Réponses et résultats du quizz n° 6

Réponses et résultats du quizz n° 6

 

D’abord, toutes mes félicitations aux participant(e)s de mon Questionnaire estival 2016 qui ont dû affronter quelques chausse-trapes.

Une fois de plus, confrontés à des questions ardues, pointues ou tordues, ils et elles ont montré leurs connaissances en proustisme. J’en suis bluffé.

 

Ensuite, mes excuses pour la mauvaise formulation de la question 8 (sur les empêchements d’aller à Balbec). J’en suis désolé et en ai tenu compte.

 

Ont répondu : Thierry (30 jours sur 30), Fetiveau (30), Clopine (29), Marcelita (28), Gisèle (19), Youille (14), Capucine (2), Thiago (1) et Nicolas (1).

 

Ont fourni des bonnes réponses : Thierry (30 fois, dont 1 aux 2/3), Clopine (25,5, dont 3 à moitié), Marcelita (23, dont 2 à moitié), Fetiveau (17,5, dont 4 à moitié), Gisèle (14,5, dont 3 à moitié), Youille (6,5, dont 3 à moitié et 1 au tiers), Capucine (2 fois, dont 1 à moitié), Nicolas (1 fois) et Thiago (1/2 fois).

[Sauf erreur de ma part. Toute contestation sera traitée par les tribunaux de la juridiction de Paris.]

Même si chacun(e) peut estimer avoir gagné, le vainqueur objectif est Thierry. Encore ? Oui, encore ! Sur les trois Quizz répertoriés, il l’a toujours emporté (une fois à égalité avec Clopine).

 

Cet été, il a partiellement chuté sur la question 21 sur les activités de Théodore, ce qui l’empêche de totaliser 30 sur 30, devant se contenter (sic) d’un 29,66.

 

Avec un tel score, c’est Proust réincarné. J’ai naturellement voulu en savoir plus sur lui et l’ai contacté. Vous lirez sa réponse demain, mais, en clin d’œil, voici un mini quizz, à l’aveugle, sur Thierry :

 

Dans quelle tranche d’âge se situe-t-il ?

1) septuagénaire, 2) quinquagénaire, 3) trentenaire

Quelle est son secteur d’activité ?

1) cadre administratif, 2) col bleu, 3) enseignant

Où lit-il Proust ?

1) Dans le Livre de Poche, 2) dans la Pléiade, 3) sur une tablette

 

À demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Quizz VI (questions et réponses)

 

1

Finissez la phrase du Héros : « Pour recommencer à aimer, il faut recommencer à …

1) Fuir, 2) haïr, 3) souffrir

3) Souffrir

Pour recommencer à aimer, il faut recommencer à souffrir. V

 

2

Quel qualificatif la duchesse de Guermantes s’attribue-t-elle ?

1) Campagnarde, 2) paysanne, 3) provinciale

2) Paysanne

*Ça m’étonne même, quand j’y pense, qu’une paysanne comme moi qui n’ai que l’éducation des filles de province, ait aimé du premier coup ces choses-là. VII

Elle est traitée de « campagnarde par sa tante et par le Héros :

*— Non, ce sont des fleurs de pommier, dit la duchesse de Guermantes en s’adressant à sa tante.

— [Mme de Villeparisis :] Ah ! je vois que tu es une bonne campagnarde ; comme moi, tu sais distinguer les fleurs. III

*Je mentirais en disant que, ce côté terrien et quasi paysan qui restait en elle, la duchesse n’en avait pas conscience et ne mettait pas une certaine affectation à le montrer. Mais, de sa part, c’était moins fausse simplicité de grande dame qui joue la campagnarde et orgueil de duchesse qui fait la nique aux dames riches méprisantes des paysans, qu’elles ne connaissent pas, que le goût quasi artistique d’une femme qui sait le charme de ce qu’elle possède et ne va pas le gâter d’un badigeon moderne. V

C’est Mme Cottard qui se dit « provinciale » :

*— Je vais vous paraître bien provinciale, Monsieur, dit Mme Cottard à Swann, I

 

3

Quel voyage spatial est-il envisagé dans la Recherche ?

