Blés et marronniers

Blés et marronniers

 

En journalisme, un « marronnier » est un article ou reportage de faible importance meublant une période creuse, consacré à un événement récurrent et prévisible. Il tient son nom de l’arbre qui fleurissait tous les ans sur la tombe des Gardes suisses aux Tuileries à Paris, « événement » dont la presse se faisait l’écho avec la même régularité.

 

Il n’a qu’un lointain rapport avec les marronniers de la Recherche qui sont cités seize fois, dont le plus célèbre — première occurrence — est « le grand marronnier » de Combray sous lequel on s’assied chez tante Léonie.

 

La madeleine (voir la chronique d’hier) est un marronnier. J’en ai déniché un autre, non dans un journal lu à Cabourg mais dans un quotidien lu à Illiers-Combray, l’Écho républicain, sous la plume d’une consœur beauceronne prénommée Éva et consacré au blé qui fait la richesse de la région, « Pourquoi les balles et ballots sont-ils ronds ou carrés ? » :

« Les formes et les couleurs des ballots qui occupent le paysage beauceron, tous les étés, ne doivent rien au hasard.

« Il faut d’abord distinguer les deux composants qui constituent les ballots », rappelle Thomas Gaujard à la Chambre d’agriculture.

1/Les jaunes, en paille. 98 % de ces balles de paille serviront de litière aux animaux. Ces ballots peuvent aussi servir pour certains systèmes de chauffage. Ils sont alors brûlés pour produire de l’énergie, un procédé de moins en moins courant.

2/Les verts, en foin. Utilisés pour l’alimentation des ruminants. Les balles, de foin ou de paille, sont donc presque uniquement dédiées à l’élevage.

3/Pourquoi sont-elles rondes ? Entre 350 et 500 kg : c’est le poids moyen d’un ballot, peu importe sa forme. La rectangulaire est la plus ancienne. Cette forme permet un stockage plus facile que les rondes. « C’est grâce aux machines appelées “round baller” que les agriculteurs peuvent obtenir des ballots ronds. » De la même façon que pour les carrés, la compression de la matière permet d’obtenir le ballot. La ronde est la plus répandue, notamment parce que son déplacement est plus aisé : elle roule ! La modernisation, toujours plus importante, du monde agricole explique aussi que cette forme est la plus répandue.

À l’heure du fauchage, il est parfois difficile de prévoir la météo et donc de préserver son foin. Pour le conserver en bon état, un agriculteur peut alors l’enrubanner. Enrubanner un ballot, c’est l’envelopper d’un film plastique. L’herbe est alors privée d’air, on peut la conserver plus longtemps. Contrairement au foin laissé à l’air libre, qui sèche, le foin enrubanné conservera une meilleure qualité nutritionnelle en fermentant. Enrubanner est aussi un bon moyen de limiter les pertes dues à une mauvaise météo. Ainsi conservé, il ne peut pas pourrir, assurant du foin pour l’hiver. »

L’article est illustré par deux photos :

 Blé, Echo 1 Blé, Echo 2

Dans la Recherche, la première des douze occurrences de « blé » le situe aussi à Combray : « l’immense étendue où déferlent les blés, où moutonnent les nuages ».

 

C’est vraiment intéressant.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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