Élus et politiques

Élus et politiques

 

Avant d’aspirer à la magistrature suprême, les hommes politiques doivent songer à franchir d’autres étapes moins ambitieuses mais tout aussi nobles.

Que les féministes ne me crucifient pas, je parle de l’époque d’À la recherche du temps perdu où les dames n’étaient pas les bienvenues dans le combat politique.

Voyons donc les élus (ou nommés) de la Nation chez Proust après avoir évoqué le président de la République (voir la chronique d’hier).

Des maires, il y en a une poignée : celui de Balbec, qui est sollicité par le père d’Octave et par Mme de Villeparisis et qui est moqué par Albertine (il est ami du conseiller général, M. de Sainte-Croix) ; il y a la fonction que Françoise voit comme un jeu d’enfant pour la duchesse de Guermantes — même au féminin (les féministes se voient ainsi clouer le bec !) ; il y a celui de Maineville-la-Teinturière qui reçoit les protestations d’administrés qui goûtent peu la présence d’une maison de plaisir sur la commune ; il y a enfin celui, radical, de Combray qui déplaît à Mme Sazerat dont le cousin a été premier adjoint du prédécesseur ;

 

Des députés, il y en a un paquet : parmi eux, Basin de Guermantes, prince des Laumes et tout ce petit monde débat et s’agite à la Chambre ; ajoutez que des hommes sont prêts à payer pour y siéger tandis que le Héros y aurait bien vu Saint-Loup. Loin des discussions parlementaires, un député de l’Action libérale, M. Eugène, trouve du bon temps à l’hôtel de Jupien.

 

Côté Sénat, c’est plus maigre : Nissim Bernard affirme l’être quand il n’en est rien et M. Fallières, président de la Chambre haute lorgne sur l’Élysée.

 

Pour être complet chez les hommes politiques, évoquons les ministres — cent-trois occurrences du mot — dont les identifiés sont, par ordre d’apparition, celui des Affaires étrangères, celui des Postes, de la Guerre, celui des Travaux publics, celui de l’Instruction publique (lui évoqué aussi à travers son épouse, « la ministresse »), celui du Commerce, de l’Intérieur et des Cultes (attributions du Président du Conseil), et celui de l’Intérieur (tout court), sans oublier les « Bontemps, de la maison Bontemps-Chenut, le type de la bourgeoisie réactionnaire cléricale, à idées étroites », selon Swann, qui sont « dans le gouvernement » — « le mari de ma tante est dans le gouvernement », précise Albertine.

Quant aux sous-secrétaires d’État, on croise celui aux Finances (sa femme est présente au « jour » de Mme Bontemps), celui aux Postes et Télégraphes (il fait « un signe de tête affirmatif » à la Chambre), celui aux Beaux-Arts (« homme véritablement artiste, bien élevé et snob », il est présent à une soirée chez Mme Verdurin).

 

Je m’aperçois qu’à propos de l’Élysée, j’ai omis de citer « le général Deltour, secrétaire de la Présidence de la République ».

 

Il n’est jamais trop tard pour s’amender.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

*[Octave] était le fils d’un très riche industriel qui devait jouer un rôle assez important dans l’organisation de la prochaine Exposition Universelle. Je fus frappé à quel point chez ce jeune homme et les autres très rares amis masculins de ces jeunes filles la connaissance de tout ce qui était vêtements, manière de les porter, cigares, boissons anglaises, chevaux, — et qu’il possédait jusque dans ses moindres détails avec une infaillibilité orgueilleuse qui atteignait à la silencieuse modestie du savant — s’était développée isolément sans être accompagnée de la moindre culture intellectuelle. Il n’avait aucune hésitation sur l’opportunité du smoking ou du pyjama, mais ne se doutait pas du cas où on peut ou non employer tel mot, même des règles les plus simples du français. Cette disparité entre les deux cultures devait être la même chez son père, président du Syndicat des propriétaires de Balbec, car dans une lettre ouverte aux électeurs, qu’il venait de faire afficher sur tous les murs, il disait : « J’ai voulu voir le maire pour lui en causer, il n’a pas voulu écouter mes justes griefs. » II