1) Vers Mars, 2) vers Pluton, 3) vers Vénus

1) et 3) Vers Mars et vers Vénus

*Des ailes, un autre appareil respiratoire, et qui nous permissent de traverser l’immensité, ne nous serviraient à rien, car, si nous allions dans Mars et dans Vénus en gardant les mêmes sens, ils revêtiraient du même aspect que les choses de la Terre tout ce que nous pourrions voir. V

Pluton n’a été découverte qu’en 1930 !

 

4

À quoi sert au gardien du château de Blois la chambre où Marie Stuart faisait sa prière, tel que le raconte Charlus ?

1) Il y fait la sieste 2) il y prend ses repas, 3) il y met ses balais

3) Il y met ses balais

*Il [Charlus] raconta qu’une demeure qui avait appartenu à sa famille, où Marie-Antoinette avait couché, dont le parc était de Lenôtre, appartenait maintenant aux riches financiers Israël, qui l’avaient achetée. « Israël, du moins c’est le nom que portent ces gens, qui me semble un terme générique, ethnique, plutôt qu’un nom propre. On ne sait pas peut-être que ce genre de personnes ne portent pas de noms et sont seulement désignées par la collectivité à laquelle elles appartiennent. Cela ne fait rien ! Avoir été la demeure des Guermantes et appartenir aux Israël !!! s’écria-t-il. Cela fait penser à cette chambre du château de Blois où le gardien qui le faisait visiter me dit : « C’est ici que Marie Stuart faisait sa prière ; et c’est là maintenant où ce que je mets mes balais. » II

 

5

Deux jeunes filles ont dix-sept ans dans la Recherche. Qui est l’intruse ?

1) Une convive d’un restaurant de Rivebelle 2) une marchande de verrerie à Venise 3) une petite crémière blonde à Paris

3) Une petite crémière blonde à Paris

1) Ces galettes de là-bas, on ne sait pas avec quoi c’est fait. Je connais une pauvre fille à qui cela a donné une péritonite qui l’a enlevée en trois jours. Elle n’avait que 17 ans. C’est triste pour sa pauvre mère, ajouta Mme Verdurin, d’un air mélancolique sous les sphères de ses tempes chargées d’expérience et de douleur. (IV)

2) Quant à ma ruine relative, j’en étais d’autant plus ennuyé que mes curiosités vénitiennes s’étaient concentrées depuis peu sur une jeune marchande de verrerie, à la carnation de fleur qui fournissait aux yeux ravis toute une gamme de tons orangés et me donnait un tel désir de la revoir chaque jour que, sentant que nous quitterions bientôt Venise, ma mère et moi, j’étais résolu à tâcher de lui faire à Paris une situation quelconque qui me permît de ne pas me séparer d’elle. La beauté de ses dix-sept ans était si noble, si radieuse, que c’était un vrai Titien à acquérir avant de s’en aller. Et le peu qui me restait de fortune suffirait-il à la tenter assez pour qu’elle quittât son pays et vînt vivre à Paris pour moi seul ? (VI)

 

6

Qui envisage un avenir de président de la République pour lui-même ?

