À propos de bottes

À propos de bottes

 

Le mot apparaît dix fois dans À la Recherche du temps perdu… Est-ce pour désigner un type de chaussure montante ou un assemblage de végétaux de même nature liés ensemble ? Les deux, mais lequel l’emporte-t-il sur l’autre ? Vous avez une seconde pour répondre.

Perdu ! C’est la seconde botte la plus citée : six contre quatre.

 

Réglons d’abord l’affaire du titre de cette chronique. Certains — rares — parlent de se fâcher « à propos de bottes » ou commencent une phrase par la formule suivie d’une phrase qui n’a rien à voir. C’est là le sens de l’expression, un coq-à-l’âne sans rime ni raison enchaînant sans logique deux éléments. Exemple : À propos de bottes, je vous signale que Proust préférait les hommes.

 

Nous pouvons maintenant examiner celles qui se trouvent dans son œuvre. Quatre se portent au pied : petites bottes de cuir rouge (IV) ; bottes de sept lieues (IV) ; [un marquis] venu « au train », en bottes et le chapeau orné d’une plume de faisan (V) ; [des soldats qui] lécheront les bottes des Boches (VII).

 

Six se mangent, composées d’asperges, de carottes et de radis :

*[Le duc de Guermantes :] Swann avait le toupet de vouloir nous faire acheter une Botte d’Asperges. Elles sont même restées ici quelques jours. Il n’y avait que cela dans le tableau, une botte d’asperges précisément semblables à celles que vous êtes en train d’avaler. Mais moi je me suis refusé à avaler les asperges de M. Elstir. Il en demandait trois cents francs. Trois cents francs une botte d’asperges ! Un louis, voilà ce que ça vaut, même en primeurs ! Je l’ai trouvée roide. III

1 Asperges

*« Une autre de mes grandes admirations, lui dis-je, c’est Elstir. Il paraît que la duchesse de Guermantes en a de merveilleux, notamment cette admirable botte de radis que j’ai aperçue à l’Exposition et que j’aimerais tant revoir ; quel chef-d’œuvre que ce tableau ! » Et en effet, si j’avais été un homme en vue, et qu’on m’eût demandé le morceau de peinture que je préférais, j’aurais cité cette botte de radis.

— Un chef-d’œuvre ? s’écria M. de Norpois avec un air d’étonnement et de blâme. Ce n’a même pas la prétention d’être un tableau, mais une simple esquisse (il avait raison). III

2 Radis

*« La Valence, la belle Valence, la fraîche orange », les modestes poireaux eux-mêmes : « Voilà d’beaux poireaux », les oignons : « Huit sous mon oignon », déferlaient pour moi comme un écho des vagues où, libre, Albertine eût pu se perdre, et prenaient ainsi la douceur d’un Suave mari magno.

Voilà des carottes

À deux ronds la botte.

« Oh ! s’écria Albertine, des choux, des carottes, des oranges. Voilà rien que des choses que j’ai envie de manger. Faites-en acheter par Françoise. Elle fera les carottes à la crème. V

3 Carottes

Désolé, mais une expression s’impose à moi : Ça m’botte !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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