Les bustes de Proust

Les bustes de Proust

 

Un buste, c’est une poitrine, des épaules, une tête… Le mot apparaît dix fois dans À la recherche du temps perdu. Trois fois, il est animé, vivant — appartenant à Mme Gallardon, à une Guermantes et à Albertine ; les sept autres sont des sculptures (au singulier ou au pluriel) — de Rizzo, destiné au Palais de l’Industrie, antique dans un musée consacré à la pierre, anciens dans le château des Guermantes près de Combray, réalisé en cinq minutes par un sculpteur de cire, de la duchesse d’Uzès ou de marbre sur des socles.

 

Mais c’est d’un onzième que je voudrais vous entretenir. Il n’est pas de la plume de Proust mais le représente. La sculpture est l’œuvre d’Aristide Rousaud, ami de Rodin, réalisée en 1912.

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Ce buste est installé plutôt discrètement dans un coin du majestueux hall du Grand-Hôtel de Cabourg.

Quand je l’ai photographié sous différentes coutures, j’ai découvert qu’il n’était pas toujours esseulé.

 

Ainsi avec mon épouse :

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Ou encore acceptant ma présence :

(Photos PL)

(Photos PL)

 

À propos de sculpture, et si mon projet de statue de Marcel Proust à Illiers-Combray reprenait corps ? Une idée m’a été proposée, originale. Je l’ai étudiée plus et je vous tiens informés dès demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

Les extraits :

*Swann avait toujours eu ce goût particulier d’aimer à retrouver dans la peinture des maîtres non pas seulement les caractères généraux de la réalité qui nous entoure, mais ce qui semble au contraire le moins susceptible de généralité, les traits individuels des visages que nous connaissons : ainsi, dans la matière d’un buste du doge Loredan par Antoine Rizzo, la saillie des pommettes, l’obliquité des sourcils, enfin la ressemblance criante de son cocher Rémi ; I

*[Mme Verdurin] Ce n’était plus qu’une cire perdue, qu’un masque de plâtre, qu’une maquette pour un monument, qu’un buste pour le Palais de l’Industrie devant lequel le public s’arrêterait certainement pour admirer comment le sculpteur, en exprimant l’imprescriptible dignité des Verdurin opposée à celle des La Trémoïlle et des Laumes qu’ils valent certes ainsi que tous les ennuyeux de la terre, était arrivé à donner une majesté presque papale à la blancheur et à la rigidité de la pierre. I

*[Mme Gallardon] elle rejetait fièrement en arrière ses épaules détachées de son buste et sur lesquelles sa tête posée presque horizontalement faisait penser à la tête « rapportée » d’un orgueilleux faisan qu’on sert sur une table avec toutes ses plumes. I

*M. de Norpois, pendant qu’on lui exposait quelque chose, gardait une immobilité de visage aussi absolue, que si vous aviez parlé devant quelque buste antique — et sourd — dans une glyptothèque. II

*[Le Héros :] — Est-ce qu’il n’y a pas dans ce château tous les bustes des anciens seigneurs de Guermantes ?

— Oui, c’est un beau spectacle, dit ironiquement Saint-Loup. Entre nous, je trouve toutes ces choses-là un peu falotes. II

*l’incarnation de nous même en ce qui nous en semblait le plus différent, est ce qui modifie le plus la personne à qui on vient de nous présenter, la forme de cette personne reste encore assez vague ; et nous pouvons nous demander si elle sera dieu, table ou cuvette. Mais, aussi agiles que ces ciroplastes qui font un buste devant nous en cinq minutes, les quelques mots que l’inconnue va nous dire préciseront cette forme et lui donneront quelque chose de définitif qui exclura toutes les hypothèses auxquelles se livraient la veille notre désir et notre imagination. II

*au moment où on vous présentait à une de ces Guermantes-là, elle vous faisait un grand salut dans lequel elle approchait de vous, à peu près selon un angle de quarante-cinq degrés, la tête et le buste, le bas du corps (qu’elle avait fort haut jusqu’à la ceinture, qui faisait pivot) restant immobile. III

*[Mlle Legrandin] elle avait répété avec ravissement : « ma tante d’Uzai » avec cette suppression de l’s finale, suppression qui l’avait stupéfaite la veille, mais qu’il lui semblait maintenant si vulgaire de ne pas connaître qu’une de ses amies lui ayant parlé d’un buste de la duchesse d’Uzès, Mlle Legrandin lui avait répondu avec mauvaise humeur, et d’un ton hautain : « Vous pourriez au moins prononcer comme il faut : Mame d’Uzai. » IV

*[À la Raspelière] M. de Cambremer était naïvement heureux de revoir des lieux où il avait vécu si longtemps. « Je me retrouve », dit-il à Mme Verdurin, tandis que son regard s’émerveillait de reconnaître les peintures de fleurs en trumeaux au-dessus des portes, et les bustes en marbre sur leurs hauts socles. IV

*À nos pieds, nos ombres parallèles, rapprochées et jointes, faisaient un dessin ravissant. Sans doute il me semblait déjà merveilleux, à la maison, qu’Albertine habitât avec moi, que ce fût elle qui s’étendît sur mon lit. Mais c’en était comme l’exportation au dehors, en pleine nature, que, devant ce lac du Bois, que j’aimais tant, au pied des arbres, ce fût justement son ombre, l’ombre pure et simplifiée de sa jambe, de son buste, que le soleil eût à peindre au lavis à côté de la mienne sur le sable de l’allée. V

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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