1) Bloch, 2) un chasseur du Grand-Hôtel, 3) le Héros

2) Un chasseur du Grand-Hôtel de Balbec

*Je tombais de sommeil. Je fus monté en ascenseur jusqu’à mon étage non par le liftier, mais par le chasseur louche, qui engagea la conversation pour me raconter que sa sœur était toujours avec le monsieur si riche, et qu’une fois, comme elle avait envie de retourner chez elle au lieu de rester sérieuse, son monsieur avait été trouver la mère du chasseur louche et des autres enfants plus fortunés, laquelle avait ramené au plus vite l’insensée chez son ami. « Vous savez, Monsieur, c’est une grande dame que ma sœur. Elle touche du piano, cause l’espagnol. Et vous ne le croiriez pas, pour la sœur du simple employé qui vous fait monter l’ascenseur, elle ne se refuse rien ; Madame a sa femme de chambre à elle, je ne serais pas épaté qu’elle ait un jour sa voiture. Elle est très jolie, si vous la voyiez, un peu trop fière, mais dame ! ça se comprend. Elle a beaucoup d’esprit. Elle ne quitte jamais un hôtel sans se soulager dans une armoire, une commode, pour laisser un petit souvenir à la femme de chambre qui aura à nettoyer. Quelquefois même, dans une voiture, elle fait ça, et après avoir payé sa course, se cache dans un coin, histoire de rire en voyant rouspéter le cocher qui a à relaver sa voiture. Mon père était bien tombé aussi en trouvant pour mon jeune frère ce prince indien qu’il avait connu autrefois. Naturellement, c’est un autre genre. Mais la position est superbe. S’il n’y avait pas les voyages, ce serait le rêve. Il n’y a que moi jusqu’ici qui suis resté sur le carreau. Mais on ne peut pas savoir. La chance est dans ma famille ; qui sait si je ne serai pas un jour président de la République ? Mais je vous fais babiller (je n’avais pas dit une seule parole et je commençais à m’endormir en écoutant les siennes). Bonsoir, Monsieur. Oh! merci, Monsieur. Si tout le monde avait aussi bon cœur que vous il n’y aurait plus de malheureux. Mais, comme dit ma sœur, il faudra toujours qu’il y en ait pour que, maintenant que je suis riche, je puisse un peu les emmerder. Passez-moi l’expression. Bonne nuit, Monsieur. » IV

 

7

Quel est le lien entre la duchesse de Guermantes et le prince von Faffenheim- Munsterburg-Weinigen ?

1) La couleur des yeux, 2) la nationalité, 3) la parenté

3) Ils sont tous deux cousins du prince de Bulgarie.

*[Le prince Von :] C’est comme le prince de Bulgarie…

— C’est notre cousin, dit la duchesse, il a de l’esprit.

— C’est le mien aussi, dit le prince, (III)

 

8

Qu’est-ce qui empêche le Héros d’aller à Balbec ?

1) Ses cours, 2) Legrandin, 3) le médecin

1) et 2)

*[Legrandin] Croyez-moi, reprit-il avec insistance, les eaux de cette baie, déjà à moitié bretonne, peuvent exercer une action sédative, d’ailleurs discutable, sur un cœur qui n’est plus intact comme le mien, sur un cœur dont la lésion n’est plus compensée. Elles sont contre-indiquées à votre âge, petit garçon. Bonne nuit, voisins, ajouta-t-il en nous quittant avec cette brusquerie évasive dont il avait l’habitude et, se retournant vers nous avec un doigt levé de docteur, il résuma sa consultation : « Pas de Balbec avant cinquante ans et encore cela dépend de l’état du cœur », nous cria-t-il. I

*C’était un grand charme pour moi qui rêvais à tant de voyages et en faisais si peu, de revoir quelqu’un qui faisait partie plus que de mes souvenirs de Balbec, mais de Balbec même, qui y allait tous les ans, qui, quand la fatigue ou mes cours me forçaient à rester à Paris, n’en regardait pas moins, pendant les longues fins d’après-midi de juillet, en attendant que les clients vinssent dîner, le soleil descendre et se coucher dans la mer, à travers les panneaux de verre de la grande salle à manger derrière lesquels, à l’heure où il s’éteignait, les ailes immobiles des vaisseaux lointains et bleuâtres avaient l’air de papillons exotiques et nocturnes dans une vitrine. III

Le médecin, au contraire, l’envie :

*Ce n’était pas la première fois que je sentais que ceux qui aiment et ceux qui ont du plaisir ne sont pas les mêmes. Je croyais désirer aussi profondément Balbec que le docteur qui me soignait et qui me dit s’étonnant, le matin du départ, de mon air malheureux : « Je vous réponds que si je pouvais seulement trouver huit jours pour aller prendre le frais au bord de la mer, je ne me ferais pas prier. Vous allez avoir les courses, les régates, ce sera exquis. » II

 

9

Quelle est l’infirmité du chef du protocole du ministère des Travaux publics ?

