C’est assommant !

C’est assommant !

 

Proust aurait pu écrire « ennuyant », « empoisonnant », « bassinant », mais il ne l’a pas fait.

Il aurait pu se contenter de « rasant » (la vie pour Mme de Citri, ses études pour Gilberte) et de « barbant » (Gisèle pour Albertine), mais il a préféré un autre synonyme, « assommant »

Les personnages d’À la recherche du temps perdu en raffolent. Il surgit vingt-six fois auxquelles il convient d’ajouter les dix des déclinaisons d’« assommer ». Tous les milieux sont concernés (avec une palme pour Oriane de Guermantes qui en abuse) et les motifs de plaintes variés :

 

*les journaux pour le grand-père ;

*la clarté du jour et des yeux qui vous voient lire pour Mlle Vinteuil ;

*le dimanche pour des personnes en villégiature à Balbec non invitées par les Cambremer ;

*la généalogie, les abords de l’Olympia, la maison de son oncle le prince de Guermantes, des militaires de Doncières, le Héros refusant de briller devant Rachel pour Saint-Loup ;

*une réception chez la princesse de Ligne, le Tristan de Wagner, la vie, une discussion sur la généalogie, une soirée chez sa cousine la princesse, Argencourt, l’historien de la Fronde et son mari discutant de l’affaire Dreyfus, les gens bien élevés pour la duchesse de Guermantes ;

*Mme d’Arpajon pour Basin (selon Oriane) ;

*un article de journal sur l’affaire Dreyfus pour un patron de café ;

*Balbec à Pâques, Paris une certaine année (selon Andrée), une dame d’Infreville, Andrée pour Albertine ;

*un de ses mercredis raté, Swann (deux fois) pour Mme Verdurin ;

*la nouvelle demeure de Saintine pour Charlus ;

*la manière solennelle dont on parle et dont on écrit sur Dostoïevski, la paresse d’Albertine pour le Héros ;

*Méséglise pour Gilberte adulte ;

*une soirée qui finit par une farce pour des dames très bien ;

*tout le monde pour Mme Bontemps ;

*M. de Vaugoubert pour le Quai d’Orsay quand il veut pistonner un jeune homme ;

*les invités de Mme Sazerat pour la mère du Héros ;

*des clients d’un hôtel de Venise qui dînent dans leur chambre sans prévenir pour les serveurs ;

 

Dans cet ensemble, une fois une seule, « assommé » est à prendre au sens propre — ou presque. C’est dans La Prisonnière :

*Tandis que M. de Charlus, assommé sur le coup par les paroles que venait de prononcer Morel et l’attitude de la Patronne, prenait la pose de la nymphe en proie à la terreur panique…

 

S’il n’y a pas d’« ennuyant », en revanche, les « ennuyeux » sont nombreux dans la Recherche. Si ça ne vous ennuie pas, nous le examinerons leur sort demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits

[Le grand-père du Héros :] les assommants journaux que nous nous croyons obligés de lire matin et soir. I

*Bientôt elle [Mlle Vinteuil] se leva, feignit de vouloir fermer les volets et de n’y pas réussir.

— Laisse donc tout ouvert, j’ai chaud, dit son amie.

— Mais c’est assommant, on nous verra, répondit Mlle Vinteuil.

Mais elle devina sans doute que son amie penserait qu’elle n’avait dit ces mots que pour la provoquer à lui répondre par certains autres qu’elle avait en effet le désir d’entendre, mais que par discrétion elle voulait lui laisser l’initiative de prononcer. Aussi son regard que je ne pouvais distinguer, dut-il prendre l’expression qui plaisait tant à ma grand’mère, quand elle ajouta vivement :

— Quand je dis nous voir, je veux dire nous voir lire, c’est assommant, quelque chose insignifiante qu’on fasse, de penser que des yeux vous voient. I

*[Mme Verdurin sur Swann :] il est assommant, bête et mal élevé. I

*Mme Bontemps se plaignait de l’ennui que lui causaient les femmes des hommes politiques, car elle affectait de trouver tout le monde assommant et ridicule, II

*plusieurs fiacres loués attendaient non seulement les personnes qui étaient invitées au château de Féterne chez Mme de Cambremer, mais celles qui plutôt que de rester là comme des enfants punis déclaraient que le dimanche était un jour assommant à Balbec et partaient dès après déjeuner se cacher dans une plage voisine ou visiter quelque site, II

*[Saint-Loup :] vous n’allez pas me faire parler généalogie, je ne sais rien de plus assommant, de plus périmé, vraiment l’existence est trop courte. II

* Plusieurs fois entrèrent l’un ou l’autre des camarades de Saint-Loup. Il les jetait à la porte.

