Blasphème que j’aime

Blasphème que j’aime

 

Dieu apparaît environ deux cent cinquante fois dans À la recherche du temps perdu.

Il est au singulier et au pluriel, avec ou sans majuscule, isolé ou précédé d’autres mots (prie (trois fois), demi (cinq), Maison (une).

L’exclamation « mon dieu » se présente quatre-vingt huit fois (vingt-deux dans Le Côté de Guermantes et deux dans La Fugitive). Dieu est qualifié de bon dix fois : trois dans la bouche de tante Léonie 3, cinq dans celle de Françoise, une chez le jeune homme de vingt-deux ans à l’hôtel de Jupien, tandis que Saint-Loup évoque « un bon dieu de vent ».

« Dieu qu’Oriane est drolatique ! » s’extasient les Guermantes ; « Dieu qu’il était bien ! » se souvient Gilberte à propos de Théodore ; « Dieu me pardonne » est partagé par Norpois (une fois) et Brichot (deux) auquel s’ajoute chez le même un « Dieu m’en pardonne » et un « Dieu me damne » ; « Dieu soit loué » se félicite tante Léonie 1 ; « Dieu m’est témoin » certifie Swann ; « Dieu nous en préserve » conclut Mme Verdurin.

« Dieu merci » est prononcé onze fois, par Swan (une fois), le Héros (trois), Mme Verdurin (une), Saint-Loup (une), Norpois (trois), Mme de Guermantes (une), et Jupien (une).

Et les blasphèmes qui donnent leur nom à cette chronique ? Ils ne sont guère nombreux mais ces énumérations ne faisaient qu’illustrer sans leçon utile la formule de François Mauriac déplorant l’absence de Dieu dans la Recherche : « Nom de Dieu » est attribué à un vieux grognard imaginaire, « Cré nom de Dieu » au duc de Guermantes) alors que Cottard se contente d’un « Cré nom ». « Jarniguié » [Je renie Dieu] est dit par tous les paysans selon « les gens incompétents ») et « Goddam » par tous les Anglais d’après les mêmes.

 

Parole de proustiste…

Adieu — non à demain !

Patrice Louis

 

PS : Dans un de mes livres (À dormir debout, nomenclature bien réelle d’êtres et de choses qui n’existent pas, Arléa, 2006), j’avais tenté une définition de Dieu : « ?! ?… !… », qui renvoyait à la note suivante : « Il est utile de savoir qu’en typographie, les guillemets peuvent être d’incrédulité, que le mariage du point d’interrogation et du point d’exclamation exprime des sentiments complexes, et que ces deux points suivis de points de suspension indiquent une sorte de prolongement inexprimé de la pensée. »


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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