1) Il bégaie, 2) il boîte, 3) il est bossu

3) Il est bossu

**[Mme Bontemps à Mme Cottard :]— Mais tenez, Madame, c’est encore comme le chef du protocole qui est bossu, c’est réglé, il n’est pas depuis cinq minutes chez moi que je vais toucher sa bosse. Mon mari dit que je le ferai révoquer. Eh bien ! zut pour le ministère ! Oui, zut pour le ministère ! II

10

Quelle aristocratie Charlus avoue-t-il ne pas connaître ?

1) L’éthiopienne, 2) l’haïtienne 2), 3) la tahitienne

3) La tahitienne

*Je changeai de conversation et lui demandai si la princesse d’Iéna était une personne intelligente. M. de Charlus m’arrêta, et prenant le ton le plus méprisant que je lui connusse :

— Ah ! Monsieur, vous faites allusion ici à un ordre de nomenclature où je n’ai rien à voir. Il y a peut-être une aristocratie chez les Tahitiens, mais j’avoue que je ne la connais pas. III

 

11

Que peut-on lire dans un catalogue d’exposition sous un portrait de jeune femme ?

1) « Amoureuse », 2) « Dromadaire couché, » 3) « Rêveuse »

2) « Dromadaire couché »

*Quelqu’un qui a l’habitude de sourire dans la glace à sa belle figure et à son beau torse, si on lui montre leur radiographie aura, devant ce chapelet osseux, indiqué comme étant une image de lui-même, le même soupçon d’une erreur que le visiteur d’une exposition qui, devant un portrait de jeune femme, lit dans le catalogue : « Dromadaire couché ». III

12

Lequel de ces types de pain est-il cité ?

1) la baguette, 2) la ficelle, 3) la flûte

3 La flûte

*Les petites porteuses de pain se hâtaient d’enfiler dans leur panier les flûtes destinées au « grand déjeuner »

*Quant à la porteuse de pain, par une mauvaise chance, elle avait sonné pendant que Françoise n’était pas là, avait laissé ses flûtes dans la corbeille, sur le palier, et s’était sauvée.

 

13

Dans quoi peut-on faire des découvertes aussi précieuses que celles des Pensées de Pascal ?

1) dans des recettes de cuisine, 2) dans une réclame pour un savon, 3) dans un roman populaire

2) Dans une réclame pour un savon

*À partir d’un certain âge nos souvenirs sont tellement entre-croisés les uns avec les autres que la chose à laquelle on pense, le livre qu’on lit n’a presque plus d’importance. On a mis de soi-même partout, tout est fécond, tout est dangereux, et on peut faire d’aussi précieuses découvertes que dans les Pensées de Pascal dans une réclame pour un savon. VI

 

14

Qui se revendique de gauche ?

1) Bloch, 2) Mme de Cambremer-Legrandin, 3) le maître d’hôtel des Guermantes

2) Mme de Cambremer-Legrandin

*Elle reconnaissait que sa belle-mère avait du mécanisme, perlait les traits. « Jamais on ne me fera dire qu’elle est musicienne », concluait Mme de Cambremer-Legrandin. Parce qu’elle se croyait « avancée » et (en art seulement) « jamais assez à gauche », elle se représentait non seulement que la musique progresse, mais sur une seule ligne, et que Debussy était en quelque sorte un sur-Wagner, encore un peu plus avancé que Wagner. IV

 

15

Qui fait du patinage ?

1) Arnulphe de Surgis, 2) Octave de Balbec, 3) Rachel

3) Rachel

« Tiens, Rachel, tu montes avec nous ? Lucienne et Germaine sont dans le wagon et il y a justement encore de la place ; viens, on ira ensemble au skating ». III

16

Que fait la mère du Héros pendant qu’il se trouve chez la princesse de Guermantes (Mme Verdurin) dans Le Temps retrouvé ?

1) Elle lit Mme de Sévigné, 2) elle prend le thé chez Mme Sazerat, 3) elle reçoit la visite de la princesse de Parme

2) Elle prend le thé chez Mme Sazerat.

*Maman allant justement à un petit thé chez Mme Sazerat, je n’eus aucun scrupule à me rendre à la matinée de la princesse de Guermantes.

