À table chez Odette et Charlus

À table chez Odette et Charlus

 

La demi-mondaine et le baron forment le plus improbable des couples, mais à Combray, des personnages de la Recherche les croient ensemble ou trompant allègrement Swann — de la famille du Héros à Mme Sazerat.

Charles, lui, sait bien qu’il n’est pas cocufié par un homosexuel à qui il peut confier son épouse sans risque, même si Palamède, sur le tard, se souvient de moments partouzards avec la belle.

 

Mais qu’est-il passé dans la tête de Frédéric et Isabelle Guèze, propriétaires de deux restaurants parisiens à l’enseigne « Odette et Charlus Café » ? « Nous avons ouvert le premier, rue de Vaugirard, en 2013, année du centenaire de Du côté de chez Swann, l’appellation était rigolote, l’association improbable, bref c’était rock n’ roll », répond Frédéric que j’ai interrogé. Le second restaurant a ouvert cette année rue des Pyrénées. Les deux multiplient les clins d’œil à Proust, abritant chacun une bibliothèque avec ses ouvrages, celui du XXe  arr. proposant un « burger d’Odette » et celui du XVe une « poêlée d’Odette » et le chat de la maison s’appelle « Balbec ».

O&C Proust O&C, Pyrénées O&C, Vaugirard

Je n’y ai pas (encore) déjeuné, mais j’irai.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

Les extraits :

*« Je crois qu’il [Swann] a beaucoup de soucis avec sa coquine de femme qui vit au su de tout Combray avec un certain Monsieur de Charlus. C’est la fable de la ville. » I

*j’avais entendu dire par notre voisine Mme Sazerat que Mme Swann le faisait pour plaire, non à son mari, mais à M. de Charlus, I

*— Allons, Gilberte, viens ; qu’est-ce que tu fais ? cria d’une voix perçante et autoritaire une dame en blanc que je n’avais pas vue, et à quelque distance de laquelle un monsieur habillé de coutil et que je ne connaissais pas, fixait sur moi des yeux qui lui sortaient de la tête ; et cessant brusquement de sourire, la jeune fille prit sa bêche et s’éloigna sans se retourner de mon côté, d’un air docile, impénétrable et sournois. […] Un instant (tandis que nous nous éloignions et que mon grand-père murmurait : « Ce pauvre Swann, quel rôle ils lui font jouer : on le fait partir pour qu’elle reste seule avec son Charlus, car c’est lui, je l’ai reconnu ! Et cette petite, mêlée à toute cette infamie ! ») I

*[Swann] était heureux toutes les fois où M. de Charlus était avec Odette. Entre M. de Charlus et elle, Swann savait qu’il ne pouvait rien se passer, que quand M. de Charlus sortait avec elle c’était par amitié pour lui et qu’il ne ferait pas difficulté à lui raconter ce qu’elle avait fait. I

*[Charlus :] Mais, voyons, c’est par moi qu’il l’a connue. Je l’avais trouvée charmante dans son demi-travesti, un soir qu’elle jouait Miss Sacripant ; j’étais avec des camarades de club, nous avions tous ramené une femme et, bien que je n’eusse envie que de dormir, les mauvaises langues avaient prétendu, car c’est affreux ce que le monde est méchant, que j’avais couché avec Odette. Seulement, elle en avait profité pour venir m’embêter, et j’avais cru m’en débarrasser en la présentant à Swann. De ce jour-là elle ne cessa plus de me cramponner, elle ne savait pas un mot d’orthographe, c’est moi qui faisais ses lettres. Et puis c’est moi qui ensuite ai été chargé de la promener. Voilà, mon enfant, ce que c’est que d’avoir une bonne réputation, vous voyez. Du reste, je ne la méritais qu’à moitié. Elle me forçait à lui faire faire des parties terribles, à cinq, à six. » V

 

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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