— Allons, fous le camp.

Je lui demandais de les laisser rester.

— Mais non, ils vous assommeraient : ce sont des êtres tout à fait incultes, qui ne peuvent parler que courses, si ce n’est pansage. III

*[Saint-Loup] Un instant les abords de l’Olympia, qui jusque-là lui avaient paru assommants, excitèrent sa curiosité, sa souffrance, et le soleil de ce jour printanier donnant dans la rue Caumartin où, peut-être, si elle n’avait pas connu Robert, Rachel fût allée tantôt et eût gagné un louis, lui donnèrent une vague nostalgie. III

*Robert était seulement fâché que je ne voulusse pas briller davantage aux yeux de sa maîtresse.

— Voyons, ce monsieur que tu as rencontré ce matin et qui mêle le snobisme et l’astronomie, raconte-le-lui, je ne me rappelle pas bien — et il la regardait du coin de l’œil.

— Mais, mon petit, il n’y a rien à dire d’autre que ce que tu viens de dire.

— Tu es assommant. III

*[Oriane à Argencourt, à l’historien de la Fronde et à son mari :] — Je vous trouve tous aussi assommants, les uns que les autres avec cette affaire [Dreyfus], dit la duchesse de Guermantes qui, au point de vue mondain, tenait toujours à montrer qu’elle ne se laissait mener par personne. III

*— Eh bien ! je vous quitte, me dit comme à regret Mme de Guermantes. Il faut que j’aille une seconde chez la princesse de Ligne. Vous n’y allez pas ? Non, vous n’aimez pas le monde ? Vous avez bien raison, c’est assommant. Si je n’étais pas obligée ! Mais c’est ma cousine, ce ne serait pas gentil. III

*En politique, le patron du café où je venais d’arriver n’appliquait depuis quelque temps sa mentalité de professeur de récitation qu’à un certain nombre de morceaux sur l’affaire Dreyfus. S’il ne retrouvait pas les termes connus dans les propos d’un client où les colonnes d’un journal, il déclarait l’article assommant, ou le client pas franc. III

*[]La duchesse de Guermantes] Elle donne tout Molière pour un vers de l‘Étourdi, tout Hugo pour un vers et demi de Musset :

Jamais d’un œil plus pur

Sondé la profondeur et réfléchi l’azur.

Et tout en trouvant le Tristan de Wagner assommant, en sauvera une « jolie note de cor », au moment où passe la chasse. III

*— Mme d’Arpajon aime beaucoup la poésie, dit à Mme de Guermantes la princesse de Parme, impressionnée par le ton ardent avec lequel le discours avait été prononcé.

— Non, elle n’y comprend absolument rien, répondit à voix basse Mme de Guermantes, qui profita de ce que Mme d’Arpajon, répondant à une objection du général de Beautreillis, était trop occupée de ses propres paroles pour entendre celles que chuchota la duchesse. « Elle devient littéraire depuis qu’elle est abandonnée. Je dirai à Votre Altesse que c’est moi qui porte le poids de tout ça, parce que c’est auprès de moi qu’elle vient gémir chaque fois que Basin n’est pas allé la voir, c’est-à-dire presque tous les jours. Ce n’est tout de même pas ma faute si elle l’ennuie, et je ne peux pas le forcer à aller chez elle, quoique j’aimerais mieux qu’il lui fût un peu plus fidèle, parce que je la verrais un peu moins. Mais elle l’assomme et ce n’est pas extraordinaire. Ce n’est pas une mauvaise personne, mais elle est ennuyeuse à un degré que vous ne pouvez pas imaginer. Elle me donne tous les jours de tels maux de tête que je suis obligée de prendre chaque fois un cachet de pyramidon. Et tout cela parce qu’il a plu à Basin pendant un an de me trompailler avec elle. Et avoir avec cela un valet de pied qui est amoureux d’une petite grue et qui fait des têtes si je ne demande pas à cette jeune personne de quitter un instant son fructueux trottoir pour venir prendre le thé avec moi ! Oh ! la vie est assommante », conclut langoureusement la duchesse.