C’est dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs que la mère du Héros cite Mme de Sévigné pour la première fois :

*Ma mère voyant que j’avais peine à contenir mes larmes, me disait : « Régulus avait coutume dans les grandes circonstances… Et puis ce n’est pas gentil pour ta maman. Citons Madame de Sévigné, comme ta grand’mère : « Je vais être obligée de me servir de tout le courage que tu n’as pas. »

C’est dans La Fugitive que la princesse de Parme se déplace :

*[elle] avait pensé qu’une visite, chose exceptionnelle de la part de l’Altesse, et surtout une visite de plusieurs heures, fournirait à ma mère, sous une forme indirecte et tout aussi persuasive, cette explication, ce qui arriva en effet.

 

17

Que font les roulements du tonnerre dans les lilas du jardin ?

1) ils barrissent, 2) ils mugissent, 3) ils roucoulent

3) Ils roucoulent

*c’est sans tristesse que j’entendais au fond du jardin les derniers roulements du tonnerre roucouler dans les lilas. I

 

18

Qui n’a pas de fille ?

1) Françoise, 2) Legrandin, 3) Percepied, 4) Swann, 5) Vinteuil

2) Legrandin

Celle de Françoise s’appelle Marguerite, celle du docteur se marie à l’église de Combray, celle de Swann qu’il a eu avec Odette est Gilberte et celle du musicien est lesbienne.

 

19

Qui trempe ses croissants ?

1) Gilberte, 2) le Héros, 3) Mme Verdurin

2) et 3)

*Avec une familiarité que je ne retouche pas, malgré les éloges (qui ne sont pas ici pour me louer, mais pour louer le génie étrange de Céleste) et les critiques, également fausses, mais très sincères, que ces propos semblent comporter à mon égard, tandis que je trempais des croissants dans mon lait, Céleste me disait : « Oh ! petit diable noir aux cheveux de geai, ô profonde malice ! je ne sais pas à quoi pensait votre mère quand elle vous a fait, car vous avez tout d’un oiseau. Regarde, Marie, est-ce qu’on ne dirait pas qu’il se lisse ses plumes, et tourne son cou avec une souplesse, il a l’air tout léger, on dirait qu’il est en train d’apprendre à voler. Ah! vous avez de la chance que ceux qui vous ont créé vous aient fait naître dans le rang des riches ; qu’est-ce que vous seriez devenu, gaspilleur comme vous êtes. Voilà qu’il jette son croissant parce qu’il a touché le lit. Allons bon, voilà qu’il répand son lait, attendez que je vous mette une serviette car vous ne sauriez pas vous y prendre, je n’ai jamais vu quelqu’un de si bête et de si maladroit que vous. » On entendait alors le bruit plus régulier de torrent de Marie Gineste qui, furieuse, faisait des réprimandes à sa sœur : « Allons, Céleste, veux-tu te taire ? Es-tu pas folle de parler à Monsieur comme cela ? » Céleste n’en faisait que sourire IV

*Mme Verdurin souffrant pour ses migraines de ne plus avoir de croissant à tremper dans son café au lait, avait obtenu de Cottard une ordonnance qui lui permettait de s’en faire faire dans certain restaurant, dont nous avons parlé. Cela avait été presque aussi difficile à obtenir des pouvoirs publics que la nomination d’un général. Elle reprit son premier croissant, le matin où les journaux narraient le naufrage du Lusitania. Tout en trempant le croissant dans le café au lait et donnant des pichenettes à son journal pour qu’il pût se tenir grand ouvert sans qu’elle eût besoin de détourner son autre main des trempettes, elle disait : « Quelle horreur ! Cela dépasse en horreur les plus affreuses tragédies ». Mais la mort de tous ces noyés ne devait lui apparaître que réduite au milliardième, car tout en faisant, la bouche pleine, ces réflexions désolées, l’air qui surnageait sur sa figure, amené probablement là par la saveur du croissant, si précieux contre la migraine, était plutôt celui d’une douce satisfaction. VII

 

20

Où le liftier du Grand-Hôtel veut-il travailler ?