*Cinq messieurs passèrent que je connaissais très bien de vue depuis que j’étais à Balbec. Je m’étais souvent demandé qui ils étaient. « Ce ne sont pas des gens très chics, me dit Albertine en ricanant d’un air de mépris. Le petit vieux, qui a des gants jaunes, il en a une touche, hein, il dégotte bien, c’est le dentiste de Balbec, c’est un brave type ; le gros c’est le maire, pas le tout petit gros, celui-là vous devez l’avoir vu, c’est le professeur de danse, il est assez moche aussi, il ne peut pas nous souffrir parce que nous faisons trop de bruit au Casino, que nous démolissons ses chaises, que nous voulons danser sans tapis, aussi il ne nous a jamais donné le prix quoique il n’y a que nous qui sachions danser. II

*— Il paraît que Mme de Villeparisis, dit-elle à Octave, a fait une réclamation auprès de votre père (et j’entendis derrière ce mot « il paraît » une de ces notes qui étaient propres à Albertine ; chaque fois que je constatais que je les avais oubliées, je me rappelais en même temps avoir entr’aperçu déjà derrière elles la mine décidée et française d’Albertine. J’aurais pu être aveugle et connaître aussi bien certaines de ses qualités alertes et un peu provinciales dans ces notes-là que dans la pointe de son nez. Les unes et l’autre se valaient et auraient pu se suppléer et sa voix était comme celle que réalisera, dit-on, le photo-téléphone de l’avenir : dans le son se découpait nettement l’image visuelle). Elle n’a du reste pas écrit seulement à votre père, mais en même temps au maire de Balbec pour qu’on ne joue plus au diabolo sur la digue, on lui a envoyé une balle dans la figure.

— Oui, j’ai entendu parler de cette réclamation. C’est ridicule. Il n’y a pas déjà tant de distractions ici. II

*Il existe encore près de Notre-Dame une rue appelée rue Chanoinesse, nom qui lui avait été donné (parce qu’elle n’était habitée que par des chanoines) par ces Français de jadis, dont Françoise était, en réalité, la contemporaine. On avait d’ailleurs, immédiatement après, un nouvel exemple de cette manière de former les féminins, car Françoise ajoutait : « Mais sûr et certain que c’est à la Duchesse qu’est le château de Guermantes. Et c’est elle dans le pays qu’est Madame la mairesse. C’est quelque chose.

— Je comprends que c’est quelque chose, disait avec conviction le valet de pied, n’ayant pas démêlé l’ironie.

— Penses-tu, mon garçon, que c’est quelque chose ? mais pour des gens comme « eusse », être maire et mairesse c’est trois fois rien. Ah ! si c’était à moi le château de Guermantes, on ne me verrait pas souvent à Paris. III

*M’écartant de l’éblouissante maison de « plaisir », insolemment dressée là malgré les protestations des familles inutilement adressées au maire, je rejoignis la falaise et j’en suivis les chemins sinueux dans la direction de Balbec. IV

[Mme Sazerat sur Gilberte :] vous savez que si elle n’est pas plus Forcheville que vous et moi, cela va bien avec le mari qui, naturellement, n’est pas noble. Vous pensez bien qu’il n’y a qu’un aventurier pour épouser cette fille-là. Il paraît que c’est un Monsieur Dupont ou Durand quelconque. S’il n’y avait pas maintenant un maire radical à Combray, qui ne salue même pas le curé, j’aurais su le fin de la chose. Parce que, vous comprenez bien, quand on a publié les bans, il a bien fallu dire le vrai nom. C’est très joli, pour les journaux ou pour le papetier qui envoie les lettres de faire-part, de se faire appeler le marquis de Saint-Loup. Ça ne fait mal à personne, et si ça peut leur faire plaisir à ces bonnes gens, ce n’est pas moi qui y trouverai à redire ! en quoi ça peut-il me gêner ? Comme je ne fréquenterai jamais la fille d’une femme qui a fait parler d’elle, elle peut bien être marquise long comme le bras pour ses domestiques. Mais dans les actes de l’état civil ce n’est pas la même chose. Ah ! si mon cousin Sazerat était encore premier adjoint, je lui aurais écrit, à moi il m’aurait dit sous quel nom il avait fait faire les publications. » VI