Mme d’Arpajon assommait surtout M. de Guermantes parce qu’il était depuis peu l’amant d’une autre que j’appris être la marquise de Surgis-le-Duc. III

*Mme de Guermantes me tira de ma rêverie.

— Moi, je trouve tout cela assommant. Écoutez, ce n’est pas toujours aussi ennuyeux chez moi. J’espère que vous allez vite revenir dîner III

*— Qu’est-ce qu’il y a chez la princesse [de Guermantes] ? demanda Swann.

— Presque rien, se hâta de répondre le duc à qui la question de Swann avait fait croire qu’il n’était pas invité.

— Mais comment, Basin ? C’est-à-dire que tout le ban et l’arrière-ban sont convoqués. Ce sera une tuerie à s’assommer. III

*Mais à défaut des plaisirs sacrifiés à l’ingratitude du quai d’Orsay, M. de Vaugoubert — et c’est pour cela qu’il aurait voulu plaire encore — avait de brusques élans de cœur. Dieu sait de combien de lettres il assommait le ministère (quelles ruses personnelles il déployait, combien de prélèvements il opérait sur le crédit de Mme de Vaugoubert qu’à cause de sa corpulence, de sa haute naissance, de son air masculin, et surtout à cause de la médiocrité du mari, on croyait douée de capacités éminentes et remplissant les vraies fonctions de ministre) pour faire entrer sans aucune raison valable un jeune homme dénué de tout mérite dans le personnel de la légation. IV

*C’était Saint-Loup. Je lui dis combien je trouvais la demeure belle. « Oui, ça fait assez monument historique. Moi, je trouve ça assommant. Ne nous mettons pas près de mon oncle Palamède, sans cela nous allons être happés. IV

*[Albertine au Héros :] « Balbec est assommant cette année, me dit-elle. Je tâcherai de ne pas rester longtemps. Vous savez que je suis ici depuis Pâques, cela fait plus d’un mois. Il n’y a personne. Si vous croyez que c’est folichon. » IV

*Albertine me faisait les protestations de tendresse les plus passionnées. Elle regardait l’heure parce qu’elle devait aller faire une visite à une dame qui recevait, paraît-il, tous les jours à cinq heures, à Infreville. Tourmenté d’un soupçon et me sentant d’ailleurs souffrant, je demandais à Albertine, je la suppliais de rester avec moi. C’était impossible (et même elle n’avait plus que cinq minutes à rester) parce que cela fâcherait cette dame, peu hospitalière et susceptible, et, disait Albertine, assommante. IV