1) Dans l’aviation, 2) dans l’Administration 3) à la Poste

1) et 3)

*« je voudrais bien rentrer dans les postes » IV

*[Saint-Loup :] « Il s’engage et m’a écrit pour le faire rentrer dans l’aviation » VII

 

21

Quelle activité Théodore n’a-t-il pas exercé ?

1) Chantre à l’église, 2) garçon épicier 3) pharmacien

Ils les a toutes exercées.

* Françoise, envoyée aussitôt chez l’épicier, était revenue bredouille par la faute de l’absence de Théodore à qui sa double profession de chantre ayant une part de l’entretien de l’église, et de garçon épicier donnait, avec des relations dans tous les mondes, un savoir universel. I

*[Gilberte au Héros :] L’enfant de chœur de l’église de Combray, Théodore qui, il faut l’avouer, était bien gentil (Dieu qu’il était bien !) et qui est devenu très laid (il est maintenant pharmacien à Méséglise), s’y amusait avec toutes les petites paysannes du voisinage. VII

 

22

Où et avec qui le Héros est-il initié aux « plaisirs de l’amour » ?

1) Sur un canapé avec une petite cousine, 2) dans un lit avec une voisine, 3) dans une maison de passe avec une libertine

1) Sur un canapé avec une petite cousine

*c’était sur ce même canapé [donné à une entremetteuse] que bien des années auparavant j’avais connu pour la première fois les plaisirs de l’amour avec une de mes petites cousines avec qui je ne savais où me mettre et qui m’avait donné le conseil assez dangereux de profiter d’une heure où ma tante Léonie était levée.

 

23

Deux phrases courtes s’achèvent par « suit ». Quels mots précèdent-ils ce verbe ?

1) Argent 2) Lettre, 3) Mensonge

2 et 3)

*[Lettre d’Aimé sur Albertine au Héros :] « Ai appris les choses les plus intéressantes. Ai plein de nouvelles pour prouver. Lettre suit. » VI

*tandis que l’heure du train qui s’approchait sans que Gilberte sût si son mari arriverait vraiment ou s’il n’enverrait pas une de ces dépêches dont M. de Guermantes avait spirituellement fixé le modèle : « Impossible venir, mensonge suit », pâlissait ses joues sous la sueur violette du fard et cernait ses yeux. VII

 

24

Grâce à quoi Brichot gagne-t-il des « émoluments superbes » ?

1) Ses articles dans la presse, 2) ses biens immobiliers, 3) ses cours à la Sorbonne

1)

*Ce fut ainsi que le journalisme (dans lequel Brichot se contentait en somme de donner tardivement, avec honneur et en échange d’émoluments superbes, ce qu’il avait gaspillé toute sa vie gratis et incognito dans le salon des Verdurin, car ses articles ne lui coûtaient pas plus de peine, tant il était disert et savant, que ses causeries) eût conduit, et parut même un moment conduire Brichot à une gloire incontestée, s’il n’y avait pas eu Mme Verdurin. VII

 

25

Qui est traité de « joueur de flûte » ?

1) Bergotte par Norpois, 2) Morel par Léa, 3) Norpois par Bergotte

1) Bergotte par Norpois

*— Mon Dieu, dit M. de Norpois (qui m’inspira sur ma propre intelligence des doutes plus graves que ceux qui me déchiraient d’habitude, quand je vis que ce que je mettais mille et mille fois au-dessus de moi-même, ce que je trouvais de plus élevé au monde, était pour lui tout en bas de l’échelle de ses admirations), je ne partage pas cette manière de voir. Bergotte est ce que j’appelle un joueur de flûte ; il faut reconnaître du reste qu’il en joue agréablement quoique avec bien du maniérisme, de l’afféterie. Mais enfin ce n’est que cela, et cela n’est pas grand’chose. II

*En attendant, il me sembla que je méritais vraiment le dédain de M. de Norpois : j’avais préféré jusqu’ici à tous les écrivains celui qu’il appelait un simple « joueur de flûte » et une véritable exaltation m’avait été communiquée, non par quelque idée importante, mais par une odeur de moisi. II

Morel est traité, lui de « grande sale » par Léa :