 

Conseiller général

*Le dentiste est un brave homme, je lui aurais fait bonjour pour faire rager le maître de danse, mais je ne pouvais pas parce qu’il y a avec eux M. de Sainte-Croix, le conseiller général, un homme d’une très bonne famille qui s’est mis du côté des républicains, pour de l’argent ; aucune personne propre ne le salue plus. Il connaît mon oncle, à cause du gouvernement, mais le reste de ma famille lui a tourné le dos. II

 

Député

On sait que quand un ministre explique à la Chambre qu’il a cru bien faire en suivant une ligne de conduite qui semble en effet toute simple à l’homme de bon sens qui le lendemain dans son journal lit le compte rendu de la séance, ce lecteur de bon sens se sent pourtant remué tout d’un coup, et commence à douter d’avoir eu raison d’approuver le ministre, en voyant que le discours de celui-ci a été écouté au milieu d’une vive agitation et ponctué par des expressions de blâme telles que : « C’est très grave », prononcées par un député dont le nom et les titres sont si longs et suivis de mouvements si accentués que, dans l’interruption tout entière, les mots « c’est très grave ! » tiennent moins de place qu’un hémistiche dans un alexandrin. Par exemple autrefois, quand M. de Guermantes, prince des Laumes, siégeait à la Chambre, on lisait quelquefois dans les journaux de Paris, bien que ce fût surtout destiné à la circonscription de Méséglise et afin de montrer aux électeurs qu’ils n’avaient pas porté leurs votes sur un mandataire inactif ou muet :

Monsieur de Guermantes-Bouillon, prince des Laumes : « Ceci est grave ! » (Très bien ! Très bien ! au centre et sur quelques bancs à droite, vives exclamations à l’extrême gauche.)

Le lecteur de bon sens garde encore une lueur de fidélité au sage ministre, mais son cœur est ébranlé de nouveaux battements par les premiers mots du nouvel orateur qui répond au ministre :

— L’étonnement, la stupeur, ce n’est pas trop dire (vive sensation dans la partie droite de l’hémicycle), que m’ont causés les paroles de celui qui est encore, je suppose, membre du Gouvernement… (Tonnerre d’applaudissements ; quelques députés s’empressent vers le banc des ministres; M. le Sous-Secrétaire d’État aux Postes et Télégraphes fait de sa place avec la tête un signe affirmatif.)

Ce «tonnerre d’applaudissements», emporte les dernières résistances du lecteur de bon sens, il trouve insultante pour la Chambre, monstrueuse, une façon de procéder qui en soi-même est insignifiante ; au besoin, quelque fait normal, par exemple : vouloir faire payer les riches plus que les pauvres, la lumière sur une iniquité, préférer la paix à la guerre, il le trouvera scandaleux et y verra une offense à certains principes auxquels il n’avait pas pensé en effet, qui ne sont pas inscrits dans le cœur de l’homme, mais qui émeuvent fortement à cause des acclamations qu’ils déchaînent et des compactes majorités qu’ils rassemblent.

