J’ai rendu visite à Marcel Proust

J’ai rendu visite à Marcel Proust

 

Ça n’avait que trop tardé…

Je suis allé rue Lafontaine, rue Roy, boulevard Malesherbes, rue de Courcelles, boulevard Haussmann, rue Laurent-Pichat et rue de l’Amiral-Hamelin — toujours dans les beaux quartiers, VIIIe et XVIe arr., où l’écrivain a vécu.

Je n’avais pas imaginé qu’il faudrait rejoindre le Paris populaire pour un ultime salut. L’adresse reste prestigieuse, quoique dans du XXe arr., puisqu’il s’agit du Père-Lachaise, où il est en fort bonne compagnie — le cimetière a une clientèle huppée.

 

Marcel Proust repose sous une sobre pierre de marbre sombre. Il gît là avec son père et sa mère, son frère et sa belle-sœur.

Tombe MP 1

 

Ses voisins immédiats n’ont pas la notoriété de Balzac ou de Musset, de La Fontaine ou de Molière autres hôtes des lieux cités dans la Recherche : à gauche, les familles Nouveau et Besnard ; à droite, Max Vincent et Mmes Flageul et Frin ; en face, la famille Pagès.

 

Le jour de ma venue, la tombe était parsemée ce de petits cailloux et d’incongrus tickets de métro.

Tombe MP 2

 

Moi, je n’ai laissé d’autre trace que le reflet de ma tête, le temps d’une photo.

(Photos PL)

(Photos PL)

 

Une fontaine est proche — de celles dont le document officiel nous prévient qu’elles sont fermées « par temps de gel » ( !) — et elle est la bienvenue car Marcel Proust repose vers le haut du cimetière. Heureusement qu’il n’a pas eu à se rendre visite car la pente est longue…

 

À la recherche du temps perdu  compte 13 occurrences du mot cimetière, à propos du père Vinteuil et de Charlus (veufs), de Norpois, de la mère du Héros (orpheline) et de lui-même (inconsolé de la mort de sa grand’mère dont les obsèques sont racontées par le jeune valet de pied de Françoise).

 

Les autres occurrences :

*une de ces réunions où l’on éprouve le besoin de parler de n’importe quoi et où on se sent d’ailleurs plein de dispositions optimistes, par exemple dans le cortège d’un enterrement qui se rend au cimetière III

*l’oubli si total, paisible comme ceux des cimetières VI

*Nulle part il ne germe autant de fleurs, s’appelassent-elles « ne m’oubliez pas », que dans un cimetière. VI

*un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés. VII

*ainsi le salon de la princesse de Guermantes était illuminé, oublieux et fleuri, comme un paisible cimetière. VII

*[À propos d’une octogénaire :] Il semblait qu’il y eût avant le cimetière toute une cité close des vieillards, aux lampes toujours allumées dans la brume. VII

 

La tombe de Proust est répertoriée parmi les soixante-dix « sépultures des personnalités les plus demandées » du plan aimablement fourni aux visiteurs, mais, si j’en crois les employés, elle n’est pas dans le peloton de tête, loin de là. Vous ne serez donc pas dérangés par la foule des curieux, qui lui préfèrent Jim Morrison ou Édith Piaf.

Son adresse (mais il est vain de lui écrire) :

Marcel Proust

Division 85

Avenue Transversale n° 2 (entre l’avenue des Combattants Étrangers morts pour la France et l’avenue des Thuyas)

Le Père-Lachaise

16, rue du Repos

75020 Paris

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Il y a aussi une occurrence du « Père Lachaise  » dans la Recherche :
     » Que le malade livré à lui-même s’impose un régime implacable et enfin guérisse ou du moins survive, le médecin salué par lui avenue de l’Opéra, quand il le croyait depuis longtemps au Père Lachaise, verra dans ce coup de chapeau un geste de narquoise insolence.  » ( Sodome et Gommorhe )

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