*Or sa lettre à Morel (que M. de Charlus ne soupçonnait même pas la connaître) était écrite sur le ton le plus passionné. Sa grossièreté empêche qu’elle soit reproduite ici, mais on peut mentionner que Léa ne lui parlait qu’au féminin en lui disant : « grande sale, va ! », V

Norpois est traité de « vieux serin » par Bergotte :

*Bergotte n’écartant pas mes objections, je lui avouai qu’elles avaient été méprisées par M. de Norpois. « Mais c’est un vieux serin, répondit-il ; il vous a donné des coups de bec parce qu’il croit toujours avoir devant lui un échaudé ou une seiche. II

 

26

D’où la duchesse de Guermantes considère-t-elle qu’il faut voir les tableaux de Franz Hals ?

1) D’un canal, 2) d’un tramway, 3) d’un trottoir

2) D’un tramway

*Derrière les verres grossissants, même ceux des jugements de Mme de Guermantes qui m’avaient paru bêtes (par exemple, sur Frans Hals qu’il aurait fallu voir d’un tramway) prenaient une vie, une profondeur extraordinaires. Et je dois dire que si cette exaltation tomba vite elle n’était pas absolument insensée. De même que nous pouvons un beau jour être heureux de connaître la personne que nous dédaignions le plus, parce qu’elle se trouve être liée avec une jeune fille que nous aimons, à qui elle peut nous présenter, et nous offre ainsi de l’utilité et de l’agrément, choses dont nous l’aurions crue à jamais dénuée, il n’y a pas de propos, pas plus que de relations, dont on puisse être certain qu’on ne tirera pas un jour quelque chose. Ce que m’avait dit Mme de Guermantes sur les tableaux qui seraient intéressants à voir, même d’un tramway, était faux, mais contenait une part de vérité qui me fut précieuse dans la suite. III

 

27

Qui regrette que tous les nobles n’aient pas été guillotinés par la Révolution ?

1) Bloch, 2) Legrandin, 3) Saint-Loup

2) Legrandin

*L’ambition mondaine était un sentiment que ma grand’mère était si incapable de ressentir et presque de comprendre qu’il lui paraissait bien inutile de mettre tant d’ardeur à la flétrir. De plus elle ne trouvait pas de très bon goût que M. Legrandin dont la sœur était mariée près de Balbec avec un gentilhomme bas-normand se livrât à des attaques aussi violentes encore les nobles, allant jusqu’à reprocher à la Révolution de ne les avoir pas tous guillotinés. I

 

28

Pour quel plat qui « n’attend pas » M. Verdurin presse-t-il ses invités de la Raspelière ?

1) Une bouillabaisse, 2) un pot-au-feu, 3) un soufflé

1) Une bouillabaisse

*« Hé bien ! ce pauvre Dechambre ! dit-il, mais à mi-voix, dans la crainte que Mme Verdurin ne fût pas loin. — C’est affreux, répondit allègrement M. Verdurin. — Si jeune», reprit Brichot. Agacé de s’attarder à ces inutilités, M. Verdurin répliqua d’un ton pressé et avec un gémissement suraigu, non de chagrin, mais d’impatience irritée : « Hé bien oui, mais qu’est-ce que vous voulez, nous n’y pouvons rien, ce ne sont pas nos paroles qui le ressusciteront, n’est-ce pas ? » Et la douceur lui revenant avec la jovialité : « Allons, mon brave Brichot, posez vite vos affaires. Nous avons une bouillabaisse qui n’attend pas. IV

Norpois admire les soufflés de Françoise, qui vante ceux du Café Anglais, et le pot-au-feu est absent.

 

29

Qui est accusé d’avoir voulu assassiner Tolstoï ?