Il faut d’ailleurs reconnaître que cette subtilité des hommes politiques, qui me servit à m’expliquer le milieu Guermantes et plus tard d’autres milieux, n’est que la perversion d’une certaine finesse d’interprétation souvent désignée par « lire entre les lignes ». Si dans les assemblées il y a absurdité par perversion de cette finesse, il y a stupidité par manque de cette finesse dans le public qui prend tout « à la lettre », qui ne soupçonne pas une révocation quand un haut dignitaire est relevé de ses fonctions « sur sa demande » et qui se dit : « Il n’est pas révoqué puisque c’est lui qui l’a demandé », une défaite quand les Russes par un mouvement stratégique se replient devant les Japonais sur des positions plus fortes et préparées à l’avance, un refus quand une province ayant demandé l’indépendance à l’empereur d’Allemagne, celui-ci lui accorde l’autonomie religieuse. Il est possible d’ailleurs, pour revenir à ces séances de la Chambre, que, quand elles s’ouvrent, les députés eux-mêmes soient pareils à l’homme de bon sens qui en lira le compte rendu. Apprenant que des ouvriers en grève ont envoyé leurs délégués auprès d’un ministre, peut-être se demandent-ils naïvement : « Ah ! voyons, que se sont-ils dit ? espérons que tout s’est arrangé », au moment où le ministre monte à la tribune dans un profond silence qui déjà met en goût d’émotions artificielles. Les premiers mots du ministre : « Je n’ai pas besoin de dire à la Chambre que j’ai un trop haut sentiment des devoirs du gouvernement pour avoir reçu cette délégation dont l’autorité de ma charge n’avait pas à connaître », sont un coup de théâtre, car c’était la seule hypothèse que le bon sens des députés n’eût pas faite. Mais justement parce que c’est un coup de théâtre, il est accueilli par de tels applaudissements que ce n’est qu’au bout de quelques minutes que peut se faire entendre le ministre, le ministre qui recevra, en retournant à son banc, les félicitations de ses collègues. On est aussi ému que le jour où il a négligé d’inviter à une grande fête officielle le président du Conseil municipal qui lui faisait opposition, et on déclare que dans l’une comme dans l’autre circonstance il a agi en véritable homme d’État. III

*Ce genre de société riche, non décrassée par la fréquentation de l’aristocratie et n’ayant aucune idée de ce qu’est un artiste — lequel est seulement figuré pour eux, soit par un acteur qu’ils font venir débiter des monologues pour les fiançailles de leur fille, en lui remettant tout de suite son cachet discrètement dans un salon voisin, soit par un peintre chez qui ils la font poser une fois qu’elle est mariée, avant les enfants et quand elle est encore à son avantage — croient volontiers que tous les gens du monde qui écrivent, composent ou peignent, font faire leurs œuvres et payent pour avoir une réputation d’auteur comme d’autres pour s’assurer un siège de député. Mais tout cela était faux, et ce jeune homme était bien l’auteur de ces œuvres admirables. VI

*Pour peu que nous en parlions, Robert riait de bon cœur. Naturellement notre prédilection n’allait pas d’instinct aux Cottard ou aux Brichot, mais enfin nous avions une certaine considération pour les gens qui savaient à fond le grec ou la médecine et ne se croyaient pas autorisés pour cela à faire les charlatans. J’ai dit que, si toutes les actions de maman reposaient jadis sur le sentiment qu’elle eût donné sa vie pour sa mère, elle ne s’était jamais formulé ce sentiment à elle-même, et qu’en tous cas elle eût trouvé non pas seulement inutile et ridicule, mais choquant et honteux de l’exprimer aux autres; de même il m’est impossible d’imaginer Saint-Loup (me parlant de son équipement, des courses qu’il avait à faire, de nos chances de victoire, du peu de valeur de l’armée russe, de ce que ferait l’Angleterre), il m’est impossible d’imaginer dans sa bouche la phrases même la plus éloquente, dite par le Ministre même le plus sympathique, aux députés debout et enthousiastes. Je ne peux cependant pas dire que dans ce côté négatif qui l’empêchait d’exprimer les beaux sentiments qu’il ressentait, il n’y avait pas un effet de l’« esprit des Guermantes », comme on en a vu tant d’exemples chez Swann. VII

