Un anglicisme digne d’Odette à Illiers-Combray

Un anglicisme digne d’Odette à Illiers-Combray

 

Une municipalité doit-elle donner l’exemple pour les bons usages ?

Que cela lui plaise ou non, elle est une référence et la réponse est donc « oui ».

C’est encore plus vrai qu’elle-même demande à ses administrés de se montrer bons citoyens — ainsi quand elle conseille aux propriétaires de chiens de « ramasser les déjections canines ».

Où veux-tu nous mener, fou de Proust ?

Je découvre en lisant le journal local que la ville est dotée d’une installation sportive qui semble séduire, trouver son public comme on dit. Installée sur le terrain des écoles (compte-rendu du conseil municipal du 11 juin 2015 présidé par le maire), elle « fait recette auprès des jeunes » (L’Écho républicain du 14 août 2016).

Son nom : le citystade ! Quelle horreur !

La cité immortalisée par l’un des plus grands écrivains français choisit d’appeler par un anglicisme crétin un de ses lieux d’animation. Pire, ses élus l’écrivent en un seul mot, terme inconnu dans la langue de Shakespeare. Mon Robert & Collins ignore tout de « stade » et ne connaît que « stadium ». Crétin et fautif ! Pauvre William, pauvre Marcel !

Comment voulez-vous que nous respections la langue française quand nos élus — c’est nous qui les avons hissés là — malmènent ce bien commun qu’est la langue française. Chacun d’entre nous en est dépositaire et les maires, en première ligne, se doivent d’être exemplaires.

 

À la recherche du temps perdu nous offre quantité de ces anglicismes dont Odette se délecte : babys, cab, crack, cup of tea, darling, dominions, fair play, fishing for compliments, five o-clock, footing, gentleman, good bye, hansom cab, home, leader article, to meet, my dear, my love, « Mr », patronizing, private, pushing, the right man in the right place, royalties, smart, sweaters, toasts, tommies, tract, tub…

 

J’imagine en pouffant le maire d’Illiers-Combray, dans une posture odettienne, le petit doigt en l’air, invitant à profiter de son « citystade ».

 

Je n’ai pas à dire comment doit corriger cet affreux nom. Il y a l’embarras du choix : terrain multisports, stade citadin, centre sportif… D’ailleurs, pourquoi la mairie d’Illiers-Combray ne consulte-t-elle pas les habitants ? Comment les conseillers ont-ils trouvé « ça » ? Qui leur a soufflé ? Y a-t-il eu débat ? Sont-ils fiers de leur trouvaille ? Ont-ils conscience de se montrer navrants devant les jeunes ?

Moi, j’aurais honte. Je sais, il y a des sujets plus dramatiques, mais la langue française — notre trésor — mérite des égards. — à plus forte raison au pays de Proust.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Un anglicisme digne d’Odette à Illiers-Combray”

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  1. Un exemple parmi des milliers d’autres tout aussi accablants.
    A propos de city, j’ai lu par exemple des articles qui parlaient de Mexico city ou de Koweit city!

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