À pied aux Champs-Élysées

À pied aux Champs-Élysées

 

 

 

Ce premier dimanche de juin, les Champs-Élysées sont rendus aux piétons… La tradition s’installe. Au diable tout véhicule à moteur. La plus belle avenue du monde va retrouver des allures d’antan.

 

1078 Avenue des Champs-Élysées en 1900

 

 

 

Tout bon rêveur proustien sait qu’il pourra y rencontrer Françoise et la grand’mère (Legrandin leur donne un coup de chapeau) qui y a une attaque, une lectrice des Débats (fidèle à nos vieux Champs-Élysées), Swann (je tremblais d’amour devant lui aux Champs-Élysées / son apparition dans les Champs-Élysées me faisait battre le cœur au point que j’avais honte de m’approcher de sa pèlerine doublée de soie), Gilberte à côté d’un jeune homme avec qui elle causait et duquel je ne pus distinguer le visage [et qui se révélera être Léa], le vieux maréchal de Guermantes remplissant ma bonne d’orgueil, s’arrêtait aux Champs-Élysées en disant : « Le bel enfant ! » et sortait d’une bonbonnière de poche une pastille de chocolat,  M. de Charlus convalescent d’une attaque d’apoplexie, un jeune neveu de Mme de Guermantes, le Marquis de Villemandois », qui portait enfant d’étranges guêtres jaunes aux Champs-Élysées, dans lesquels par contre, malgré que nous le lui assurions, il n’a aucun souvenir d’avoir joué avec nous

 

Le Héros y a joué avec Robert Forestier jamais revu ; le prince Von y voit Rachel, comme ça en passant le matin.

 

Odette se souvient : Un jour j’étais dans les Champs-Élysées, M. de Bréauté, que je n’avais vu qu’une fois, se mit à me regarder avec une telle insistance que je m’arrêtai et lui demandai pourquoi il se permettait de me regarder comme ça. Il me répondit : « Je vous regarde parce que vous avez un chapeau ridicule ». C’était vrai.

 

L’huissier de la princesse [de Guermantes] avait rencontré dans les Champs-Élysées un jeune homme qu’il avait trouvé charmant mais dont il n’avait pu arriver à établir l’identité [le duc de Châtellerault].

 

Le promeneur des Champs pourra rencontrer Gilberte (qui y vient avec son institutrice), jouer aux barres, avoir des causeries, acheter chez la marchande de sucre d’orge. Les premiers mots de la fillette y sont : C’est rasant, je ne pourrai pas venir demain ;  vous allez tous vous amuser sans moi.

 

Dans certaines familles on assurait que ce jardin ne réussissait pas aux enfants, qu’on pouvait citer plus d’un mal de gorge, plus d’une rougeole et nombre de fièvres dont il était responsable. Dans celle du Héros, on parlait de ne plus l’envoyer aux Champs-Élysées. On disait que c’était à cause du mauvais air.

 

Dans l’ancien bureau d’octroi des Champs-Élysées [règne] une fraîcheur qui m’eût rappelé Combray.

 

Dans un coin se trouve le magasin d’un grand marchand de chinoiseries que connaissait mon père et où le fils vend une grande potiche de vieux Chine.

 

Le duc de Guermantes y retrouve sa maîtresse

 

 

 

Au total il est cent-dix occurrences du lieu dans la Recherche, dont la première est le douloureux quartier des Champs-Élysées qu’elle habitait à Paris (Du côté de chez Swann), et la dernière Quand tout à l’heure je reviendrais chez moi par les Champs-Élysées, qui me disait que je ne serais pas frappé par le même mal que ma grand’mère, un après-midi où elle était venue y faire avec moi une promenade qui devait être pour elle la dernière, sans qu’elle s’en doutât, dans cette ignorance qui est la nôtre, que l’aiguille est arrivée sur le point précis où le ressort déclenché de l’horlogerie va sonner l’heure. (Le Temps retrouvé)

 

 

 

Parole de proustiste…

 

Patrice Louis

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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