*« Une seconde », interrompit Jupien qui avait entendu une sonnette retentir à la chambre n° 3. C’était un député de l’Action Libérale qui sortait. Jupien n’avait pas besoin de voir le tableau car il connaissait son coup de sonnette, le député venant en effet tous les jours après déjeuner. Il avait été obligé ce jour-là de changer ses heures, car il avait marié sa fille à midi à Saint-Pierre de Chaillot. Il était donc venu le soir, mais tenait à partir de bonne heure à cause de sa femme, vite inquiète quand il rentrait tard, surtout par ces temps de bombardement. Jupien tenait à accompagner sa sortie pour témoigner de la déférence qu’il portait à la qualité d’honorable, sans aucun intérêt personnel d’ailleurs. Car bien que ce député, qui répudiait les exagérations de l’Action Française (il eût d’ailleurs été incapable de comprendre une ligne de Charles Maurras ou de Léon Daudet), fût bien avec les ministres, flattés d’être invités à ses chasses, Jupien n’aurait pas osé lui demander le moindre appui dans ses démêlés avec la police. Il savait que, s’il s’était risqué à parler de cela au législateur fortuné et froussard, il n’aurait pas évité la plus inoffensive des «descentes» mais eût instantanément perdu le plus généreux de ses clients. Après avoir reconduit jusqu’à la porte le député, qui avait rabattu son chapeau sur ses yeux, relevé son col, et, glissant rapidement comme il faisait dans ses programmes électoraux, croyait cacher son visage, Jupien remonta près de M. de Charlus à qui il dit : « C’était M. Eugène ». VII

*J’ai souvent pensé depuis, en me rappelant cette croix de guerre égarée chez Jupien, que si Saint-Loup avait survécu, il eût pu facilement se faire élire député dans les élections qui suivirent la guerre, grâce à l’écume de niaiserie et au rayonnement de gloire qu’elle laissa après elle, et où, si un doigt de moins, abolissant des siècles de préjugés, permettait d’entrer par un brillant mariage dans une famille aristocratique, la croix de guerre, eût-elle été gagnée dans les bureaux, tenait lieu de profession de foi pour entrer dans une élection triomphale, à la Chambre des Députés, presque à l’Académie française. L’élection de Saint-Loup à cause de sa « sainte » famille eût fait verser à M. Arthur Meyer des flots de larmes et d’encre. Mais peut-être aimait-il trop sincèrement le peuple pour arriver à conquérir les suffrages du peuple, lequel pourtant lui aurait sans doute, en faveur de ses quartiers de noblesse, pardonné ses idées démocratiques. Saint-Loup les eût exposées sans doute avec succès devant une chambre d’aviateurs. Certes ces héros l’auraient compris, ainsi que quelques très rares hauts esprits. Mais grâce à l’enfarinement du Bloc national, on avait aussi repêché les vieilles canailles de la politique qui sont toujours réélues. Celles qui ne purent entrer dans une chambre d’aviateurs, quémandèrent, au moins pour entrer à l’Académie française, les suffrages des maréchaux, d’un président de la République, d’un président de la Chambre, etc. Elles n’eussent pas été favorables à Saint-Loup, mais l’étaient à un autre habitué de Jupien, ce député de l’Action Libérale qui fut réélu sans concurrent. VII

 

Sénateur

  1. Nissim Bernard comme aurait pu faire M. Bloch le père, se faisait apporter tous ses journaux par son valet de chambre dans la salle à manger, au milieu du déjeuner, quand tout le monde était réuni pour qu’on vît bien qu’il voyageait avec un valet de chambre. Mais aux gens avec qui il se liait dans l’hôtel, l’oncle disait ce que le neveu n’eût jamais fait, qu’il était sénateur. Il avait beau être certain qu’on apprendrait un jour que le titre était usurpé, il ne pouvait au moment même résister au besoin de se le donner. M. Bloch souffrait beaucoup des mensonges de son oncle et de tous les ennuis qu’ils lui causaient. « Ne faites pas attention, il est extrêmement blagueur », dit-il à mi-voix à Saint-Loup qui n’en fut que plus intéressé, étant très curieux de la psychologie des menteurs. II

Je me rappelai alors que M. Fallières, président du Sénat, avait eu, il y avait nombre d’années, une fausse attaque, et qu’au désespoir de ses concurrents, il s’était mis trois jours après à reprendre ses fonctions et préparait, disait-on, une candidature plus ou moins lointaine à la présidence de la République. III

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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