Un beau métier : jardinier

Un beau métier : jardinier

 

Ils sont le signe d’une aimable aisance pour celles et ceux qui en disposent…

« Jardinier » est cité trente-neuf fois dans À la recherche du temps perdu, le plus

souvent attaché à un employeur.

 

Le jardinier de la grand’tante :

Il vient d’arriver. Il a une fille turbulente. Indifférent à la nature, il aligne trop systématiquement les allées du jardin familial de Combray, au goût de la grand-mère du Héros. Elle lui reproche de l’avoir rapetissé. Du coup, sa fantaisie entraîne le mépris de la vieille dame. Le fils de cette dernière le consulte sur le temps qu’il va faire. I

 

Est- ce Antoine, le maître d’hôtel des Guermantes du Temps retrouvé ?

*le maître d’hôtel ajoutait : « Vous verrez çà, Françoise, ils préparent une nouvelle attaque d’une plus grande enverjure que toutes les autres ». M’étant insurgé sinon au nom de la pitié pour Françoise et du bon sens stratégique, au moins de la grammaire, et ayant déclaré qu’il fallait prononcer « envergure » je n’y gagnai qu’à faire redire à Françoise la terrible phrase, chaque fois que j’entrais à la cuisine, car le maître d’hôtel presque autant que d’effrayer sa camarade était heureux de montrer à son maître que bien qu’ancien jardinier de Combray et simple maître d’hôtel, tout de même bon Français selon la règle de Saint-André-des-Champs, il tenait de la Déclaration des droits de l’homme, le droit de prononcer « enverjure » en toute indépendance, et de ne pas se laisser commander sur un point qui ne faisait pas partie de son service et où par conséquent, depuis la Révolution, personne n’avait rien à lui dire puisqu’il était mon égal. VII

 

Les jardiniers de l’oncle Adolphe :

*En ce moment nous sommes à la Raspelière où je viens dîner pour la première fois avec mon amie, et M. de Charlus avec Morel, fils supposé d’un « intendant » qui gagnait trente mille francs par an de fixe, avait une voiture et nombre de majordomes subalternes, de jardiniers, de régisseurs et de fermiers sous ses ordres. IV

 

Le jardiner de Mme Bouillebœuf :

*« Qui donc est-ce que vous avez rencontré près du Pont-Vieux, mon oncle ? un homme que vous ne connaissiez point ? — Mais si, répondait mon grand-père, c’était Prosper le frère du jardinier de Mme Bouillebœuf. — Ah ! bien, disait ma tante, tranquillisée et un peu rouge ; haussant les épaules avec un sourire ironique, elle ajoutait : « Aussi il me disait que vous aviez rencontré un homme que vous ne connaissiez point ! » I

 

Le jardinier de Swann :

Il s’occupe du parc de Tansonville, près de Combray.

Sous une charmille, il a enlacé des groseilles et des roses qui courent autour de la table où l’on dîne. I

 

Le jardinier de M. Vinteuil :

Il range ses instruments dans une cahute au toit de tuile au bord de la mare de Montjouvain. I

 

Le jardinier des Cambremer :

Il s’occupe des jardins de la Raspelière, louée aux Verdurin.

Ne connaissant qu’un seul maître, il souffre à cause des nouveaux occupants qui modifient le jardin : un jardin de curé remplace des plates-bandes et des fleurs communes, des fleurs rares.

Mme Verdurin se rend compte de cette hostilité et est bien décidée à renvoyer le jardinier si elle doit rester plus longtemps à la Raspelière.

Ses sentiments pour sa patronne sont contrastés : d’un côté, il l’adore et la vénère pour sa bonté, d’autre, il la croit coupable d’avoir trahi la France, en 1870, en recevoir des Prussiens dans un château qu’elle avait dans l’Est. Il a un fils qui admire le moteur de l’automobile du Héros.

 

Le jardinier des Champs-Elysées :

Charlus amoindri entreprend de discuter avec lui. Jupien qui a pris le baron en charge, comme un garde-malade, s’en émeut et interrompt sa conversation avec le Héros, considérant qu’il ne peut plus laisser seul celui qui n’est plus qu’un grand enfant. VII

 

Les jardiniers de la cousine de Saint-Loup :

*Puis quand Saint-Loup m’eut raconté des anecdotes relatives au chapelain, aux jardiniers de sa cousine, l’hôtel de Guermantes était devenu — comme avait pu être autrefois quelque Louvre — une sorte de château entouré, au milieu de Paris même, de ses terres possédées héréditairement, en vertu d’un droit antique bizarrement survivant, et sur lesquelles elle exerçait encore des privilèges féodaux. III

 

Le jardinier de la princesse de Parme :

*L’autre raison de l’amabilité que me montra la princesse de Parme était plus particulière. C’est qu’elle était persuadée d’avance que tout ce qu’elle voyait chez la duchesse de Guermantes, choses et gens, était d’une qualité supérieure à tout ce qu’elle avait chez elle. Chez toutes les autres personnes, elle agissait, il est vrai, comme s’il en avait été ainsi ; pour le plat le plus simple, pour les fleurs les plus ordinaires, elle ne se contentait pas de s’extasier, elle demandait la permission d’envoyer dès le lendemain chercher la recette ou regarder l’espèce par son cuisinier ou son jardinier en chef, personnages à gros appointements, ayant leur voiture à eux et surtout leurs prétentions professionnelles, et qui se trouvaient fort humiliés de venir s’informer d’un plat dédaigné ou prendre modèle sur une variété d’œillets laquelle n’était pas moitié aussi belle, aussi « panachée » de « chinages », aussi grande quant aux dimensions des fleurs, que celles qu’ils avaient obtenues depuis longtemps chez la princesse. III

 

Ajoutez des Japonais :

Plus tard, il arrive que devenus habiles dans la culture de nos plaisirs, nous nous contentions de celui que nous avons à penser à une femme comme je pensais à Gilberte, sans être inquiets de savoir si cette image correspond à la réalité, et aussi de celui de l’aimer sans avoir besoin d’être certain qu’elle nous aime ; ou encore que nous renoncions au plaisir de lui avouer notre inclination pour elle, afin d’entretenir plus vivace l’inclination qu’elle a pour nous, imitant ces jardiniers japonais qui pour obtenir une plus belle fleur, en sacrifient plusieurs autres. I

 

Ah, les (faux) jardins japonais de mon enfance ! Une vraie madeleine.

1155 Jardins japonais

J’en ai tant offert de ce genre pour la Fêtes des Mères que Maman a dû en être dégoûtée pour toujours, mais elle ne l’a jamais montré.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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