*[Mme Verdurin au Héros :] Enfin vous verrez que ce sera un de mes mercredis les plus réussis, je ne veux pas avoir de femmes embêtantes. Du reste, ne jugez pas par celui de ce soir, il était tout à fait raté. Ne protestez pas, vous n’avez pas pu vous ennuyer plus que moi, moi-même je trouvais que c’était assommant. Ce ne sera pas toujours comme ce soir, vous savez ! Du reste, je ne parle pas des Cambremer, qui sont impossibles, mais j’ai connu des gens du monde qui passaient pour être agréables, hé bien ! à côté de mon petit noyau cela n’existait pas. Je vous ai entendu dire que vous trouviez Swann intelligent. D’abord, mon avis est que c’est très exagéré, mais sans même parler du caractère de l’homme, que j’ai toujours trouvé foncièrement antipathique, sournois, en dessous, je l’ai eu souvent à dîner le mercredi. Hé bien, vous pouvez demander aux autres, même à côté de Brichot, qui est loin d’être un aigle, qui est un bon professeur de seconde que j’ai fait entrer à l’Institut tout de même, Swann n’était plus rien. Il était d’un terne ! » Et comme j’émettais un avis contraire : « C’est ainsi. Je ne veux rien vous dire contre lui, puisque c’était votre ami ; du reste, il vous aimait beaucoup, il m’a parlé de vous d’une façon délicieuse, mais demandez à ceux-ci s’il a jamais dit quelque chose d’intéressant, à nos dîners. C’est tout de même la pierre de touche. Hé bien ! je ne sais pas pourquoi, mais Swann, chez moi, ça ne donnait pas, ça ne rendait rien. Et encore le peu qu’il valait il l’a pris ici. » J’assurai qu’il était très intelligent. « Non, vous croyiez seulement cela parce que vous le connaissiez depuis moins longtemps que moi. Au fond on en avait très vite fait le tour. Moi, il m’assommait. (Traduction : il allait chez les La Trémoïlle et les Guermantes et savait que je n’y allais pas.) Et je peux tout supporter, excepté l’ennui. Ah! ça, non ! » L’horreur de l’ennui était maintenant chez Mme Verdurin la raison qui était chargée d’expliquer la composition du petit milieu. Elle ne recevait pas encore de duchesses parce qu’elle était incapable de s’ennuyer, comme de faire une croisière, à cause du mal de mer. IV

 

*[Charlus à Mme Verdurin :] « Mais en ce qui me concerne, je vis en philosophe qui assiste avec curiosité aux réactions sociales que j’ai prédites, mais n’y aide pas. Aussi ai-je continué à fréquenter Saintine, qui a toujours eu pour moi la déférence chaleureuse qui convenait. J’ai même dîné chez lui, dans sa nouvelle demeure, où on s’assomme autant, au milieu du plus grand luxe, qu’on s’amusait jadis quand, tirant le diable par la queue, il assemblait la meilleure compagnie dans un petit grenier. Vous pouvez donc l’inviter, j’autorise, mais je frappe de mon veto tous les autres noms que vous me proposez. V

*Tandis que M. de Charlus, assommé sur le coup par les paroles que venait de prononcer Morel et l’attitude de la Patronne, prenait la pose de la nymphe en proie à la terreur panique, M. et Mme Verdurin s’étaient retirés vers le premier salon, comme en signe de rupture diplomatique, laissant seul M. de Charlus tandis que, sur l’estrade, Morel enveloppait son violon. V

*[Le Héros à Albertine :] Ce qui m’assomme, c’est la manière solennelle dont on parle et dont on écrit sur Dostoïevski. […] Il y a, chez Dostoïevski, cette maussaderie anticipée des primitifs que les disciples éclairciront. — Mon petit, comme c’est assommant que vous soyez si paresseux. Regardez comme vous voyez la littérature d’une façon plus intéressante qu’on ne nous la faisait étudier ; les devoirs qu’on nous faisait faire sur Esther : « Monsieur », vous vous rappelez », me dit-elle en riant, moins pour se moquer de ses maîtres et d’elle-même que pour le plaisir de retrouver dans sa mémoire, dans notre mémoire commune, un souvenir déjà un peu ancien. V

*[Albertine :] « D’ailleurs, Andrée m’exaspère. Elle est assommante. Je ne veux plus sortir avec elle. V

*Malgré que ce fût son jour, et après avoir hésité, maman était allée déjeuner chez Mme Sazerat, pensant que, comme Mme Sazerat savait toujours vous inviter avec des gens ennuyeux, elle pourrait, sans manquer aucun plaisir, rentrer tôt. Elle était, en effet, revenue à temps et sans regrets, Mme Sazerat n’ayant eu chez elle que des gens assommants que glaçait déjà la voix particulière qu’elle prenait quand elle avait du monde, ce que maman appelait sa voix du mercredi. VI