1) L’archiduc Rodolphe d’Autriche, 2) le grand-duc de Russie 3) le tsar Nicolas 2) Le grand-duc de Russie

*[Oriane de Guermantes] avait osé dire au grand-duc de Russie : « Eh bien ! Monseigneur, il paraît que vous voulez faire assassiner Tolstoï ? » dans un dîner auquel on n’avait point convié les Courvoisier, d’ailleurs peu renseignés sur Tolstoï. Ils ne l’étaient pas beaucoup plus sur les auteurs grecs, si l’on en juge par la duchesse de Gallardon douairière (belle-mère de la princesse de Gallardon, alors encore jeune fille) qui, n’ayant pas été en cinq ans honorée d’une seule visite d’Oriane, répondit à quelqu’un qui lui demandait la raison de son absence : « Il paraît qu’elle récite de l’Aristote (elle voulait dire de l’Aristophane) dans le monde. Je ne tolère pas ça chez moi ! »

On peut imaginer combien cette « sortie » de Mlle de Guermantes sur Tolstoï, si elle indignait les Courvoisier, émerveillait les Guermantes, et, par-delà, tout ce qui leur tenait non seulement de près, mais de loin. III

Pour Nicolas II, il est l’objet de mots aimables de Françoise :

*Françoise avait mille fois répété au jardinier de Combray que la guerre est le plus insensé des crimes et que rien ne vaut sinon vivre. Or, quand éclata la guerre russo-japonaise, elle était gênée, vis-à-vis du czar, que nous ne nous fussions pas mis en guerre pour aider « les pauvres Russes » « puisqu’on est alliancé », disait-elle. Elle ne trouvait pas cela délicat envers Nicolas II qui avait toujours eu « de si bonnes paroles pour nous » ; III

Pour Rodolphe d’Autriche, mort mystérieusement à Mayerling, c’est la princesse Sherbatoff qui est citée comme ayant été l’auteure des coups de feu :

*[Journal inédit des Goncourt :] Il y a là Cottard le docteur, sa femme, le sculpteur polonais Viradobetski, Swann le collectionneur, une grande dame russe, une princesse au nom en of qui m’échappe, et Cottard me souffle à l’oreille que c’est elle qui aurait tiré à bout portant sur l’archiduc Rodolphe VII

 

30

Quelle nationalité d’Amérique du Sud n’est-elle pas citée ?

1) Brésilienne, 2) chilienne, 3) péruvienne

2) Chilienne

*ce même regard, je l’avais vu dans les yeux d’un médecin brésilien qui prétendait guérir les étouffements du genre de ceux que j’avais par d’absurdes inhalations d’essences de plantes. III

*Ce regard fut même si fort qu’après avoir frappé Mme de Valcourt, le secret évident et l’intention de cachotterie qu’il contenait rebondirent sur un jeune Péruvien que Mme de Mortemart comptait, au contraire, inviter. V

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

5 comments to “Réponses et résultats du quizz n° 6”

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  1. Nous sentions bien, moi en tout cas, que les fulgurantes réponses de Thierry étaient les bonnes. Je ne suis pas étonné du résultat.
    Quant à deviner qui il est…En cherchant sur Internet, on trouve un certain nombre de Thierry qui ont parlé de Proust. IL est peut-être de ceux-là.

  2. Très sincèrement BRAVO A THIERRY, même si, pour ma part, je tape du poing sur la table en m’exclamant « Caramba ! Encore raté ! »

    Et (si vous me permettez quelques facéties, Patrice), je ne l’imagine pas, ce triple vainqueur, en tranche mais en plat complet, je pense que son activité doit être branchée sur un quelconque secteur ( à 100 000 volts), et je crois bien qu’il doit lire Proust partout, jusques et y compris, pendant les sports d’hivers, dans les remonte-pente…

  3. C’est quoi ce digeon qui apparaît trois lignes avant la fin du commentaire de la question 2 ?. Je n’en trouve nulle trace nulle part, sinon en tant que nom propre. C’est peut-être un badigeon ?

    • Merci de veiller si scrupuleusement à ce que je publie. Est-ce baliverne que de croire que quelqu’un cherche à me nuire en s’introduisant dans mon ordinateur pour faire disparaître les deux lettres « ba » de badigeon ?

  4. Merci, Patrice! This quiz certainly was a challenge. My husband wondered how I could play, not understanding any French.

    I remembered what Proust said, when people asked him about translating Ruskin.
    (Paraphrasing) « I don’t claim to know English…. »

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