Sain, sauf et au sec

Sain, sauf et au sec

 

Votre émotion est grande, vous en témoignez, mais rassurez-vous, les inondations qui frappent le centre de la France, m’épargnent.

Il n’y aura nul besoin d’organisez une fête Paris-Combray pour les inondés de la Vivonne.

 

La référence ne vous a pas échappé, une parenthèse dans Du côté de chez Swann : « (c’était le jour de la fête de Paris-Murcie donnée pour les inondés de Murcie) » — jour où Odette, à la « Maison Dorée » et à midi, fait porter une lettre à Swann qui commence par « Mon ami, ma main tremble si fort que je peux à peine écrire ».

Le 15 octobre 1879, des inondations avaient fait huit cents morts dans la région de la ville espagnole. À l’initiative d’Arthur Meyer, le directeur du Gaulois, une fête de charité avait été organisée à Paris, qui devait rapporter six cent mille francs.

 

En ce début juin 2016, la Vivonne, certes boueuse, reste raisonnable au Pont-Vieux, à Combray.

(Photo PL)

(Photo PL)

 

Ma maison, sur une hauteur — vous savez combien la Beauce est montagneuse —, est à l’abri.

 

Il est d’autres inondations dans la Recherche :

*Or, au moment où Mme d’Arpajon allait s’engager dans l’une des colonnades, un fort coup de chaude brise tordit le jet d’eau et inonda si complètement la belle dame que, l’eau dégoulinant de son décolletage dans l’intérieur de sa robe, elle fut aussi trempée que si on l’avait plongée dans un bain. IV

*[Mlle Marie Gineste et Mme Céleste Albaret] Nées au pied des hautes montagnes du centre de la France, au bord de ruisseaux et de torrents (l’eau passait même sous leur maison de famille où tournait un moulin et qui avait été dévastée plusieurs fois par l’inondation), elles semblaient en avoir gardé la nature. IV

*Et, devant le caoutchouc d’Albertine, dans lequel elle semblait devenue une autre personne, l’infatigable errante des jours pluvieux, et qui, collé, malléable et gris en ce moment, semblait moins devoir protéger son vêtement contre l’eau qu’avoir été trempé par elle et s’attacher au corps de mon amie comme afin de prendre l’empreinte de ses formes pour un sculpteur, j’arrachai cette tunique qui épousait jalousement une poitrine désirée, et attirant Albertine à moi :

Mais toi, ne veux-tu pas, voyageuse indolente,

Rêver sur mon épaule en y posant ton front ?

lui dis-je en prenant sa tête dans mes mains et en lui montrant les grandes prairies inondées et muettes qui s’étendaient dans le soir tombant jusqu’à l’horizon fermé sur les chaînes parallèles de vallonnements lointains et bleuâtres. IV

 

Et je vous épargne les visages inondés de joie, de pleurs ou d’un trop-plein de force ; le grand-salon inondé par la lumière printanière et vespérale ; les prairies inondées par le soleil couchant…

 

De nos jours, en cas de besoin, je trouverai bien une bouée de sauvetage :

*la vue d’un seul coquelicot hissant au bout de son cordage et faisant cingler au vent sa flamme rouge, au-dessus de sa bouée graisseuse et noire, me faisait battre le cœur, comme au voyageur qui aperçoit sur une terre basse une première barque échouée que répare un calfat, et s’écrie, avant de l’avoir encore vue : « La Mer ! » I

*Je venais d’écrire à Gilberte une lettre où je laissais tonner ma fureur, non sans pourtant jeter la bouée, de quelques mots placés comme au hasard, et où mon amie pourrait accrocher une réconciliation ; II

 

Allez, assez pataugé en eau trouble !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Sain, sauf et au sec”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. Ouf, je suis rassuré.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et