Subjonctifs fautifs

Subjonctifs fautifs

 

Que dit l’Académie française ? « À la différence de avant que, qui implique une notion d’éventualité, après que, marquant que l’on considère le fait comme accompli, introduit une subordonnée dont le verbe doit être mis à l’indicatif. »

 

Et alors ? Proust se serait-il mis la plume dans l’œil dans l’utilisation de cette locution conjonctive ? La question m’est directement posée sur Twitter :

 

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@LegendusEst

@GerardAraud: on se souvient toutefois d’1 occurrence « après que + subjonctif » dans LaRecherche. Mais où? @cfj71

 

« @cfj71″, c’est mon pseudo (mon école de journalisme et l’année de ma sortie) et je suis donc prié, voire sommé, de répondre. Je m’exécute avec joie, pas peu fier que l’on se tourne vers moi, ainsi considéré comme un bon connaisseur du texte proustien.

L’écrivain utilise 88 fois « après que » ou « après qu’ ». Sauf erreur de ma part, il y a cinq — et non une — occurrences fautives d’un subjonctif :

*après que j’eusse salué ces jeunes filles II

*après que Bloch eût pris à part l’Ambassadeur III

*après que le groupe des quatre fût désuni III

*après qu’elle m’eût dit que pendant quelques jours elle ne me quitterait pas IV

*ma surprise augmenta quand j’appris qu’après qu’on eût été obligé enfin de lui dire la vérité, la duchesse pleura toute une journée VII

 

Mission accompli.

Satisfaits ? Je l’espère après que vous m’ayez avez lu.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

13 comments to “Subjonctifs fautifs”

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  1. Etonnant que Proust ait réitéré ce genre d’erreur qui saute aux yeux de moins avertis que lui. N’y aurait il pas plutôt une erreur typographique qui se serait perpétuée par respect pour l’auteur. Cette faute existe-t-elle dans les manuscrits?

    • Moi, ça me rassure plutôt que Proust fasse des fautes (j’en ai recensé quelques-unes, notamment dans la chronique Quand Proust écrit mal). Luc Fraisse nous dirait sans doute qu’il ne faut pas y attacher de l’importance, les correcteurs s’étant chargé de faire des modifications.
      Pour le reste, je possède peu de manuscrits de l’ami Marcel… (J’en ai bien d’un ami, Marcel Piju, mais ça ne remplace pas !).

  2. Pour les formes pût et eût, il faut préciser que, dans les manuscrits, il est toujours à peu près impossible de préciser si Proust a mis un accent circonflexe ou pas du tout. Cela a parfois son importance, par exemple dans une relative, où le subjonctif ajoute une nuance par exemple consécutive. En principe à l’époque de Proust, on savait qu’après que est suivi de l’indicatif (de même qu’on savait que sans que est suivi d’un verbe sans négation). Cela dit (ceci dit, comme on dit aujourd’hui), dans le premier cas, après que j’eusse, le subjonctif semble bien là par la volonté de Proust. Cela arrive quand la conjonctive par après que est elle-même prise dans un système de subordination (qui l’englobe donc), entraînant une coloration au subjonctif de toutes les propositions, du genre: cela arrivait après que j’eusse (après que j’ai produirait un effet curieux). C’est peut-être le cas dans la phrase des Jeunes filles, que je n’ai pas encore localisée.
    De manière générale, Patrice Louis a raison, on rencontre quelques incorrections chez Proust. Mais en général, sa syntaxe est très correcte, dans toutes ses subtilités et dans les phrases apparemment les plus enchevêtrées. Proust connaît sa langue française sur le bout du doigt, même s’il écrit à Mme Straus en 1908 que les vrais défenseurs de la langue sont ceux qui l’attaquent.

    • Gagné ! Je savais que Luc Fraisse rôdait pas loin — c’est un honneur qu’il me fait…
      Pour l’extrait d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs, c’est celui-ci :
      Albertine avait beau savoir qui étaient les Ambresac, comme qui peut le plus ne peut pas forcément le moins, je ne la trouvai pas, après que j’eusse salué ces jeunes filles, plus disposée à me faire connaître ses amies.

  3. Alors, commentaire d’un littéraire non linguiste toutefois: Proust aurait pu écrire, après que j’avais salué, ou tout simplement, après que j’eus salué ; son intuition l’a guidé vers un subjonctif, qui est le mode subjectif, le mode du point de vue, à cause de « j’avais trouvé ».
    Après que j’eus salué insisterait sur le fait de saluer, d’avoir salué ; que j’eusse salué contient l’idée: considérant que j’avais salué, eu égard au fait que j’avais salué.
    Mais d’autres qui lisent ce forum doivent être plus compétents que moi pour le fonctionnement de la langue.

  4. Au lieu de faire une réponse raisonnablement intuitive, j’aurais su donner des règles !

  5. Je suis en totale déroute !

  6. Pourquoi pas après que j’ai eu ?

  7. Etant donné que, comme le dit Luc Fraisse, il est à peu près impossible de préciser dans les manuscrits si Proust a mis un accent circonflexe ou pas, quelqu’un a bien du décider d’en mettre un ou pas, fautivement ou non. Dans les cas précis sujets de cette chronique, que disent les manuscrits? S’il est clair que l’accent a été mis par Proust, il est fautif aux yeux de l’Académie, sinon, quelqu’un d’autre a péché.

    • Quelle référence préférez-vouds, Fétiveau : Saint-Just ou Paul Quilès menaçant au congrès du PS à Valence en 1981 : « Il ne suffit pas de dire que des têtes vont tomber ; il faut dire lesquelles et le dire vite ! » ?

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