*[Andrée au Héros :] Vous rappelez-vous la première année où vous êtes venu à Balbec, l’année où vous nous avez connues ? Un beau jour elle s’est fait envoyer une dépêche qui la rappelait à Paris, c’est à peine si on a eu le temps de faire ses malles. Or elle n’avait aucune raison de partir. Tous les prétextes qu’elle a donnés étaient faux. Paris était assommant pour elle à ce moment-là. Nous étions toutes encore à Balbec. Le golf n’était pas fermé, et même les épreuves pour la grande coupe, qu’elle avait tant désirée, n’étaient pas finies. Sûrement c’est elle qui l’aurait eue. Il n’y avait que huit jours à attendre. Eh bien, elle est partie au galop ! VI

*[À Venise] Deux garçons causaient en un italien que je traduis :

« Est-ce que les vieux mangent dans leur chambre ? Ils ne préviennent jamais. C’est assommant, je ne sais jamais si je dois garder leur table (non so se bisogna conservar loro la tavola). Et puis, tant pis s’ils descendent et qu’ils la trouvent prise ! Je ne comprends pas qu’on reçoive des forestieri comme ça dans un hôtel aussi chic. C’est pas le monde d’ici. » VI

*[Gilbert au Héros dans une lettre :] « Vous n’avez pas idée de ce que c’est que cette guerre, mon cher ami, et de l’importance qu’y prend une route, un pont, une hauteur. Que de fois j’ai pensé à vous, aux promenades grâce à vous rendues délicieuses que nous faisions ensemble dans tout ce pays aujourd’hui ravagé, alors que d’immenses combats se livrent pour la possession de tel chemin, de tel coteau que vous aimiez, où nous sommes allés si souvent ensemble. Probablement vous comme moi, vous ne vous imaginiez pas que l’obscur Roussainville et l’assommant Méséglise d’où on nous portait nos lettres, et où on était allé chercher le docteur quand vous avez été souffrant, seraient jamais des endroits célèbres. Eh bien, mon cher ami, ils sont à jamais entrés dans la gloire au même titre qu’Austerlitz ou Valmy. VII

* La duchesse hésitait encore par peur d’une scène de M. de Guermantes, devant Balthy et Mistinguett, qu’elle trouvait adorables mais avait décidément Rachel pour amie. Les nouvelles générations en concluaient que la duchesse de Guermantes, malgré son nom, devait être quelque demi castor qui n’avait jamais été tout à fait du gratin. Il est vrai que pour quelques souverains dont l’intimité lui était disputée par deux autres grandes dames, Mme de Guermantes se donnait encore la peine de les avoir à déjeuner. Mais d’une part ils viennent rarement, connaissent des gens de peu, et la duchesse par la superstition des Guermantes à l’égard du vieux protocole (car à la fois les gens bien élevés l’assommaient, et elle tenait à la bonne éducation) faisait mettre : « Sa Majesté a ordonné à la duchesse de Guermantes, a daigné », etc. Et les nouvelles couches ignorantes de ces formules en concluaient que la position de la duchesse était d’autant plus basse. Au point de vue de Mme de Guermantes, cette intimité avec Rachel pouvait signifier que nous nous étions trompés quand nous croyions Mme de Guermantes hypocrite et menteuse dans ses condamnations de l’élégance, quand nous croyions qu’au moment où elle refusait d’aller chez Mme de Sainte-Euverte, ce n’était pas au nom de l’intelligence mais du snobisme qu’elle agissait ainsi, ne la trouvant bête que parce que la marquise laissait voir qu’elle était snob, n’ayant pas encore atteint son but. Mais cette intimité avec Rachel pouvait signifier aussi que l’intelligence était en réalité chez la duchesse médiocre, insatisfaite et désireuse sur le tard, quand elle était fatiguée du monde, de réalisations, par ignorance totale des véritables réalités intellectuelles et une pointe de cet esprit de fantaisie qui fait à des dames très bien qui se disent : « comme ce sera amusant », finir leur soirée d’une façon à vrai dire assommante, en faisant la farce d’aller réveiller quelqu’un, à qui finalement on ne sait que dire, près du lit de qui on reste un moment dans son manteau de soirée, après quoi, ayant constaté qu’il est fort tard, on finit par aller se coucher. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et