Quelle tuerie !

Quelle tuerie !

 

Tout mot peut avoir un sens propre et un figuré… Ainsi, dès le début de Du côté de chez Swann qui ouvre la Recherche, les joues humaines et celles de l’oreiller : « J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance. »

 

Il est un mot dans l’œuvre de Proust qui n’existe qu’au sens figuré. Utilisé trois fois, sortant de trois bouches féminines, il désigne des réceptions mondaines : « tuerie ».

 

*[Odette à Swann :] [Herbinger] a donné un bal, l’autre soir, il y avait tout ce qu’il y a de chic à Paris. Ce que j’aurais aimé y aller ! mais il fallait présenter sa carte d’invitation à la porte et je n’avais pas pu en avoir. Au fond j’aime autant ne pas y être allée, c’était une tuerie, je n’aurais rien vu. C’est plutôt pour pouvoir dire qu’on était chez Herbinger. Et tu sais, moi, la gloriole ! Du reste, tu peux bien te dire que sur cent qui racontent qu’elles y étaient, il y a bien la moitié dont ça n’est pas vrai… Mais ça m’étonne que toi, un homme si « pschutt », tu n’y étais pas. I

*— Qu’est-ce qu’il y a chez la princesse ? demanda Swann.

— Presque rien, se hâta de répondre le duc à qui la question de Swann avait fait croire qu’il n’était pas invité.

— Mais comment, Basin ? C’est-à-dire que tout le ban et l’arrière-ban sont convoqués. Ce sera une tuerie à s’assommer. III

*« Mais comment venez-vous dans des matinées si nombreuses ? me demanda Gilberte. Vous retrouver dans une grande tuerie comme cela, ce n’est pas ainsi que je vous schématisais. Certes, je m’attendais à vous voir partout ailleurs qu’à un des grands tralalas de ma tante, puisque tante il y a » VII

 

Censé dissuader, le mot incite. Ah, la nature humaine !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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