient, les pianistes suaient (Montpellier, l’été), les fausses notes n’étaient pas rares. Mais comme vous le voyez, on s’en souvient toute sa vie !

  2. Je lis dans un article du Monde relatant ces journées que le musée Marcel Proust Belle Epoque sera établi en lieu et place d’une villa actuellement vouée à Bruno Coquatrix.

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